Alexandre Ortis - Banque Delubac & Cie
Alexandre Ortis - Banque Delubac & Cie

Alors que les grandes banques privées sont encore nombreuses à rester sur le banc de touche, Banque Delubac & Cie, un acteur bien plus modeste, se positionne comme pionnier des cryptoactifs. La banque ne compte encore que quelques dizaines de mandat crypto, mais Alexandre Ortis, directeur Wealth management, parle d’une « activité en pleine croissance ».

Les cryptoactifs attirent de plus en plus de particuliers. Près de 10 % des Français en détenaient en 2025 et 33 % envisageaient d’en faire l’acquisition l’an dernier, selon l’étude annuelle « Web3 et crypto en France et en Europe » publiée par l’Association pour le développement des actifs numériques (Adan) et Deloitte, avec Ipsos.

Si les plateformes dédiées ont fleuri ces dernières années, d’autres acteurs plus traditionnels arrivent peu à peu sur le terrain. La Banque Delubac & Cie s’est positionnée sur les cryptoactifs dès 2022. « Nous avons été la première banque française agréée PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques, une certification facultative délivrée par l’AMF, ndlr) », indique Alexandre Ortis, directeur du Wealth management chez Banque Delubac & Cie, qui précise aujourd’hui disposer du statut PSCA (Prestataire de Services sur Crypto-Actifs) dans le cadre de l’évolution réglementaire. Le choix stratégique de la Banque Delubac & Cie s’explique notamment par le parcours de Joël-Alexis Bialkiewicz, associé-gérant : il a été l’un des premiers mineurs de bitcoins sur carte graphique. De fait, l’intéressé avait déjà une sensibilité à cet écosystème.

Si l’activité dédiée aux cryptoactifs de Banque Delubac & Cie reste encore marginale dans ses revenus, elle connaît une croissance rapide. « Nous observons une forte augmentation des demandes », pointe Alexandre Ortis. Et il n’existe pas de profil type d’investisseur. « Nous avons des chefs d’entreprise, des jeunes investisseurs, mais aussi des clients de plus de 60 ans, ajoute-t-il. Nous accueillons aussi beaucoup d’investisseurs, soit néophytes, soit déjà investis en cryptoactifs et qui ont besoin d’un cadre régulé et serein comme celui d’une banque. » Tandis que certains cherchent à diversifier leur patrimoine, d’autres veulent sécuriser leurs avoirs.

Entre gestion libre et gestion sous mandat

La banque propose désormais des services complets autour des cryptoactifs qui s’inscrivent toutefois dans un cadre bancaire traditionnel. Le ticket d’entrée pour la gestion libre s’élève à 5000 euros, selon Alexandre Ortis – un seuil qui pourrait évoluer à la baisse, mais qui s’explique par les contraintes réglementaires, la banque devant assurer des contrôles importants. Delubac & Cie propose également à ses clients une gestion sous mandat en cryptoactifs, lancée récemment avec l’obtention de l’agrément MiCA. « Nous avons aujourd’hui quelques dizaines de mandats, et il s’agit d’une activité en croissance », explique le directeur du Wealth management. La gestion sous mandat est accessible à partir de 30 000 euros.

La banque permet en outre la conversion des cryptoactifs en monnaie traditionnelle, pour les réinjecter dans l’économie réelle. Elle a ainsi mis en place une passerelle entre un wallet crypto et un compte bancaire classique, grâce auquel il est possible d’investir dans des actifs dits traditionnels. « Nous avons même réalisé une transaction immobilière en crypto via une de nos filiales », ajoute le directeur du Wealth management.

Concernant la sélection des actifs en elle-même, la société a mis en place un comité d’investissement pour référencer les cryptoactifs. « Nous nous concentrons sur les plus fortes capitalisations pour limiter les risques », explique-t-il, tout en citant le bitcoin, l’ethereum, mais aussi la solana. Face à la volatilité inhérente aux cryptoactifs, la banque adapte notamment son approche selon ses services. En gestion libre, le client est responsable de ses décisions. En gestion sous mandat, « le rôle de la banque est de réduire la volatilité en adaptant l’exposition selon les conditions de marché », pointe Alexandre Ortis.

La prudence reste essentielle

Si les cryptoactifs connaissent un engouement croissant, ils ne remplacent toutefois pas les classes d’actifs traditionnelles pour Banque Delubac & Cie, mais viennent plutôt les compléter. « C’est une classe d’actifs supplémentaire dans une allocation globale à 360 degrés », ajoute le directeur du Wealth management. Un positionnement qui pourrait, à terme, peser davantage dans les revenus de la banque, à mesure que les usages se démocratisent.

À ce stade, si certains acteurs se sont déjà lancés dans le domaine, à l’instar de Banque Delubac & Cie, Société Générale avec sa filiale SG Forge ou encore Arab Bank, d’autres envisagent d’entrer sur le terrain ; c’est notamment le cas d’UBS. Selon Bloomberg, le groupe étudie la mise en place d’une offre de cryptomonnaies destinée à une clientèle de gestion de fortune. À l’inverse, d’autres acteurs préfèrent pour le moment rester à l’écart. C’est par exemple le cas de Milleis Banque Privée ou encore de Banque Richelieu France. « Ces actifs nécessitent une expertise spécifique que nous préférons maîtriser pleinement avant de les intégrer éventuellement à notre offre », a notamment indiqué Banque Richelieu France à Investment Officer.

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