Le retard pris par les marchés émergents en matière de croissance n’augure rien de bon pour la catégorie d’actifs. Mais nous l’avons déjà dit : l’étiquette « marchés émergents » regroupe des situations très disparates. Pour le top 5 de cette semaine, Thomas De Fauw passe en revue les fonds ciblant les opportunités en Asie du Sud-Est.
Les investisseurs qui se positionnent sur les marchés émergents justifient souvent leur choix par la croissance économique généralement plus élevée que dans les marchés développés. Et même si la sphère émergente devance toujours son homologue développée, le différentiel de croissance entre les deux est au plus bas depuis peu. La hausse des taux attendue aux États-Unis, qui se traduira par une appréciation du dollar, est venue voiler les perspectives des marchés émergents et accroître les risques associés à un placement dans ces marchés. Mais un tel constat occulte un point important : de nombreuses économies émergentes sont actuellement bien plus à même de faire face à des difficultés économiques et financières que par le passé.
C’est notamment le cas des économies d’Asie du Sud-Est : avant la crise financière qui a touché l’Asie, la balance courante était largement déficitaire. Mais le continent a su mener les réformes nécessaires et parvenir à un excédent ces dernières années. Nombre de ses pays ont adopté un taux de change variable, constitué des réserves en monnaies étrangères et approfondi leurs marchés des capitaux, afin de réduire leur dépendance aux capitaux étrangers.
Entre espoir et crainte
En ce début d’année, quelques investisseurs se montrent toutefois optimistes, tablant sur une poursuite de la réouverture de l’économie et du commerce, avec notamment la levée des restrictions de voyage en Thaïlande. L’Indonésie, quant à elle, pourrait profiter de la hausse des matières premières, et notamment de l’huile de palme. Cet important fournisseur mondial de nickel joue aussi un rôle de premier plan dans la chaîne d’approvisionnement pour les véhicules électriques.
Mais au vu des défis susmentionnés et des valorisations peu attrayantes, tant sur le plan relatif qu’historique, la prudence reste de mise dans la région. En outre, la composition des marchés d’actions peut aussi brider la performance de l’indice phare ces prochaines années. Car le MSCI ASEAN est composé à 37 % d’actions du secteur financier, surtout des banques traditionnelles de plus en plus concurrencées par les nouvelles plateformes technologiques. S&P Global Market Intelligence estime ainsi qu’environ 72 % des paiements électroniques sont réalisés via des portefeuilles électroniques en Indonésie – surtout au détriment des paiements par carte.
Excellente année pour le Vietnam
Globalement, les marchés d’actions sud-asiatiques ont devancé leurs homologues chinois en 2021. Le MSCI China a terminé l’année en retrait de 15,8 %, tandis que le MSCI ASEAN clôturait sur une hausse de 7,6 %. Il est toutefois resté dans l’ombre des marchés mondiaux, puisque le MSCI All-Country World a progressé de 27,5 % en euros.
Le MSCI ASEAN inclut 159 entreprises basées à Singapour (31,9 %), en Thaïlande (20,5 %), en Indonésie (17,7 %), en Malaisie (16,3 %), aux Philippines (9,0 %) et au Vietnam. Ce dernier pays a signé une excellente année 2021 (MSCI Vietnam : +34,3 %) grâce à l’intérêt accru des investisseurs locaux, tandis que les investisseurs étrangers fuyaient justement le pays, effrayés par la situation sanitaire et les problèmes d’approvisionnement. Si la liquidité a été multipliée par trois l’an dernier et que plus de 40 entreprises ont désormais une capitalisation boursière supérieure à 1 milliard de dollars, le Vietnam ne sait toujours pas quand il pourra entrer dans l’indice MSCI Emerging Markets ; MSCI le considère pour l’instant toujours comme un marché frontière, avançant comme principal obstacle à un relèvement de catégorie la réforme des limites de participation des investisseurs étrangers.
Top 5
Les investisseurs du Benelux n’ont accès qu’à un nombre limité de fonds mettant spécifiquement l’accent sur l’Asie du Sud-Est. Thomas De Fauw présente cette semaine quatre fonds seulement dans la catégorie Morningstar des fonds d’actions de l’ANASE, sur la base de leur performance entre début février 2021 et fin janvier 2022.
La première place revient au fonds Fidelity ASEAN, géré depuis 2018 par l’expérimentée Madeleine Kuang. L’analyste de Morningstar explique que « malgré sa connaissance ciblée des marchés de l’ANASE, Madeleine Kuang s’est aussi vu confier, en juillet 2021, la responsabilité du fonds Fidelity Emerging Asia, géré jusqu’à cette date par Teera Chanpongsang et noté Neutral par les analystes de Morningstar. Elle adopte une approche bottom-up stricte s’appuyant sur les fondamentaux et cherche des actions de l’ANASE cotées sous leur valeur intrinsèque. Le portefeuille comporte surtout des poids lourds de l’indice ; le secteur financier y est surreprésenté, avec notamment des positions dans DBS Group (9,2 %), Bank Central Asia (5,9 %) et UOB (6,0 %), à l’inverse de l’immobilier et des services de communication, sous-pondérés. L’exposition aux actions vietnamiennes est de 2,5 %. »
L’analyste de Morningstar explique que « le fonds JPM ASEAN Equity, noté Gold par les analystes de Morningstar, figure aussi dans le classement. La stratégie est gérée depuis janvier 2009 par Pauline Ng, qui peut se targuer d’une longue expérience et s’appuie sur trois cogérants, chacun spécialiste d’un pays, et affichant en moyenne seize années d’expérience ; au total, l’équipe ANASE compte cinq personnes, qui bénéficient à leur tour du soutien de quinze analystes. »
« La stratégie vise à identifier les entreprises de croissance de bonne qualité, qui ont la capacité de générer des liquidités sur la durée, présentent un bilan solide et une équipe de direction robuste. Le fonds est actuellement surexposé aux services de communication, avec une position importante dans Sea Ltd, acteur régional du jeu et de l’e-commerce, et une exposition aux actions du secteur financier. L’immobilier et les biens de consommation sont sous-représentés. La stratégie a investi 2,7 % de son actif au Vietnam. »
BE
