Jan Longeval
Jan Longeval

Notre chroniqueur Jan Longeval, qui s’est souvent montré critique envers le bitcoin et les cryptomonnaies, explore les origines de ces actifs numériques dans son troisième ouvrage, Bitcoin of SHTcoin*. « Il n’est pas nécessaire d’être un adepte pour écrire sur un sujet. En approfondissant vraiment le sujet, j’ai évolué vers une position plus équilibrée », confie-t-il.

Selon M. Longeval, la raison d’être de ce livre était avant tout intellectuelle. « Il existe un réel besoin pour un ouvrage approfondi et impartial. Aujourd’hui, les personnes qui souhaitent véritablement comprendre le bitcoin et les cryptomonnaies restent souvent sur leur faim. On trouve soit des livres du type La crypto pour les nuls, soit des ouvrages qui recommandent fortement ce type d’investissement. Entre les deux, il n’y a quasiment rien ».

Il constate cette lacune non seulement chez les investisseurs particuliers, mais aussi chez les professionnels. « La marque de fabrique de mes livres est qu’ils explorent en profondeur des sujets complexes et les présentent ensuite de manière compréhensible – et, je l’espère, agréable. La blockchain et la crypto sont très complexes et correspondent donc parfaitement à ce que j’essaie essentiellement de faire en tant qu’auteur », explique-t-il, soulignant que dans le monde de la crypto, on constate une convergence de la technologie, de la théorie monétaire, de la structure du marché ainsi que de l’idéologie.

Des racines en Belgique et aux Pays-Bas

Quels ont été les résultats de ses recherches ? « Il y en a trop pour les citer », s’amuse-t-il. Cependant, quelques idées se détachent. Il a notamment été surpris de constater à quel point les racines du bitcoin remontent loin dans le temps, tant sur le plan technologique qu’idéologique. « La blockchain n’a pas soudain été inventée en 2008 par Satoshi Nakamoto. En fait, cette technologie avait déjà été largement développée en 1981. Ce qui manquait alors, c’était une décentralisation totale du contrôle. »

L’origine géographique est également surprenante. « Très peu de gens semblent savoir que la Belgique (avec le cryptographe Jean-Jacques Quisquater) et les Pays-Bas (le pionnier David Chaum a travaillé à Amsterdam) ont joué un rôle important dans la technologie blockchain et le bitcoin ». Les origines idéologiques quant à elles remontent en partie à la mouvance cypherpunks, un collectif de crypto-anarchistes et de libertariens.

De plus, l’histoire interne de la communauté bitcoin a joué un rôle décisif. « Les blocksize wars entre 2015 et 2017 expliquent en partie pourquoi le bitcoin a évolué vers un statut d’or numérique plutôt que vers celui de moyen de paiement efficace, et pourquoi il sert aujourd’hui principalement d’objet de spéculation ».

Enfin, il évoque sa compréhension de plus en plus approfondie de la technologie elle-même. « Je suis ravi de comprendre enfin en profondeur le fonctionnement de cette fameuse blockchain », plaisante-t-il. « Ce n’est pas un simple exercice académique. Cela permet de mieux appréhender la volatilité, la liquidité, la consommation d’énergie et les risques opérationnels. »

Converti ?

Jan Longeval, longtemps sceptique à l’égard de la crypto, s’est-il désormais converti ? L’auteur répond avec prudence. « Lorsque l’on étudie un sujet complexe en profondeur, on devient forcément plus modéré dans son jugement. Mais le livre adopte délibérément une posture neutre. Ce n’est pas pour rien que le sous-titre invite le lecteur à décider par lui-même, en connaissance de cause ».

