Le premier semestre très tourmenté, lors duquel les grands indices boursiers se sont inscrits dans le rouge, a laissé des stigmates chez les gestionnaires d’actifs. Les maisons actives sur le marché obligataire ont assisté à une réelle fuite des capitaux, captés par les banques, et si les fonds d’actions ont été dans l’ensemble prisés par les investisseurs, de grandes différences ont été constatées en termes de catégories. Les fonds actifs n’ont pas séduit et les fonds les moins durables ont aussi perdu grâce aux yeux des investisseurs.
Mais avec une décollecte totale proche de 85 milliards d’euros sur les six premiers mois de 2022, ce sont les fonds obligataires qui ont figuré parmi les plus grands perdants de 2022. L’inflation galopante et les tours de vis donnés par les banques centrales du monde entier ont détourné les investisseurs du revenu fixe.
Les stratégies obligataires ont perdu près de 49 milliards d’euros au deuxième trimestre de 2022 ; à deux reprises seulement, la catégorie d’actifs avait connu une décollecte plus marquée depuis que Morningstar a commencé à mesurer les flux de fonds, en 2007 plus précisément, au dernier trimestre de 2008, à l’apogée de la crise financière (70,4 milliards d’euros de fonds sortants) et au premier trimestre 2020, au début de la pandémie de coronavirus (84,5 milliards d’euros).
Le risque, grand perdant
Une étude des différentes catégories obligataires montre que l’aversion pour le risque a fortement augmenté. Les fonds ciblant les obligations d’entreprises ont subi les plus fortes décollectes, suivis par ceux axés sur le haut rendement et les marchés émergents. Les fonds obligataires chinois, surtout, ont fait l’objet de dégagements. Sur les six premiers mois de l’année, l’encours de la catégorie a fondu de près de 20 %. Pour les obligations d’entreprises européennes non plus, le premier semestre de 2022 ne restera pas dans les annales. Les sorties de fonds (11,7 milliards d’euros) placent non seulement la catégorie dans le top 3 des plus fortes décollectes obligataires, mais représentent aussi la plus forte sortie de fonds en 15 ans. Le fonds Schroder ISF EURO Corporate Bond a ainsi perdu 1,4 milliard d’euros tandis que l’ETF iShares Core € Corp Bond et le KBC Bonds Corporates Euro voyaient s’envoler quelque 900 millions d’euros chacun.
Si les fonds d’actions, d’une manière générale, ont été prisés par les investisseurs, cela n’a pas été le cas des ceux spécialisés dans les actions de croissance. La vague de dégagements qui a touché les titres de sociétés à forte croissance et valorisations élevées, mais déficitaires, s’est traduite par des sorties de près de 15 milliards d’euros pour la catégorie des actions internationales de grandes capitalisations axées sur la croissance. Ainsi, les maisons affichant une gamme relativement importante de fonds ciblant les actions de croissance sont à la peine depuis le début de l’année. C’est notamment le cas de Baillie Gifford, Morgan Stanley et Fundsmith. En outre, de nombreux fonds d’actions européens figurent parmi les fonds les plus boudés, ce qui s’explique par l’impact sur l’économie européenne du conflit militaire entre la Russie et l’Ukraine.
La durabilité limite les dégâts
Lorsque l’on étudie les flux de fonds sous l’angle de la durabilité, à l’aune du Morningstar Sustainability Rating, il apparaît que toutes les notations ont connu une décollecte. Mais à 1,6 milliard d’euros, les sorties sur les fonds assortis de 5 globes sont bien moindres que pour ceux affichant moins de globes. Ainsi, les fonds ayant obtenu 3 globes ont perdu au total 27 milliards d’euros, ceux en ayant 2, plus de 33 milliards d’euros.
Et l’on fait le même constat lorsque l’on filtre les fonds sur la base de la classification SFDR : les fonds les plus durables (article 9) ont enregistré une collecte de 17,7 milliards d’euros, tandis que ceux labellisés article 8 perdaient près de 38 milliards d’euros et les article 6, 30 milliards d’euros.
Si l’on établit le bilan du premier semestre et que l’on compare les différents fonds, l’on note que le spécialiste du revenu fixe PIMCO a été très malmené. Deux fonds de la maison figurent dans le top 5 des fonds ayant subi la plus forte décollecte : le PIMCO GIS Income et le PIMCO GIS Global Investment Grade Credit. Ces deux fonds ont contribué à hauteur de 8,8 milliards d’euros à la décollecte totale de 19,2 milliards d’euros de PIMCO au premier semestre, un triste record pour le gérant.
Top 5 de la décollecte du premier semestre 2022, par fonds
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Flux net estimé (en milliards d’euros) |
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Nom |
Depuis le début du trimestre |
Depuis le début de l’année |
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PIMCO GIS Income |
(2498) |
(6134) |
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ETF iShares China CNY Bond |
(4888) |
(5314) |
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Eurizon Bond Short Term EUR T1 |
(3203) |
(3075) |
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PIMCO GIS Global Investment Grd Crdt |
(592) |
(2709) |
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AB American Income Portfolio |
(754) |
(2665) |