Het bankendistrict van Frankfurt. Foto: IO.
Het bankendistrict van Frankfurt. Foto: IO.

Les banques européennes sont en bonne santé financière et les revenus des intérêts sont plus élevés que prévu. Les analystes bancaires s’émerveillent de la forte progression des cours dans le secteur.  

Les actions bancaires continuent d’afficher des performances particulièrement bonnes. L’indice bancaire européen Stoxx a progressé de plus de 20 % depuis le début du mois de janvier. L’année dernière déjà, le secteur a été le plus performant de la Bourse européenne, avec une hausse de 26 %. Les analystes ne s’y attendaient pas. « Les banques européennes méritaient une réévaluation, mais la vitesse à laquelle les cours ont augmenté m’a surpris », déclare Luc Plouvier, gestionnaire de portefeuille senior de la stratégie de dividendes européens de Kempen.

Il attribue la forte progression des cours à l’évolution des attentes en matière de taux d’intérêt. « Il y a un an, le marché supposait encore que le taux directeur de la BCE tomberait progressivement à 1,75 % d’ici à 2025, voire en dessous : une situation défavorable aux banques, dont la rentabilité est rapidement mise sous pression lorsque les taux d’intérêt tombent sous les 2 %. Les investisseurs s’attendent désormais à ce que les taux demeurent supérieurs à 2 % ; ce soulagement a provoqué un redressement. »

Plus récemment, l’Europe a annoncé vouloir investir beaucoup plus dans sa défense ; l’Allemagne a aussi indiqué qu’elle consacrerait aussi des centaines de milliards à ses infrastructures. Ces facteurs ont aussi joué. « Il s’agit d’un changement fondamental qui affectera la politique de la BCE », a déclaré M. Plouvier. « Les dépenses publiques supplémentaires augmentent le risque d’inflation, ce qui laisse moins de marge à la banque centrale pour réduire les taux d’intérêt et pourrait même l’obliger à un resserrement. C’est donc une bonne nouvelle pour les valeurs bancaires européennes, dont la valorisation était par ailleurs attrayante. » 

La croissance du crédit s’accélère-t-elle ? 

Pour la stratégie en matière de dividendes européens, Kempen sous-pondère les banques d’environ 3 % par rapport à l’indice MSCI Europe. Toutefois, avec les assureurs et les services financiers tels que les gestionnaires d’actifs, la pondération est égale à celle de l’indice. Les banques ayant de bons résultats tout au long du cycle économique intéressent M. Plouvier : « Il s’agit principalement d’acteurs de haute qualité, aux situations solides en termes de fonds propres, qui ne se contentent pas d’exploiter les revenus des intérêts, mais également actifs dans le domaine des assurances ou de la banque privée, par exemple. » 

Bien sûr, le spécialiste des dividendes se montre toujours critique à l’égard des valorisations. En raison de la forte augmentation des cours, M. Plouvier indique que le ratio cours/bénéfice est passé d’environ 7 à 9 cette année. « Les banques européennes ne sont ainsi plus nettement moins chères que les banques américaines, qui sont cotées à 10 fois les bénéfices escomptés. En termes absolus, leur valorisation demeure attrayante. Je serais néanmoins surpris que les cours continuent d’augmenter à ce rythme. » 

Jusqu’à présent, les bénéfices du secteur ont été tirés par la hausse des taux d’intérêt, mais la croissance du crédit demeure limitée. Si la demande de prêts augmente, en raison de tous les plans d’investissement européens, les cours pourraient encore progresser, estime M. Plouvier. « Le revers de la médaille est que les banques doivent détenir plus de capital pour soutenir la croissance du crédit. Aujourd’hui, la situation en termes de fonds propres de nombreuses banques européennes est même meilleure que prévu, ce qui fait qu’elles peuvent rendre une partie relativement importante de son capital aux actionnaires. »

L’équipe ne se contente pas de viser un rendement de dividendes élevé. « La combinaison de dividendes et de rachats d’actions demeure intéressante pour nous. Il en va d’autant plus ainsi qu’un programme de rachat se traduit souvent par une augmentation des dividendes », déclare M. Plouvier. Avec la progression des valorisations, les rachats d’actions deviennent moins attractifs et les banques pourraient également commencer à utiliser leur capital excédentaire pour des acquisitions. « Nous observons déjà de nombreux mouvements en ce sens, en Espagne et en Italie notamment, bien que les acquisitions et fusions transfrontalières demeurent difficiles, à défaut de possibilités de synergie. »

Prise de bénéfices sur les obligations de type AT1

Joost Beaumont, responsable de la recherche bancaire chez ABN Amro, est également surpris par la forte progression des cours des banques européennes. « Les actions des banques ont été valorisées à des cours très attrayants, avec un rapport capitalisation boursière/fonds propres bien inférieur à un. Je suis toutefois surpris par le degré de surperformance ». Il estime pourtant que le rattrapage est justifié. « Si j’adopte une vision descendante du secteur, les banques européennes sont devenues beaucoup plus résistantes aux chocs, grâce à une réglementation plus stricte. Les prêts non productifs sont aussi tombés à des niveaux historiquement bas, tandis que les revenus des intérêts sont plus élevés que prévu. »

M. Beaumont constate que les investisseurs ont une opinion très positive des banques européennes, ce qui se reflète sur le marché obligataire. Parmi toutes les obligations bancaires, celles de type AT1, les plus risquées, ont enregistré les meilleures performances ces dernières années. « C’est tout à fait extraordinaire, si peu de temps après la dépréciation des obligations de type AT1 de Crédit Suisse dans le sillage de la fusion avec UBS en 2023. »

« Nous surpondérions les emprunts AT1, mais avons pris nos bénéfices il y a quelques semaines », déclare M. Beaumont. « Compte tenu de la menace d’une guerre commerciale totale, nous nous dirigeons vers notre scénario le plus sombre, dans lequel les États-Unis entrent en récession et l’inflation demeure élevée. C’est un cauchemar pour les marchés financiers et, dans ce cas de figure, la correction s’intensifiera. Dans ce scénario, les primes de risque sur les obligations bancaires vont augmenter fortement », ce qui s’est déjà produit en partie depuis la fin du mois de février.

Selon M. Beaumont, les risques liés aux emprunts AT-1 sont désormais trop élevés. Il vaut mieux, pendant un certain temps, investir dans le marché monétaire ou dans des obligations plus sûres, et attendre de voir comment évolue la situation. « Si les choses ne tournent pas trop mal, vous pouvez réinvestir, et vous aurez peut-être perdu un peu de rendement. » Il s’agit d’un conseil de vente déguisé pour les actions des banques, car les obligations de type AT1 sont similaires en termes de risque, selon M. Beaumont. 
Il reste néanmoins optimiste quant aux perspectives de bénéfices des banques européennes. « Nous pensons que la BCE réduira les taux davantage que ne le prévoit le marché, tandis que le taux à long terme baissera moins rapidement. L’accentuation de la courbe des taux est favorable aux bénéfices des banques. Elles vont certes devoir remplir un peu leurs réserves, si l’économie se dégrade en raison des droits d’importation. Même dans ce cas, toutefois, la rentabilité demeure bonne. »

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