L’intelligence artificielle s’invite dans les family offices avec prudence. Plutôt qu’un bouleversement, elle apparaît comme un outil d’aide à l’analyse des patrimoines complexes. L’humain reste au centre, tandis que les nouvelles générations de clients poussent ces structures à se moderniser.
Si l’intelligence artificielle (IA) s’immisce dans le monde de la finance, elle n’évolue pas de la même manière d’un acteur à l’autre. « L’intégration de l’IA au sein des family offices est aujourd’hui moindre si on la compare à celle des conseillers financiers et des sociétés de gestion », indique Vincent Aurez, fondateur de Figen AI, une fintech française spécialisée en intelligence artificielle appliquée à la gestion de patrimoine. L’intégration reste prudente, ce qui s’explique par la nature même du métier. Là où l’IA permet de gagner du temps sur l’administratif pour des structures accompagnant des centaines de clients, les family offices se distinguent par un accompagnement restreint et personnalisé. « Un family office n’accompagne souvent qu’une famille ou un nombre limité de familles, ajoute-t-il. Il n’a donc pas la même charge administrative qu’un cabinet de conseil patrimonial classique. »
L’argument du gain de productivité, central pour d’autres professions, semble ainsi moins décisif pour les family offices. Cela dit, l’intégration de l’IA chez ces acteurs n’est pas au point mort. Elle progresse tout de même, sous l’effet d’une demande des familles. « Ce sont souvent les clients qui demandent aux family offices de s’y mettre », pointe Vincent Aurez. Ces clients sont souvent entrepreneurs, dirigeants ou membres de grandes familles très connectées aux grandes tendances technologiques.
L’IA, nouvel outil et thème d’investissement
Lorsqu’ils l’utilisent, les family offices appliquent souvent l’IA dans l’analyse patrimoniale. Sur des patrimoines complexes, les outils traditionnels montrent leurs limites. « Les outils de place sont complets, mais ils sont aussi extrêmement longs à utiliser pour des patrimoines complexes, déclare Vincent Aurez. Rentrer toutes les données peut prendre plusieurs heures. » De fait, l’IA permet de simplifier l’approche. Même constat sur la sélection et la comparaison des fonds. « Aujourd’hui, on dispose parfois de plusieurs centaines de points de données pour un fonds, indique le fondateur de la fintech. Même pour un family office, il est impossible de tout analyser en profondeur sans assistance. » L’IA permet alors de croiser des données, qu’elles soient financières ou extra-financières.
Selon Vincent Aurez, « pour certaines familles, l’IA est à la fois un outil d’analyse et un axe stratégique d’investissement, au même titre que l’ESG. » Ce phénomène, constate-t-il, est générationnel : « Ce sont souvent les plus jeunes membres de la famille qui mettent ces sujets sur la table, en parlant à la fois d’IA et d’ESG comme priorités d’investissement. »
En effet, au-delà de l’outil, l’IA devient pour une partie des clients un thème d’investissement à part entière. Selon le Global Family Office Report de Blackrock publié en 2025, les family offices sont d’ailleurs beaucoup plus enclins à investir dans des entreprises technologiques qui développent des solutions d’IA (45 %) ou dans des opportunités d’investissement qui bénéficieront de la croissance de l’IA (51 %) plutôt que de déployer la technologie IA en interne pour améliorer le processus d’investissement (33 %).
Source : Global Family Office Report - Blackrock
Un potentiel futur facteur de différenciation
Si l’IA ne semble pas encore démocratisée dans le secteur des family offices, elle pourrait le devenir. « Cela peut montrer qu’un family office se dote d’outils modernes et cherche à servir au mieux ses familles, indique Vincent Aurez. C’est une technologie qui affecte des pans entiers de l’économie. Ne pas la comprendre, c’est risquer de passer à côté d’opportunités ou de sous-estimer certains risques. »
Pour autant, l’IA ne remplacera pas le cœur du métier. « Ce que l’on vient chercher chez un family office, c’est l’humain, ajoute-t-il. À choisir, une famille préférera toujours un family office avec peu d’outils, mais une vraie relation de confiance, plutôt qu’une structure ultra-technologique sans affinité humaine. » Une affinité humaine qui reste primordiale dans ce secteur : « chez les family offices, plus que partout ailleurs, l’IA sera comprise comme un outil, et non comme un substitut », conclut le spécialiste.