Si la République populaire de Chine est l’un des principaux débouchés de nombreuses multinationales, les investisseurs internationaux ont longtemps eu le luxe de pouvoir bouder l’empire du Milieu. Mais ce n’est plus le cas depuis la modification des pondérations opérée par MSCI et l’ouverture du marché des actions A, qui ont suscité un engouement nouveau pour les actions chinoises. Nous passons cette semaine à la loupe les performances des fonds d’actions chinois en ce premier semestre très volatil.
De nombreux investisseurs professionnels mesurent la performance de leurs placements à l’aune d’un indice. Si les investisseurs passifs sont en principe tenus d’acheter tous les titres figurant dans cette référence, leurs homologues actifs ne peuvent parfois pas non plus faire l’impasse sur l’une des positions de l’indice – par exemple, si la société affiche une pondération importante.
Lorsqu’en 2018, MSCI a annoncé un relèvement graduel de la part des actions chinoises dans l’indice MSCI Emerging Markets, la demande d’actions chinoises (et donc, d’actions A), a augmenté.
Les données de Morningstar montrent que les investisseurs européens ont placé environ 5,2 milliards d’euros dans des actions chinoises entre 2016 et 2020, tandis que la catégorie des actions chinoises A captait pas moins de 18 milliards d’euros sur la même période, dont 11,7 milliards sur la seule année 2020, marquée par la pandémie. Et cette tendance semble se poursuivre cette année encore, avec une collecte respective de 7,3 et 7,1 milliards d’euros.
Les actions A sont des actions de sociétés cotées sur le continent chinois, à Shanghai ou à Shenzen. Avant la mise en place du programme Shanghai-Hong Kong Stock Connect en 2014, il était difficile pour les investisseurs étrangers d’acheter des actions locales L’indice Shanghai Composite compte de nombreuses banques et compagnies d’assurances, tandis que le Shenzhen Composite est dominé par de petites sociétés privées.
La Chine pèse aujourd’hui pas moins de 37,6 % de l’indice MSCI Emerging Markets ; Taïwan représente 13,9 %, la Corée du Sud 13 %. Mais pour l’instant, 20 % des actions A seulement sont incluses dans l’indice.
Si toutes les actions A étaient prises en compte, la pondération de la Chine atteindrait près de la moitié du MSCI Emerging Markets. Fin mai 2018, lorsqu’aucune action A ne figurait dans l’indice, la Chine représentait 31,7 % des positions. Parmi les cinq premières sociétés de l’indice, trois sont chinoises : Tencent, Alibaba et Meituan. Ensemble, elles pèsent 31,1 % du MSCI China.
Correction
Malgré son importance, l’afflux de fonds dont il a bénéficié et son rendement attrayant en 2020, le MSCI China est largement resté dans l’ombre du MSCI Emerging Markets sur les cinq premiers mois de l’année 2021 (+1,8 %, contre +7,3 % pour l’indice). Les actions chinoises avaient pourtant bien commencé l’année, se classant parmi les fleurons, mais le vent a brusquement tourné en février.
En effet, les investisseurs attendaient un durcissement de la politique monétaire de la banque centrale chinoise, car l’économie chinoise et mondiale était en plein redressement. L’intervention musclée des régulateurs contre les fintechs et les sociétés d’e-commerce a aussi pesé sur le sentiment, tout comme les rumeurs selon lesquelles les dirigeants politiques souhaitaient brider la croissance du crédit.
Certains attendaient avec impatience de prendre leurs bénéfices. Le 17 février 2021, le MSCI China avait gagné plus de 65 % par rapport au creux de la crise sanitaire. De plus en plus, les actions chinoises affichent une volatilité extrême.
De nombreux investisseurs se souviendront encore de l’année 2015 : le Shanghai Composite, alors dominé par les investisseurs particuliers chinois, avait gagné quelque 150 % entre juin 2014 et juin 2015, pour s’effondrer brusquement après et perdre plus de 30 % en moins d’un mois.
Le top 5
Le top 5 de cette semaine, qui porte sur la catégorie Morningstar des fonds d’actions chinoises, tient compte des performances des cinq premiers mois de l’année 2021.
La première place du classement revient au fonds T. Rowe Price China Evolution Equity, lancé en août 2020 seulement, et dont l’actif total ne s’élève qu’à 56 millions de dollars. Entre le 1er janvier et le 31 mai 2021, il a généré un rendement de 14,6 %, contre 1,8 % seulement pour l’indice MSCI China en euros.
La stratégie est gérée par Wenli Zheng, qui a commencé sa carrière chez T. Rowe Price en 2008, comme analyste. Le portefeuille est assez concentré (40 à 50 titres) et les 10 principales positions représentent 37,6 % de l’actif total. Alibaba et Tencent ne figurent pas parmi ces dernières, car Wenli Zheng cherche surtout des entreprises que d’autres investisseurs n’ont pas dans leur radar.
C’est par exemple le cas de Country Garden Services (6,9 %), une entreprise active sur le marché immobilier chinois. 14,9 % du portefeuille est investi dans l’immobilier, soit une surpondération de plus de 10 % par rapport à l’indice. Par ailleurs, le secteur industriel représente 20,2 % du portefeuille, contre 8,5 % pour le MSCI China.
Le fonds Fidelity China Focus, noté Silver par les analystes de Morningstar, figure aussi dans notre classement. Jing Ning, qui peut se targuer de 21 années d’expérience dans l’investissement, gère la stratégie depuis novembre 2013. Elle peut s’appuyer sur une équipe de 25 analystes, dont 17 se consacrent exclusivement aux actions chinoises. L’approche adoptée se fonde sur la valeur, et s’inscrit parfois à contre-courant.
Elle a été appliquée de manière rigoureuse même lorsque les actions de croissance surperformaient. Le fonds a connu des années difficiles en 2019 et 2020, avec un recul de 9,1 % l’année dernière, tandis que le MSCI China affichait un rendement positif de 18,8 %.
Le portefeuille actuel est constitué pour 26,8 % (le double de l’indice de référence) d’entreprises actives dans le secteur financier, dont China Life Insurance (6 %) et China Construction Bank (5,3 %). Il compte également des noms plus connus : Tencent (5,9 %), Alibaba (5,7 %), Lenovo (4,2 %) et Baidu (3,9 %).
BE
