Sous l’effet de la volatilité des marchés cotés et d’un cadre réglementaire plus favorable, les actifs non cotés gagnent du terrain dans les allocations patrimoniales. Si leur accès s’est élargi à une clientèle plus diversifiée, les banques privées insistent sur une intégration progressive et sélective, où les enjeux de liquidité et de compréhension des risques demeurent centraux.
Longtemps réservés à une clientèle très fortunée et experte, les actifs non cotés ont progressivement trouvé leur place dans les portefeuilles d’épargnants aux profils plus variés. « Nous constatons un réel engouement sur l’ensemble des typologies de clients », explique Emmanuelle Peraldi. La directrice de l’offre de Banque Richelieu observe une démocratisation progressive de la classe d’actifs depuis deux ans. Là où le non coté demeurait encore marginal il y a quelques années, il s’impose désormais comme une composante à part entière des allocations proposées. Selon Guillaume Gimbal, directeur de la gestion de fortune chez Swiss Life Banque Privée, « il constitue aujourd’hui un véritable pilier de diversification ».
Cette dynamique s’est renforcée avec la volatilité des marchés cotés. « Les chocs sont plus fréquents et plus rapides, pointe-t-il. Dans ce contexte, le non coté peut jouer un rôle stabilisateur à long terme, à condition d’être correctement investi. » À ce changement de paradigme s’ajoute une communication massive des sociétés de gestion. « Le déploiement marketing des sociétés de gestion autour du non coté a contribué à vulgariser cette classe d’actifs, à éduquer les clients et à leur montrer qu’il existe des alternatives aux marchés cotés », déclare Emmanuelle Peraldi. Cette dynamique répond aussi à une contrainte structurelle : « Les investisseurs institutionnels ont fortement investi sur les marchés privés, poursuit la responsable de Banque Richelieu. À un moment, leur exposition est devenue trop importante et certains ont dû réduire leurs allocations. Les sociétés de gestion ont donc cherché de nouvelles sources de collecte, notamment auprès des investisseurs privés. »
Une démocratisation de la classe d’actifs…
Les gestionnaires d’actifs ont ainsi élargi leur cible aux investisseurs particuliers, soutenus par un cadre réglementaire plus favorable. « La réglementation ELTIF 2 a assoupli le marché », indique Guillaume Gimbal. Cette dernière a permis aux fonds de se multiplier et a facilité l’insertion du non coté dans des portefeuilles plus diversifiés. Les tickets d’entrée ont par ailleurs baissé : « Il y a encore quelques années, il fallait investir près d’un million d’euros pour accéder au non coté, pointe le responsable de Swiss Life Banque Privée. Aujourd’hui, la plupart des fonds ont des tickets d’entrée à 10 000 euros, voire 1000 euros. Nous avons encore des fonds avec des tickets d’entrée à 100 000 euros, mais la tendance est à la baisse. » Il précise qu’en compte titre ordinaire (CTO), le ticket d’entrée au sein de son établissement est en moyenne de 100 000 euros – « un peu plus bas » en assurance vie.
Interrogée sur le montant du ticket d’entrée pour les marchés privés, Milleis Banque Privée précise qu’il est possible d’investir dans le fonds Eurazeo IPVE3 à partir de 20 000 euros, ou encore le fonds de private equity APEO (Seven 2) et le fonds de dette infrastructures ERIC (Schroders) à partir de 10 000 euros. Cela dit, le ticket d’entrée pour devenir client de la banque privée s’élève à 100 000 euros.
Banque Richelieu préfère quant à elle maintenir une approche prudente. « De notre côté, l’investissement se fait à partir de 100 000 euros, indique Emmanuelle Peraldi. Le non coté reste une classe d’actifs risquée, réservée à une clientèle avertie, capable d’immobiliser son capital sur une longue durée. » Le ticket est par ailleurs le même depuis que le gestionnaire de fortune a intégré ce type d’actifs dans ses allocations en 2019.
… qui reste complexe à cerner pour les particuliers
Si les banques préfèrent garder des tickets d’entrée élevés, c’est aussi car la liquidité affichée de certains véhicules doit être analysée attentivement, par exemple pour les fonds evergreen. « Ces structures donnent une impression de liquidité, mais la prudence est indispensable, indique Guillaume Gimbal. En cas de choc majeur, le client ne pourra récupérer qu’une partie de son investissement, en raison de l’application par le fonds de la procédure de gating. »
Aujourd’hui, bien que les sociétés de gestion communiquent davantage sur les risques, le message peut encore manquer de clarté. Au-delà, la question du rendement est centrale : « Les TRI affichés à 15 ou 20 % ne sont plus en phase avec le contexte actuel, poursuit Guillaume Gimbal. Ils reposent souvent sur des hypothèses optimistes et sur des méthodologies de calcul qu’il convient de savoir décrypter. » La mécanique du TRI reste par ailleurs souvent mal comprise. « Le TRI est calculé sur la base des capitaux effectivement appelés et investis, et non sur le montant total des engagements souscrits, explique Emmanuelle Peraldi. Par exemple, si la première année seuls 20 000 euros sur un engagement de 100 000 euros sont investis, le TRI ne s’applique qu’à cette somme. » Un point qui nécessite un effort pédagogique constant et peut être difficile à cerner pour les clients non avertis.
Si l’intérêt des clients particuliers grandit pour le non coté, son succès s’explique aussi par l’attractivité économique pour les intermédiaires. « Les actifs non cotés offrent des perspectives de rendement élevées, indique Emmanuelle Peraldi. Leur distribution s’accompagne de structures de frais plus importantes, dont une partie peut être reversée aux banques ou CGP, distributeurs de ces produits. »