« D’ailleurs, il n’est pas nécessaire d’avoir une forte conviction pour analyser ou même intégrer la crypto. Mais toute personne qui envisage cet investissement doit comprendre ce qu’elle achète, les risques qu’elle prend et comment cela s’intègre au reste de son portefeuille. »

Ce qui l’a peut-être le plus passionné lors de l’écriture du livre, c’est que les enjeux de la crypto dépassent largement les marchés et les rendements. « La crypto touche également à des questions sociétales de fond, en particulier le respect de la vie privée et même les valeurs démocratiques à l’ère du numérique. »

Ce thème est le fil conducteur du livre. « Songez à l’émergence du capitalisme de surveillance, avec l’entreprise Palantir en tête, ou à la proposition Chatcontrol de la Commission européenne visant à pouvoir consulter nos messages privés. La menace pesant sur la vie privée a suscité une réaction idéologique qui précède l’invention du bitcoin de plus d’une décennie. »

Selon lui, ce n’est pas non plus par hasard que le bitcoin a vu le jour en 2008. « Il a été lancé en pleine crise financière et correspond donc à un désir beaucoup plus ancien de disposer d’un système monétaire sain. Cette attente existait déjà dans la Rome antique. »

Il n’hésite pas à faire des parallèles avec la religion. « La crypto a également des aspects religieux. Le chapitre « Bitcoin alléluia » est celui qui semble marquer le plus les lecteurs. Les analogies entre la religion et la crypto sont très frappantes. »

La crypto, une classe d’actifs à part entière

Selon Jan Longeval, la crypto a déjà dépassé le stade de la simple réflexion théorique. Avec une capitalisation boursière totale d’environ 3000 milliards de dollars, il est difficile de parler d’actif marginal. C’est guère moins que la valeur de tout l’argent (métal) du monde. »

Il estime que la critique classique des sociétés de gestion – l’absence de valorisation fondamentale – est compréhensible, mais pas déterminante. « Le bitcoin n’a pas de valeur intrinsèque, mais ceci est vrai aussi pour l’or. Pourtant, la valeur des réserves d’or en surface est d’environ 32 000 milliards de dollars. Quelle est la valeur intrinsèque d’un billet de 100 dollars ? Ou d’un tableau de Mondrian ? »

« Il existe d’autres méthodes pour évaluer le bitcoin. Le livre offre plusieurs perspectives. Le bitcoin peut être évalué sur une base relative, par exemple par rapport à l’or ou à une grande action technologique, ou par le biais des courbes d’adoption et de la loi de Metcalfe. »

Réglementation : trop stricte ou nécessaire ?

Selon lui, investir dans la crypto reste spéculatif. « Une réglementation stricte est donc légitime a priori, en particulier du point de vue de la conformité et de la lutte contre le blanchiment d’argent. » Ce qui le dérange, c’est la situation actuelle. « Aujourd’hui, il est plus facile pour les plateformes de cryptomonnaies que pour les banques réglementées de proposer de la crypto. C’est paradoxal. »

Selon lui, les banques peuvent justement apporter une valeur ajoutée, précisément parce qu’elles sont soumises à une surveillance étroite. « Par l’éducation, l’exécution des ordres, la conservation sécurisée et un cadrage correct au sein du profil de risque. Ce qu’il faut, ce n’est pas une déréglementation radicale, mais un ajustement intelligent. »

M. Longeval voit ainsi son propre livre comme un ouvrage de référence pratique pour les banques, les gestionnaires d’actifs et leurs clients. « Si vous faites le choix d’intégrer la crypto à votre offre, faites-le au moins en connaissance de cause et présentez à vos clients une information neutre. »

Bitcoin, ether… et le reste ?

« Le bitcoin et, dans une moindre mesure, l’ether bénéficient de l’effet Lindy (plus une technologie existe depuis longtemps, plus elle a de chances de perdurer, ndlr) et méritent donc le plus d’attention », affirme Jan Longeval. Parallèlement, il met en garde contre toute forme de complaisance technologique. « Dans le domaine de la technologie, il est dangereux d’ignorer les alternatives. »

Jean Longeval ne s’aventure pas dans des prévisions de cours. « Cela dépend principalement de votre propre croyance dans la poursuite de l’adoption. De mon point de vue neutre, je ne souhaite pas m’étendre sur le sujet. J’estime toutefois probable que la technologie blockchain jouera un rôle croissant dans le système financier, notamment par le biais de la tokenisation. »

Cover Bitcoin of SHTcoinBitcoin of SHTcoin* - Beslis zelf met kennis van zaken – Jan Longeval – 24,99 euros – éditions Houtekiet

Author(s)
Categories
Access
Members
Article type
Article
FD Article
No