
Les family offices qui assistent les familles belges fortunées semblent plus disposés à prendre des risques que leurs clients. Les recherches menées par Sam Bossuyt de l’Université de Gand montrent souvent que des techniques astucieuses sont nécessaires pour mettre tout le monde sur la même longueur d’onde.
Pour son mémoire de master en économie d’entreprise (UGent), Sam Bossuyt a étudié la manière dont les familles fortunées belges et leurs family officers prennent des décisions en matière de patrimoine. Sous la supervision de Sophie Manigart, experte en finance d’entreprise, il a interrogé treize family officers (single et multi-family offices) sur la manière dont ils font des choix d’investissement avec leurs clients. Il avait initialement prévu d’interroger également un membre de la famille conseillée à chaque fois, mais il a dû y renoncer en raison du refus des familles, fidèles à la discrétion qui entoure de nombreux clans fortunés.
Les entretiens ont révélé un écart frappant dans la manière dont les familles et leurs family officers évaluent le risque lorsqu’ils prennent des décisions en matière de capital-investissement ou de capital-risque. « Pour de nombreux membres des familles, en particulier les générations plus âgées, le risque est synonyme de perte de capital ou de réputation. De ce point de vue, les clients adoptent généralement une approche d’investissement prudente, avec une faible exposition aux actifs volatils ou peu liquides », souligne Sam Bossuyt.
Les family officers, quant à eux, qui ont souvent une formation en finance, en capital-investissement ou en banque d’investissement, ont une vision plus chiffrée et moins émotionnelle. « Pour eux, le risque est lié à des éléments tels que la volatilité, le manque de liquidité ou le fait de ne pas atteindre les objectifs à long terme du portefeuille. Ils se sentent généralement plus à l’aise pour prendre des risques calculés. »
Fossé générationnel
L’une des causes pourrait être les crises précédentes vécues par les générations plus âgées, telles que la crise des dotcoms de 2000 ou la crise bancaire de 2008. Les générations plus âgées ont tendance à préférer l’immobilier, les obligations ou les portefeuilles contenant beaucoup de liquidités. L’étude montre que la préservation du capital est au cœur des préoccupations.
« Ce conservatisme générationnel est devenu très visible dans les multi-family offices », indique Sam Bossuyt. Les portefeuilles ont été délibérément construits de manière défensive en raison de l’attitude prudente des membres les plus âgés de la famille, même si le family officer craignait que cela ne limite les rendements à long terme. »
Les jeunes générations sont, sans surprise, plus ouvertes aux investissements plus risqués. Certains family officers se retrouvent pris en étau : ils doivent encourager les générations plus âgées trop conservatrices et freiner les jeunes trop enthousiastes.

Solutions
Pour que toutes les parties soient sur la même longueur d’onde, certains family offices tentent d’apaiser les tensions avec les clients conservateurs au moyen de chartes de risque officielles, de modèles d’allocation stratégique ou de simulations financières qui rendent les risques abstraits plus concrets. Cela permet de renforcer le soutien à la prise de décisions conjointes.
Lors des entretiens, le co-investissement est apparu comme l’un des mécanismes d’incitation les plus largement favorisés. Dans ce modèle, les family offices investissent leur propre capital dans des opérations ou des fonds spécifiques, en plus de celui de la famille. Cela crée un conflit d’intérêt direct et une symétrie des risques : les agences profitent des bénéfices, mais partagent également les pertes potentielles. Le co-investissement atténue le risque d’un comportement d’investissement opportuniste de la part du family officer.
Il existe également des solutions techniques juridiques pour prévenir les conflits générationnels. L’une des entreprises interrogées a introduit un Nxt Gen-fund, qui permet aux jeunes membres de la famille de gérer une partie des actifs de manière plus active, mais dans un cadre clairement défini et contrôlé.
Les structures d’incitation choisies reflètent en fin de compte les valeurs familiales et la philosophie d’investissement qui en découle, explique M. Bossuyt, qui commencera la semaine prochaine à travailler en tant que consultant Junior deal & valuation chez BDO, à Gand. « Ce n’est pas la recherche du gain individuel qui est centrale, mais le fait d’assurer la continuité, de veiller à la prudence et d’établir un pont durable entre les générations. »