
La banque durable Triodos évalue l’opportunité de maintenir son activité hypothécaire en Belgique. Si la réponse est négative, elle renforcera son positionnement dans la gestion de patrimoine.
C’est une phrase énigmatique qui figure dans le communiqué de presse sur les résultats annuels du groupe néerlandais : « La Banque Triodos réexamine actuellement ses activités internationales en matière de crédits hypothécaires. »
En dehors des Pays-Bas, l’acteur durable ne propose de crédits hypothécaires qu’en Belgique et en Espagne. Cela signifie-t-il que Triodos envisage de réduire progressivement son activité hypothécaire en Belgique ? « Pour le moment, nous ne pouvons pas en dire davantage à ce sujet », déclare évasivement Marcel Proos, porte-parole du groupe. « Nous communiquerons à ce sujet dès que nous disposerons de plus d’informations. »
Le CEO sortant, Jeroen Rijpkema, qui passera bientôt le flambeau à Marcel Zuidam (ancien de NN Bank), indique en tout cas qu’après l’agitation autour des certificats (voir encadré), le groupe recentrera son attention sur son marché domestique, les Pays-Bas.
« Nous poursuivrons l’optimisation de nos opérations à l’échelle du groupe grâce à une gestion rigoureuse du capital ainsi qu’à des choix complémentaires en matière de combinaisons produit-marché, en plaçant nos activités bancaires aux Pays-Bas au cœur de cette stratégie », déclare-t-il dans le communiqué de presse.
Autre enjeu de cette réorientation majeure : comment Triodos peut-elle mieux séduire les jeunes clients potentiels ? Une étude interne révèle en effet que l’image de la banque durable auprès des jeunes générations reste parfois floue.
Durable et discrétionnaire
La position de marché des filiales internationales de Triodos varie selon les pays. En Belgique, la banque ne souhaite pas seulement se positionner en tant que banque d’épargne – les dépôts d’épargne chez Triodos Belgique ont atteint 2,1 milliards d’euros en 2024 (+5 % par rapport à l’année précédente) – mais ambitionne également de se renforcer en tant que banque dédiée aux petits patrimoines et même en tant que banque privée.
Au cœur de cette stratégie, la « gestion de patrimoine discrétionnaire et durable ». Les clients confient à Triodos une partie de leurs actifs afin de soutenir le développement durable. Pour son mandat discrétionnaire Triodos Impact Portfolio, la banque impose un ticket d’entrée de 25 000 euros. Il y a cinq ans encore, elle ne proposait que des fonds classiques en actions et en obligations. Aujourd’hui, son portefeuille s’est considérablement diversifié.
En Belgique, le Triodos Impact Portfolio est d’ailleurs aligné sur une offre destinée aux clients personal banking aux Pays-Bas. « Cela permet non seulement d’accroître l’efficacité de la banque, mais surtout d’offrir à nos clients un service plus fluide et plus avantageux », déclare la maison mère.
Impact
« Nous constatons une demande croissante de la part des clients pour une gestion de leurs actifs, en raison du confort et de la tranquillité d’esprit », déclare Michael Ramaekers, responsable de l’équipe Personal & Private banking chez Triodos Belgique. « Il n’y a pas de frais d’entrée ni de sortie, mais des frais de gestion s’appliquent. »
« Les fonds de nos clients génèrent un impact social positif, car toutes les entreprises dans lesquelles nous investissons doivent répondre à des critères stricts et respecter des exigences minimales claires, explique-t-il. Le résultat est un portefeuille diversifié, couvrant des secteurs tels que la santé, la technologie, les biens de consommation, l’industrie, les énergies renouvelables et la microfinance. L’allocation est structurée en fonction du profil d’investisseur choisi par chaque client. »
En Belgique, la banque gère 155 millions d’euros d’actifs, sans compter son service Private banking distinct.
Ces services de private banking, accessibles à partir de 500 000 euros d’actifs investissables, sont organisés en partenariat avec la banque privée Puilaetco. Après des discussions préparatoires entre le client et le gestionnaire de Triodos, c’est le chargé de relation de Puilaetco qui discute de l’aspect financier, ainsi que de la planification et de la structuration patrimoniales.
Agences pop-up
Comparé aux grandes banques et aux banques privées spécialisées en private banking, le service de gestion de patrimoine de Triodos reste de taille modeste. Son service Personal & private banking compte dix chargés de relations et deux assistants. La banque ne dispose pas d’un vaste réseau d’agences physiques : son siège est situé à Bruxelles, où les clients sont toujours les bienvenus, et elle possède également une agence à Gand.
Afin de maintenir un lien direct avec ses clients potentiels, la banque durable fait preuve de créativité. Comme les années précédentes, Triodos prévoit d’ouvrir en 2025 une dizaine d’agences pop-up, dans lesquelles les clients pourront se rendre.
Triodos tente de clore le dossier des certificats
Ces dernières années, Triodos a fait la une de l’actualité dans le mauvais sens du terme, en raison d’un litige lié à la valeur de ses certificats, que les investisseurs pouvaient acquérir depuis les années 1980 en échange d’une participation aux bénéfices. Les échanges ont été suspendus pendant la crise du Covid-19 et, lorsqu’ils ont repris à la mi-2023, la valeur de marché des certificats avait fortement chuté, suscitant la colère de milliers d’investisseurs, y compris en Belgique. En début d’année, Triodos a annoncé une proposition de règlement : toute personne qui détenait un certificat au 28 juin 2023 recevra 10 euros par titre en échange de l’abandon de toute réclamation. La provision comptable liée à cet accord – 101 millions d’euros avant impôts, soit 74,9 millions d’euros nets – a fait basculer les résultats du groupe néerlandais dans le rouge. En 2024, Triodos affiche une perte nette de 3 millions d’euros. Sans cette provision, son bénéfice net aurait atteint 71,9 millions d’euros, contre 77 millions en 2023.