Le fonds Euro Government Bond de la société de gestion Franklin Templeton maintient son allocation substantielle en obligations d’état italiennes. Selon le gestionnaire de fonds David Zahn, les taux italiens sont voués à baisser à terme. « La zone euro ne fonctionne pas sans l’Italie. »
« L’Europe a besoin de l’Italie pour assurer le fonctionnement de la zone euro, et je m’attends à ce qu’un accord sur le déficit budgétaire italien soit finalement conclu. Dès que nous y parviendrons, nous assisterons à une chute spectaculaire du taux italien », explique David Zahn dans un entretien avec Fondsnieuws.
En ce moment, le taux italien à dix ans avoisine les 3,4 %. Jusqu’au mois de mai de cette année, lorsque la coalition gouvernementale populiste entre la Ligue (Lega) et le Mouvement Cinq Étoiles a vu le jour, ce taux se situaient encore bien en-dessous des 2 %. « Ce n’est que si et seulement si vous pensez que l’Italie va quitter la zone euro, que vous devriez vendre à découvert en Italie, car aujourd’hui ce risque est partiellement maîtrisé, » affirme David Zahn.
En revanche, il a bien conscience qu’il faudra du temps pour que l’Italie et le reste de la zone euro enterrent la hache de guerre. En effet, aujourd’hui encore, l’Italie campe sur ses positions et la semaine dernière, la Commission européenne a annoncé entamer une procédure pénale officielle à l’encontre de l’Italie pour avoir enfreint le pacte budgétaire européen. Il y a donc de fortes chances que le taux italien doive encore passer par une forte hausse avant que l’Italie ne soit disposée à faire des concessions.
De nouvelles élections sont propices
Les politiciens italiens peuvent se montrer rancuniers, les évolutions politiques en Italie sont en fait propices à un compromis. « De manière générale, la Ligue est perçue comme un parti qui souhaite garder le déficit budgétaire sous contrôle, et ils sont en tête dans les sondages. Le Mouvement Cinq Étoiles est juste en perte. »
Le chef de file de la Ligue Matteo Salvini aurait donc tout intérêt à provoquer de nouvelles élections, dont il pourrait sortir Premier Ministre, sous-entend David Zahn. « De nouvelles élections auraient une influence très positive sur les obligations d’état italiennes. La Ligue pourrait alors devenir le parti le plus important et former une coalition avec un autre parti, assumant davantage sa responsabilité fiscale que le Mouvement Cinq Étoiles. »
Espérons pour David Zahn que l’Italie et l’UE finissent en effet par s’en sortir, car les obligations d’état italiennes représentent de loin la position la plus importante au sein du Fonds Euro Government Bond de Franklin Templeton, avec une allocation de près de 22 %. Ce n’est d’ailleurs pas exceptionnel : ces dernières années, le fonds de David Zahn a généralement surpondéré les titres en Italie. Ce qui n’a pas vraiment profité à la performance : le 31 octobre, le fonds a terminé de 2,35 % à découvert sur les trois dernières années, alors que l’indice Euro Government Bond de Bloomberg Barclays affichait un résultat positif de 2,33 %.
De fameux flux sortants
Les fonds obligataires gérés activement font face à un flux sortant coriace en raison des maigres perspectives de rentabilité pour cette catégorie de placement. Selon le Morningstar, rien que pour le mois de septembre, les investisseurs européens ont retiré 9,1 milliards d’euros de ces fonds. Pour les fonds qui investissent dans des obligations d’état européennes, la concurrence des fonds passifs plus abordables vient encore s’ajouter.
En avril 2015, le fonds de David Zahn gérait encore, d’après les données de Morningstar Direct, 235 millions d’euros mais depuis, le volume d’actifs gérés n’a cessé de baisser. Cette année, plus de 30 millions d’euros ont déjà été retirés du fonds, et le 31 octobre, il n’en restait que 45 millions d’euros. Il est donc à espérer pour David Zahn que la performance de son fonds va s’améliorer au plus vite, et que les perspectives de rentabilité des obligations d’état européennes vont à leur tour s’améliorer.
Sur ce dernier point, David Zahn entrevoit une lueur d’espoir. « D’après nous, la BCE va de toute façon maintenir le taux à zéro jusque 2020. Autrement dit, le taux sur les obligations d’état à dix ans en Allemagne, par exemple, atteindra maximum 0,8 %. Cela signifie aussi qu’on peut encore s’attendre à une hausse de près de 30 points de base mais après, le temps sera venu de réintroduire la notion de durée. »
Toujours selon David Zahn, la différence de taux croissante entre les États-Unis et l’Europe est susceptible de stimuler le marché obligataire européen. « Pour les investisseurs européens, il est de plus en plus coûteux de couvrir le dollar, et il est donc moins intéressant d’investir dans des obligations américaines. Et de ce fait, nous observons déjà des investisseurs qui rapatrient leur argent en Europe. »
Le revers de la médaille ? L’Europa offre justement un carry trade attractif (NDT : opération spéculative sur écart de rendement) aux investisseurs en dollar.
« On observe de plus en plus d’Asiatiques qui achètent des obligations européennes et qui couvrent ensuite leur exposition en dollars. En procédant ainsi, ils gagnent près de 3 % de plus. Tout bien considéré, cela représente un rendement très avenant. »