Ilse De Witte_Copyright Ann De Wulf
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« Pourquoi y a-t-il peu d’investisseuses professionnelles ? Parce que les hommes ont davantage tendance à se surestimer », explique Ilse De Witte, rédactrice financière et commentatrice des marchés boursiers, à qui l’on doit un livre sur l’inégalité financière entre les hommes et les femmes.

« Il y a à peu près autant de femmes que d’hommes dans le monde de la finance », commente Ilse De Witte. « Mais les premières occupent toujours beaucoup moins de postes où l’on décide effectivement quelles entreprises reçoivent de l’argent et lesquelles n’en reçoivent pas. »

Selon Ilse De Witte, cela s’explique par le fait que les hommes ont, davantage que les femmes, tendance à se surestimer et à penser qu’ils sont capables de battre le marché. « Il ressort pourtant de plusieurs études que la plupart des investisseurs professionnels font moins bien que le marché, surtout sur le long terme. »

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Un graphique publié dans le dernier rapport annuel de Women in Finance montre une légère augmentation du nombre de femmes managers dans le monde de la finance en Belgique, mais la courbe se tasse.

L’important écart entre hommes et femmes dans le secteur financier commence dès le plus jeune âge, selon Ilse De Witte. « Dès l’enfance, les garçons sont plus motivés par l’argent. Le fait qu’ils soient plus doués en maths que les filles peut également entrer en ligne de compte. Selon le dernier rapport Timms, en quatrième primaire, les filles obtiennent des résultats nettement moins bons en maths et en sciences que les garçons, et cet écart semble se creuser. À la maternelle, les filles et les garçons ont encore les mêmes aptitudes en mathématiques, mais cela change à l’école primaire. »

Selon Mme De Witte, cela s’explique en partie par le fait que les filles se mettent elles-mêmes des limites. « Elles pensent que les maths sont trop difficiles pour elles, alors que les garçons ont justement besoin de ce défi pour mieux réussir. Elles sont aussi freinées par les attentes de la société. Nous partons du principe que les filles sont meilleures en langues et les garçons en mathématiques, et nous transmettons implicitement ce message à nos enfants. Les investisseurs professionnels ne doivent évidemment pas avoir peur des chiffres. »

Quelles sont les principales pierres d’achoppement qui empêchent les femmes de s’imposer dans le secteur financier ?

« Les femmes pensent qu’elles seront remarquées si elles travaillent assez dur. Elles ne postuleront à un emploi que si elles ont toutes les compétences requises pour le poste vacant. On retrouve ici tous les clichés… Par ailleurs, lorsque nous pensons au CEO d’une banque, par exemple, nous imaginons tous un homme blanc, un peu arrogant et beau parleur, et pas une femme voilée ni un homme de couleur introverti et modeste. Dans certaines circonstances, ces derniers peuvent toutefois se révéler être de bien meilleurs dirigeants. Rien ne dit que les femmes sont de meilleures dirigeantes, mais il y a suffisamment de mauvais managers masculins pour prouver que nous ne choisissons pas toujours le meilleur homme ou la meilleure femme pour occuper un poste. »

« Si une entreprise ne mène pas activement une politique visant à augmenter le nombre de femmes au sommet, on n’en trouvera pas plus à ce niveau. Dans mon livre, on peut par exemple lire ce qu’en pense Nathalie Delaere, aujourd’hui consultante indépendante en matière de diversité et d’inclusion. Elle a travaillé comme avocate pendant neuf an et occupé des postes de direction dans une banque pendant dix-sept ans. Cela l’a amenée à reprendre ses études et effectuer des recherches en matière d’égalité des sexes, question sur laquelle elle a rédigé un mémoire de master. Nathalie est convaincue que la culture au sein des institutions financières doit profondément changer si l’on veut en finir avec le « plancher collant » ou le plafond de verre pour les femmes. En effet, la culture qui prévaut dans de nombreuses institutions met l’accent sur les performances individuelles plutôt que sur le collectif. Les femmes, quant à elles, privilégient généralement le groupe.

Pourquoi la diversité est-elle importante dans le secteur financier ?

« Lorsqu’il est question d’argent, il n’y a pratiquement que des hommes qui s’expriment dans les journaux, à la télévision ou lors des événements organisés par des institutions financières. Je pense qu’il s’agit d’une occasion ratée car, sous la surface, il y a encore une grande réserve d’épargnantes auxquelles les gestionnaires d’actifs ne parviennent pas encore à accéder avec leurs produits d’investissement. Tout est question de perception. Les femmes ont besoin de plus de modèles féminins pour réaliser qu’elles savent tout aussi bien gérer l’argent. »

Qu’en est-il des services financiers aux femmes ?

« Les femmes ont très souvent une approche différente de celle des hommes. Les questionnaires que les banques font actuellement remplir, pour connaître leur client, et les profils d’investisseur qui sont assignés, ne tiennent pas compte du fait qu’hommes et femmes gèrent le risque différemment. Si l’on a affaire à un investisseur masculin, il peut être bon de souligner le danger. Par contre, les investisseuses sont rebutées par cette insistance sur les risques et laissent leur argent sur un compte d’épargne. »

« Des femmes gestionnaires de relations dans le secteur financier m’ont aussi dit que les femmes aimaient tout comprendre, de bout en bout. Les conseillers financiers n’ont souvent pas le temps d’avoir une conversation aussi détaillée. En tout état de cause, les banques devraient faire beaucoup plus d’efforts pour renforcer les connaissances financières de leurs clients. Actuellement, on a parfois l’impression qu’elles essaient surtout de se couvrir, en insistant encore et encore sur tous les risques qu’il y a à investir. »

« Les femmes sont tout aussi capables d’investir ou de gérer de l’argent que les hommes. Selon certaines études, elles sont même meilleures dans certains domaines. Elles contrôlent par exemple mieux leurs impulsions ou sont moins enclines à se surestimer. Mais, bien sûr, il faut d’abord qu’elles veuillent ou osent s’y mettre. »

coverVrouwen willen meer dan een roze creditcard (les femmes veulent plus qu’une carte de crédit rose)– Ilse De Witte – 25,99 euros – éd. Lannoo (en néerlandais)

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