Avertissement : nous déconseillons la lecture de cette analyse de Charles Gave aux personnes d’humeur funeste, qui croient peu en l’avenir ou qui préfèrent voir la vie en rose. Elle annonce en effet la fin de la partie pour le capitalisme de marché.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Charles Gave est un ancien gestionnaire de fonds hedge, qui a résidé en divers endroits du globe. Ce Français a fondé GaveKal, l’un des bureaux d’études les plus transcendants au monde dans le secteur financier, actuellement dirigé par son fils Louis. Chacune des lignes de leurs analyses reflète la profondeur qu’ils doivent à 30 années d’expérience professionnelle.
Vitesse de circulation
Dans son analyse Capitalism and the Coronavirus, Charles Gave écrit qu’en cas de volatilité des marchés financiers, il s’en tient traditionnellement à la formule MV = PQ. M signifiant masse monétaire, V vitesse de circulation, P niveau de prix et Q production.
L’effet de la pandémie de coronavirus a entraîné une baisse dramatique induite par V, à savoir la vitesse de circulation de la monnaie. Résultat: une baisse de la production et l’incapacité des entreprises à payer leurs dettes. Il suffit pour s’en convaincre de regarder la hausse sans précédent des spreads sur le marché des crédits ainsi que les statistiques de demandes de chômage publiées hier aux États-Unis : de 282 000 à 3,28 millions en l’espace d’une semaine !
Si la vitesse de circulation diminue fortement, voire s’arrête, cela mènera à une crise de solvabilité, prévient Charles Gave. Et si les intérêts augmentent pour le secteur privé, le risque de baisse de la production (Q) augmentera.
L’heure H : l’automne
Sur la base des expériences chinoise et sud-coréenne, Charles Gave estime que les problèmes liés à la crise du coronavirus ne seront pas résolus cet automne. Avec à la clé une dépression accompagnée d’une insolvabilité massive sur les dettes en cours. Les gouvernements essaient de l’éviter au niveau mondial, avec des déficits budgétaires croissants et une masse monétaire accrue pour conséquences. L’acquéreur de cette accumulation de dettes : les banques centrales.
Charles Gave met en garde sur la non-viabilité d’un « capitalisme sans faillite ». Les dettes (publiques) élevées génèrent en effet une croissance faible, tandis qu’un intérêt bas entraîne une mauvaise allocation du capital et historiquement, va pratiquement toujours de pair avec un effondrement du marché. La solution que nous sommes pour l’instant contraints d’adopter ne fera qu’engendrer des problèmes plus importants à plus long terme.
Revenus de base au programme
Même le gouvernement américain envisage désormais sérieusement d’affecter gratuitement des fonds publics à l’attribution d’un revenu permanent aux citoyens. Selon le prix Nobel Milton Friedman, ce type de création monétaire par la banque centrale n’est dans la pratique quasiment plus rattrapable.
Résultats : une baisse de l’offre de biens et services et une inflation galopante. Charles Gave ajoute à l’analyse que la mondialisation a conduit à la déflation, suite à l’arrivée de produits bon marché de Chine, tandis que la « démondialisation » initiée actuellement s’accompagnera d’une inflation.
Nationalisation complète
La conséquence à plus long terme de cette politique menée depuis les années 1980 est d’ores et déjà perceptible : une baisse des bénéfices des entreprises et de la croissance, des banques qui deviennent progressivement des filiales de la banque centrale et allouent le capital de manière inefficace, des niveaux d’intérêts qui font que les fonds de pension ont plus d’obligations que d’avoirs, de sorte qu’une aide publique est également nécessaire à ce niveau, et, à plus long terme, la nationalisation inévitable de toutes les entreprises.
Selon Charles Gave, nous nous approchons du point où les perspectives des éminents économistes Joseph Schumpeter et Milton Friedman pourront être confrontées : Joseph Schumpeter a déclaré que le capitalisme ne profiterait en définitive réellement qu’à un groupe assez restreint et que cela entraînerait à un certain moment un clash entre les 20 % de haves et les 80 % de have-nots. Milton Friedman pensait quant à lui que le capitalisme mènerait à la liberté et la démocratie. Une vision de plus en plus remise en question en Occident, notamment en raison de l’épidémie virale.
Allocation des actifs
Pour conclure, Charles Gave déclare que la notion de fragilité et d’anti-fragilité du système a atteint le point d’ébullition. Il conseille aux investisseurs de privilégier une forte exposition aux actifs anti-fragiles tels que l’or, tandis que sur le terrain des dettes, il recommande les obligations chinoises. En l’occurrence la dette asiatique dépourvue de risque, vers laquelle d’autres pays de la région vont converger selon lui.
Les nations dotées d’un niveau de vie élevé et d’une population relativement réduite comme la Flandre, les Pays-Bas, la Scandinavie, mais aussi Singapour et Hongkong constituent d’autres options anti-fragility. Enfin, il préconise les pays du Commonwealth : l’Angleterre, la Canada, l’Australie et la Nouvelle -Zélande, dotés de systèmes législatifs stables.