« Will it be four more years? » Telle est la question fondamentale à l’approche du 3 novembre. Donald John Trump sera-t-il alors réélu président des États-Unis ? Le monde retient son souffle. Les politologues prédisent le chaos, les économistes, des guerres commerciales et les experts du climat, une catastrophe existentielle. Immersion dans la psychologie de la politique et du marché.
Ce week‑end, le Financial Times a vu les choses en grand avec une analyse approfondie de Donald Trump. Au bout de 3 jours, il est sorti de l’hôpital militaire où il a reçu, suite à l’apparition de symptômes du coronavirus, un traitement à base de trois médicaments différents, dont deux expérimentaux.
Shirley Anne Warshaw, une scientifique spécialisée dans la prise de décision des présidents américains, a indiqué au journal qu’une telle interaction entre trois médicaments était encore inédite auparavant et que, ne serait‑ce que pour cette raison, il aurait dû rester à l’hôpital, selon elle.
Elle pense que l’un des médicaments utilisés est la dexaméthasone, qui contient beaucoup de stéroïdes et provoque des états maniaques. Preuve plausible de cette hypothèse : les 50 tweets envoyés en moins d’une heure par Trump à son retour à la Maison‑Blanche.
« Irrational. Angry. Unfocused »
David Cay Johnston, auteur de l’ouvrage The Making of Donald Trump qui l’a également connu en privé, le décrit ainsi : « Irrational. Angry. Unfocused. Unable to process information that doesn’t fit with his view. » Autant de traits de caractère dangereux pour un dirigeant politique, et en particulier pour, non seulement, le président de la première économie mondiale, mais aussi le chef de l’armée la plus puissante au monde.
Trump a longtemps eu le vent en poupe pendant son mandat. L’économie du pays a fortement progressé, tout comme le marché du travail, qui a bénéficié de fortes réductions d’impôts – sur les sociétés et sur le patrimoine, par exemple. Mais le coronavirus est venu jouer les trouble-fête.
Le président a nié la pandémie car elle ne convenait ni à l’image qu’il avait de lui‑même, ni à son calendrier, à l’instar de ces autres dirigeants populistes infectés, Jair Bolsonaro au Brésil et, dans une moindre mesure, Boris Johnson eu Grande-Bretagne. Dans cette même optique, Trump a qualifié son opposant de « wimp » (mauviette), ce dernier ayant préféré partir en campagne électorale virtuelle depuis la cave de sa maison et, lorsqu’il sortait de chez lui, systématiquement porté selon Trump « le plus gros masque qu’on ait jamais vu ».
Un retard sur Biden
Entretemps, la pandémie a fait 200 000 morts aux États‑Unis, Trump et sa femme ont été testés positifs et un nombre inconnu de personnes ont été contaminées à la Maison-Blanche. Trump essaie de tirer profit de cet échec (et cet embarras) ignominieux, notamment en affirmant que sa force lui a permis de déjà guérir du coronavirus.
Pour l’instant, cependant, cela ne convainc pas l’électorat. Trump accuse un retard de 8 à 10 pour cent sur son opposant Joe Biden. Et plus important encore : à cause du coronavirus, beaucoup plus d’électeurs aux États‑Unis ont d’ores et déjà voté par voie postale et, du fait de son retard dans les sondages, ceci ne semble pas être de bon augure pour Trump.

Graphique réalisé par : Rabobank
Si les présages s’avèrent justes, Donald Trump va perdre les élections présidentielles au profit de Joe Biden, 79 ans ; non pas parce que Biden est extrêmement populaire, mais parce qu’une majorité des Américains reprochent à Trump sa mauvaise gestion du coronavirus et son attitude bien peu présidentielle lors du premier débat électoral. Les électeurs redoutent le chaos qui pourrait submerger le pays si Trump venait à effectuer un second mandat.
Cette crainte du chaos est largement partagée par les experts. Au début de l’année, l’économiste américain Jeffrey Sachs en a donné un avant-goût au cours d’un impressionnant discours prononcé lors d’une conférence du Vatican et pendant lequel il a insisté sur ce que signifiait la présidence de Trump pour l’Amérique et pour le monde.
Sachs a déclaré que le multilatéralisme n’était pas mort dans le monde, au contraire, mais qu’un unique pays faisait exception : les États‑Unis, où l’unilatéralisme a atteint des sommets sous Trump. D’après Sachs, ceci va de pair avec une politique dans le cadre de laquelle (même) les amis font l’objet de menaces et d’intimidations. Il parle d’un non-respect des lois sans précédent de la part des États‑Unis.
La plupart des analystes et observateurs politiques partagent cette vision. Ils partent du principe que Donald Trump va perdre les élections présidentielles. Mais cela ne les soulage pas pour autant. Ils craignent en effet que Trump ne reconnaisse pas sa défaite électorale ou refuse de démissionner, et que s’ensuive une période de chaos et d’incertitude.
« Stand back and stand by »
Certains analystes redoutent même une guerre civile. Cette peur est en partie alimentée par le président lui-même, peu clair sur son intention d’accepter ou non le résultat des élections. Il a même lancé un appel cryptique à l’extrême droite et aux milices armées américaines comme les Proud Boys en déclarant : « Stand back and stand by. »
L’économiste Jeffrey Sachs avertit pour sa part que l’unilatéralisme des États‑Unis est plus profond et va plus loin que la seule présidence de Donald Trump. Dans son discours, il a affirmé que l’unilatéralisme des États‑Unis remontait à 1992, lorsque l’élite dirigeante à Washington a commencé à se percevoir comme la nouvelle Rome, comme l’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Ce sentiment n’a pas disparu, affirme Sachs, bien au contraire : ces façons de harceler, d’intimider, de faire chanter et de menacer proviennent selon lui en droite ligne de cette époque.
Michael Beckley, un politologue américain, prédit également une Amérique révisionniste pour la période post-Trump dans les parutions de ce mois‑ci et dans le très commenté essai Rogue Superpower, Why This Could Be an Illiberal American Century.
De ce point de vue, il se distingue de Sachs, qui pense que la domination américaine est terminée ; Beckley, au contraire, attire l’attention sur le fait que de grandes tendances comme le vieillissement de la population et une croissance économique stagnante vont frapper des pays comme la Chine, le Japon et la Russie, mais aussi l’Europe, beaucoup plus violemment que les États‑Unis. En outre, l’Amérique est beaucoup plus avancée que le reste du monde en matière d’automatisation, de robotisation ainsi que, partiellement, d’intelligence artificielle, et est donc bien mieux armée pour l’avenir que les autres.