La fuite vers des actifs moins risqués a des répercussions sur le réal brésilien. Ce qui, combiné à la hausse des spreads CDS et obligataires ainsi qu’à une situation politique incertaine, rend la situation au Brésil instable. La situation budgétaire est le point le plus faible du pays.
Le Brésil est confronté à des vents contraires en provenance du pays comme de l’étranger, concluent Marijke Zewuster et Georgette Boele (photo) d’ABN Amro dans un rapport de marché. La stratège marchés émergents et l’analyste monétaire attirent l’attention sur la normalisation de la politique monétaire aux États-Unis, la crainte d’un protectionnisme croissant et les tensions (géo)politiques qui ont provoqué des bouleversements considérables sur les marchés financiers.
Néanmoins, elles considèrent que le Brésil est moins vulnérable que la Turquie. « La Turquie est beaucoup plus dépendante de la volatilité des flux d’investissements étrangers pour financer son important déficit courant, alors que le déficit courant du Brésil est faible et que ses investissements étrangers directs dans le pays sont relativement robustes. L’inflation est également beaucoup plus faible qu’en Turquie et les taux d’intérêt réels sont plus élevés. »
Pour la Turquie, le déficit de la balance courante est supérieur à 5 % du PIB, tandis que pour le Brésil, il reste limité à moins de 1 %. Un déficit qui, selon Zewuster et Boele, restera modeste pour le Brésil, car son économie continue de croître à un rythme modéré et sa compétitivité s’améliore en raison de la faiblesse du réal.
Faiblesses
La position extérieure du Brésil présente un certain nombre de faiblesses, confirment les stratèges d’ABN. « Le ratio de la dette extérieure totale par rapport aux exportations est élevé et comparable au niveau d’endettement de la Turquie, à savoir 2 contre 2,1 à la fin 2017. Le côté positif est que ce ratio est en baisse au Brésil après avoir culminé à 2,3 en 2016. » Selon Zewuster et Boele, la position extérieure globale du Brésil reste forte en raison de cette tendance à la baisse, d’un déficit du compte courant beaucoup plus faible et de réserves de change plus importantes. « Un tampon supplémentaire contre les chocs externes. »
Dans l’intervalle, la principale faiblesse demeure la situation budgétaire, qui a dépassé 5 % du PIB depuis 2015. Ce déficit restera élevé dans les années à venir, même si le processus de réforme se poursuit pleinement après les élections. « La dette publique est en hausse depuis 2013 et pourrait bientôt dépasser 80 % du PIB. Un chiffre qui tranche très nettement avec le ratio d’endettement beaucoup plus faible de la Turquie (30 %). »
De plus, cette poursuite du processus de réforme n’est pas le scénario le plus plausible selon les stratèges ; elles s’attendent plutôt à ce que le Brésil continue de patauger sur la voie engagée. « Ce n’est pas l’option la plus souhaitable, mais elle en tout cas meilleure qu’un scénario d’annulation des réformes. »
Élections
Zewuster et Boele croient qu’un changement radical ne se produira pas de sitôt. « Même si les élections présidentielles ne sont pas remportées par l’un des candidats du centre, nous pensons que le déficit budgétaire s’améliorera légèrement grâce aux réformes déjà mises en œuvre. »
D’autre part, un gouvernement réformiste ne « réduira que progressivement » le déficit public nominal à court terme, estiment les stratèges. « Il faut en effet plusieurs années avant que les économies résultant d’une réforme du système de pension ne deviennent visibles. »
Réal
Le réal brésilien a perdu près de 20 % depuis le début de l’année, ce qui en fait une des monnaies émergentes les moins performantes du monde : seuls le peso argentin et la lire turque font encore pire.
Selon les stratèges d’ABN, une fois que les élections seront passées et qu’on saura clairement qui sera le nouveau président, les marchés des changes se calmeront. « Cela se produit également à un moment où le dollar américain devient un peu moins attrayant et où les hausses de taux d’intérêt ont déjà été prises en compte par la Réserve fédérale américaine pour le reste de 2018 et 2019. D’autres facteurs positifs sont la hausse des prix des matières premières à laquelle nous nous attendons ainsi que la reprise du yuan chinois. »