Si l’Inde fait rêver par son exotisme, le pays n’attire pas autant les investisseurs que la Chine. Pourtant, les actions indiennes ont fait belle figure ces dernières années et l’économie a affiché un taux de croissance moyen de 6,7 % sur la décennie écoulée. L’Inde peut se targuer de posséder une population jeune, des entreprises innovantes et une classe moyenne très friande de technologies. Mais le pays doit aussi relever un certain nombre de défis.
Thomas De Fauw, analyste chez Morningstar, consacre le top 5 de la semaine à la catégorie Morningstar des actions indiennes.
En euros, le MSCI India a gagné 10,1 % au troisième trimestre 2020. La hausse avait déjà été de 17,8 % au deuxième trimestre, et le pays se classe donc parmi les fleurons du continent asiatique. Sur les neuf premiers mois de l’année, l’indice est toutefois encore en retrait de 8,6 %, car au premier trimestre, il avait perdu 29,5 %.
L’Inde est aussi en proie à une hausse du nombre de contaminations au Covid-19 et a imposé des confinements locaux, surtout dans les grandes villes. Le FMI anticipe une baisse du PIB indien de quelque 10 %, mais un redressement (+8,8 %) en 2021. La situation budgétaire indienne reste aussi préoccupante. Le gouvernement a promis des mesures de relance sur ce plan-là, mais elles ne représenteront que 1,7 % du PIB. La banque centrale indienne a cette année abaissé son taux directeur de 115 points de base, à 4 %, son plus bas niveau depuis mars 2010. Comme nombre de ses homologues dans les marchés émergents, elle doit constamment trouver un équilibre entre croissance et inflation. Pour 2020, la hausse des prix est estimée à 6 % environ.
Une volonté de réforme contestée
Depuis la nomination de Narendra Modi, Premier ministre réformateur, mais contesté, en 2014, le MSCI India a progressé de 8,4 % sur base annuelle et devancé l’indice MSCI Emerging Markets, dominé par la Chine, et dans lequel l’Inde ne pèse que 8,3 %. L’enthousiasme relatif aux réformes économiques de M. Modi s’est aussi traduit par une hausse des valorisations des titres indiens.
L’indice phare de la Bourse indienne affiche désormais un rapport cours/bénéfice de 25,8, contre 19,6 pour le MSCI Emerging Markets. Les secteurs financier, énergétique et informatique représentent chacun environ un cinquième de l’indice MSCI India. La plus grande position de l’indice est Reliance Industries, un conglomérat dont la capitalisation boursière dépasse 160 milliards d’euros. Infosys, l’une des plus grandes entreprises informatiques indiennes, avec plus de 200 000 employés, représente 9 % de l’indice.
En 2025, la population indienne devrait dépasser la population chinoise. Plus de la moitié de la population est en âge de travailler, et l’âge moyen est inférieur de près de 10 ans à celui de la Chine. Cela ouvre des perspectives, mais forme aussi un défi, car chaque année, la population gonfle de plusieurs millions d’individus. Les très nombreux postes nécessaires ne peuvent être créés que dans l’industrie de fabrication, et c’est souvent là où le bât blesse. Car en Asie du Sud-Est, les acteurs sectoriels ont tout d’abord jeté leur dévolu sur les quatre tigres asiatiques, puis sur la Chine, au détriment de l’Inde, du fait des infrastructures sous-développées, de la bureaucratie et de la corruption omniprésente sur le sous-continent.
Avec ses réformes et la campagne « Made in India », Narendra Modi espère changer la donne à ce niveau. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2014, l’Inde est passée de la 134e à la 63e place dans l’indice de la facilité de faire des affaires établi par la Banque mondiale. Toutes les réformes n’ont pas été populaires (la suppression des billets de 1000 roupies a notamment été critiquée), mais elles s’inscrivent dans un projet à long terme de réforme structurelle du pays. Et le calendrier est sans doute bien choisi, alors que de nombreuses multinationales entendent depuis un certain temps déjà réduire leur dépendance à la Chine, où les coûts salariaux augmentent – un phénomène pour lequel la pandémie ainsi que le conflit commercial sino-américain forment deux nouveaux catalyseurs. Mais l’Inde doit lutter la concurrence féroce de pays d’Asie du Sud-Est tels que l’Indonésie et le Vietnam.
Le top 5
Le top 5 de la semaine est consacré à la catégorie Morningstar des actions indiennes ; il liste les cinq fonds d’actions ayant affiché la meilleure performance sur les neuf premiers mois de 2020.
La première place du classement revient au fonds Ashoka India Opportunities, un compartiment de la SICAV India Acorn créée en décembre 2018 et gérée par White Oak Capital Partners à Singapour. Le fonds a nettement devancé son indice de référence sur les neuf premiers mois de l’année, porté notamment par l’envolée de Navin Fluorine (chimie), Dixon Technologies (produits électroniques) et Muthoot Finance (financement des transactions sur l’or). Le portefeuille compte 30 à 50 actions.
La deuxième place revient au fonds PineBridge India Equity, géré depuis 2012 par Elizabeth Soon. PineBridge est une maison internationale qui gère plus de 100 milliards de dollars d’actifs. Les soins de santé et la technologie ont été les deux fleurons des neuf premiers mois de 2020 ; ils représentent respectivement 13 % et 11 % du portefeuille. Les dix principales positions pèsent près de 60 % du portefeuille.
À la troisième place figure le fonds Robeco Indian Equities, géré par l’équipe d’investissement de Robeco à Hong Kong, qui peut compter sur l’expertise locale de Canara Robeco à Mumbai. Les expositions les plus importantes sont quasiment les mêmes que celles du MSCI India, mais le fonds sous-pondère nettement l’énergie. Le secteur financier est pour l’instant le grand perdant de l’année. Au vu de la hausse des prêts douteux entraînée par la crise, le spectre d’une recapitalisation pèse sur de nombreuses banques.
