L’essor des actifs privés attire de plus en plus de familles fortunées. Mais ceux qui investissent en dehors des marchés boursiers doivent veiller à mener une due diligence rigoureuse. C’est pourquoi les family offices s’associent de plus en plus souvent.
Alors que les familles fortunées s’enrichissent et mènent leur vie ainsi que leurs activités par-delà les frontières, le nombre de family offices en Europe « explose », affirme Raphaël Eber, associé et CEO pour l’Europe continentale chez Stonehage Fleming, un multi-family office opérant à l’échelle mondiale. Ce dernier prévoit que le nombre de family offices et les actifs sous gestion continueront de croître au cours des dix prochaines années.
Selon BNP Paribas Fortis, il existe environ 50 multi-family offices en Belgique. Au Luxembourg, il y en a une centaine, selon le régulateur financier CSSF. Les familles fortunées font principalement appel à ce type de cabinets pour des questions juridiques, fiscales et réglementaires, mais aussi, de plus en plus, en raison de leur désir d’investir dans des actifs privés.
Pascal Rapallino, président de l’Association luxembourgeoise des Family Offices (LAFO), cite deux préoccupations principales liées à l’investissement dans des actifs privés : le risque et la liquidité. Selon lui, une due diligence rigoureuse et efficace est essentielle pour évaluer les opportunités. Parce qu’investir sur les marchés privés signifie investir dans des entreprises non cotées, « vous devez avoir une stratégie de liquidité très clairement définie ». « Vous devez bien comprendre que votre argent est bloqué pour les deux à cinq prochaines années. »
L’attrait des club deals
M. Rapallino insiste sur l’importance de la diversification. Une position dans un fonds investissant dans diverses transactions privées est une possibilité d’y parvenir, mais le président de la LAFO affirme, sur la base d’entretiens avec des clients et des membres de l’association, que les investissements directs, les club deals et les investissements peer-to-peer constituent une nouvelle tendance. « Les clients fortunés ont davantage confiance dans les investissements conjoints avec d’autres investisseurs fortunés. »
Les familles estiment que l’évaluation collective augmente les chances d’identifier les risques en temps opportun. « En fin de compte, si vous avez dix familles très fortunées qui souhaitent investir et qui effectuent donc chacune un processus complet de due diligence, et que vous y ajoutez encore la due diligence d’un ou de plusieurs multi-family offices, le risque d’échec est statistiquement plus faible. Bien sûr, ils peuvent tous se tromper », déclare M. Rapallino.
Les family offices peuvent également déployer des capitaux plus rapidement que d’autres parties, note M. Eber, ce qui leur confère un avantage concurrentiel. « Nous n’avons pas besoin de passer par de multiples comités et conseils. Lorsqu’une famille trouve un actif intéressant et dit : « C’est bon, allez-y », ils peuvent effectuer l’achat. C’est leur argent. Une famille, un actif, une transaction. De temps en temps, nous réunissons deux, trois ou quatre familles pour un seul bien, parce qu’il est extrêmement important. En définitive, un tel investissement est généralement structuré comme un club deal. »
La structuration d’une telle transaction est souvent réalisée par un multi-family office, explique M. Eber, car les single-family offices de plus petite taille ne disposent souvent pas de la portée mondiale et de l’expertise nécessaires.
Collaboration avec les gestionnaires d’actifs
En raison des difficultés rencontrées pour attirer de nouveaux capitaux ces dernières années, les gestionnaires d’actifs frappent eux aussi plus souvent à la porte des single et multi-family offices, constate Raphaël Eber. « De temps en temps, nous co-investissons aux côtés d’un fonds pour un investissement spécifique. Supposons que vous souhaitiez acheter un immeuble de premier plan pour 1 milliard d’euros, un grand gestionnaire d’actifs pourrait proposer d’investir un demi-milliard et divers family offices 100 millions par entreprise. De cette manière, nous participons à une opération d’investissement direct aux côtés du gestionnaire d’actifs. »
Pour les investissements directs et les co-investissements, les family offices peuvent s’appuyer sur un réseau de professionnels présents dans différentes catégories d’actifs, ainsi que sur leurs propres relations. « L’écosystème est à la recherche de liquidités et nous recevons chaque jour de nombreux e-mails présentant des opportunités, explique M. Eber. Trouver des opportunités n’est pas si difficile pour l’instant – nous ne sommes plus en 2021 – mais il faut du temps pour effectuer la due diligence, respecter le rapport risque/rendement et créer de la valeur ajoutée. Nous ne voulons pas causer de soucis supplémentaires à nos clients. »
L’immobilier à nouveau en demande
Malgré les récentes fluctuations des marchés immobiliers, cette classe d’actifs reste attractive pour les family offices, grâce à leur « vision à long terme », affirme M. Rapallino. Déterminer la bonne stratégie et le bon type d’investissement peut se révéler complexe, mais « l’immobilier est un élément essentiel d’une stratégie d’investissement à long terme, affirme-t-il. Dans les semaines et les mois à venir, des opportunités se présenteront, au Luxembourg et en Europe en général. »
L’immobilier n’a pas été « dans l’air du temps » ces dernières années, note M. Eber, mais il revient sur le devant de la scène. « Nous préférons le faire directement plutôt que par l’intermédiaire de fonds, et nous recherchons donc des biens immobiliers de premier plan au « bon » endroit. Les capitales européennes, par exemple, ou les lieux de villégiature des personnes fortunées. Nous les structurons ensuite en fonction de chaque opération ». La société étudie actuellement une « très grosse opération » à Paris. Si l’achat du bâtiment, sa transformation et l’ajout de commerces et des bureaux sont menés à bien, « nous pourrons le vendre deux à trois fois le prix dans un délai de trois à cinq ans. »