Jan Vergote
Jan Vergote

Les stablecoins font beaucoup parler d’eux en ce moment. Nous passons en revue leurs avantages, les risques, la manière dont chacun lance son propre stablecoin, l’évolution de la réglementation pays par pays et la fraude associée. 

Les avantages des stablecoins sont évidents : le traitement quasi instantané d’une transaction financière (10 secondes contre parfois 3 jours par la voie bancaire traditionnelle), un coût de transaction très faible et pas d’erreurs, ce qui améliore l’efficacité des marchés financiers. Toutefois, tout se fait par internet, donc en dehors du système bancaire traditionnel, ce qui est avantageux pour les fraudeurs.

Risques

Les stablecoins sont aussi assortis de risques. Fitch souligne le danger que représente l’effondrement d’un stablecoin pour une raison quelconque : l’émetteur pourrait être contraint de vendre toutes ses réserves en dollars. Cet effondrement peut se produire pour diverses raisons : la stabilité de la parité par rapport au dollar n’est plus assurée, l’organisation vacille ou la réserve effective de dollars est insuffisante. Cela peut entraîner une perte de confiance et donc une panique vis-à-vis de l’émetteur.

En 2008, les fonds monétaires se sont retrouvés dans la tourmente après avoir acheté des titres commerciaux trop risqués. Lehman Brothers a fait faillite, ses emprunts à court terme se sont retrouvés en défaut. Un vent de panique a soufflé, avec des ventes massives, ce qui a simultanément conduit à une ruée sur les fonds du marché monétaire, comme cela se produit lors d’une panique bancaire. Le Trésor américain et la Réserve fédérale américaine ont dû intervenir. Le même phénomène peut se reproduire avec les intermédiaires de stablecoins.

La Banque des règlements internationaux (BRI) a également démontré le lien entre les entrées de stablecoins et la demande de bons du Trésor, avec un impact évident sur leurs taux d’intérêt. Cela pose également des problèmes supplémentaires aux banques centrales, car leurs politiques monétaires se voient compromises. Ce phénomène vient accroître les inquiétudes relatives au flou qui entoure les types d’actifs dans lesquels les émetteurs de stablecoins investissent.

Réglementation en préparation

Les premières réglementations ont entretemps déjà émergé. Au Japon, 1 stablecoin équivaut à 1 yen et 50 % des réserves peuvent être investies dans des titres d’État à court terme. Singapour exige pour sa part que 100 % des réserves soient investies dans des titres d’État à court terme d’une durée inférieure à 3 mois. L’Europe suit, avec la réglementation MiCA qui impose 100 % de liquidités et de titres liquides de haute qualité, dont au moins 60 % doivent être détenus par des banques de l’UE. Aux États-Unis, le Genius Act a été adopté en 2025. 

Tous les organismes de contrôle fixent des exigences en matière de réserves à faible risque. Mais la définition d’un actif sans risque varie d’un pays à l’autre. La fiabilité de protection des consommateurs (Know Your Customer) présente de nombreuses lacunes. La transparence est aussi vague : quel émetteur investit dans quel type de titre liquide et dans quel pourcentage ? Vous vous souvenez certainement de l’affaire Circle, qui a investi 3,3 milliards de dollars dans la Sillicon Valley Bank. Le professeur Richard Portes (London Business School) souligne le risque pour les régulateurs de l’UE, qui pourraient par inadvertance devenir responsables des couvertures des émetteurs de pays tiers.

Paolo Ardoino, le CEO de Tether, affirme qu’il n’a aucun problème à se conformer à toutes les réglementations. Mais les critiques trouvent les exigences trop faibles et il n’existe actuellement aucune forme d’assurance des dépôts pour les stablecoins. Selon le professeur Allen, de l’American University Washington College of Law, l’intégration des cryptomonnaies et des services bancaires traditionnels ne présage rien de bon.

Une corruption omniprésente

Pendant ce temps, la Russie fait la promotion de son propre stablecoin (l’A7A5, indexé à 1-1 avec le rouble et le dollar, malgré les sanctions contre sa filiale Promsvyazbank et opérant depuis le Kirghizistan). L’homme à l’origine de la société était déjà impliqué dans une fraude bancaire d’un milliard de dollars. 

Un rapport des Nations unies indique qu’en 2024, le Tether était la devise préférée des syndicats criminels asiatiques ; l’approche KYC connaît de nombreuses lacunes. Par exemple, l’échange entre Tether et USDC peut se faire par l’intermédiaire d’une plateforme centralisée où il n’y a pas de KYC.

Beaucoup de questions, peu de réponses concrètes  

Aujourd’hui, nous sommes clairement dans une phase de transition. Les stablecoins réglementés résisteront-ils à la fraude à long terme, seront-ils aussi fiables que les paiements bancaires, ou deviendront-ils un système de paiement parallèle aux méthodes traditionnelles, voire les supplanteront-ils ? Standard Chartered prévoit qu’environ 2000 milliards de dollars de stablecoins seront en circulation d’ici à la fin de 2028 (contre environ 250 milliards aujourd’hui). En mai 2025, les transactions se sont élevées à 750 milliards de dollars, contre 409 milliards de dollars un an plus tôt, soit un quasi-doublement. Le phénomène des stablecoins prend clairement de l’ampleur et cette tendance devrait se poursuivre. Espérons que dans quelques années, nous n’aurons pas à parler de l’illusion de stabilité qu’ils offrent.

Jan Vergote est analyste et conseiller financier indépendant.

Author(s)
Access
Members
Article type
Article
FD Article
No