La chute de Lehman Brothers, il y a dix ans, a laissé un lourd héritage dont pâtissent aussi bien l’économie réelle que les marchés financiers. Amundi parle de quatre paradoxes, dont la baisse de liquidité du marché, qui contraint les investisseurs à revoir leur politique d’investissement.
Le premier paradoxe est l’occasion manquée de réduire la dette. Même si nous vivons l’une des plus longues périodes de croissance économique, comme l’écrivent Pascal Blanqué CIO et Vincent Mortier, Deputy CIO, il y a encore un déséquilibre.
‹Si le niveau de la dette cesse d’augmenter, on ne peut pas encore parler de baisse en termes absolus. Jusqu’ici, l’effet est contrebalancé par des taux bas artificiels – mais cela fragilise l’ensemble du système. La question de savoir si le niveau d’endettement actuel est tenable revient à l’ordre du jour : est-ce qu’une hausse du taux peut être absorbée sans venir perturber le marché ?›
Le paradoxe des liquidités
En conséquence de la vaste politique monétaire menée après la crise, des liquidités colossales ont été injectées dans les banques. Au niveau microéconomique en revanche, les liquidités sur les marchés financiers ont baissé, affirment Pascal Blanqué et Vincent Mortier. ‹La nouvelle réglementation a amené les banques à détenir moins de titres dans leur bilan. Si les institutions bancaires présentent de ce fait moins de risques, ceux-ci se sont déplacés vers les acheteurs d’obligations, par exemple. Il est impossible de comparer ces risques avec les risques de placements classiques (pour les obligations : croissance après une inflation plus forte et un taux plus haut).›
La politique monétaire qui a été menée après la crise n’a pas débouché sur l’inflation, mais bien sur l’inflation des prix des actifs : le prix à la hausse des actions, des obligations et de l’immobilier. Que va-t-il se passer à présent ? Selon les deux CIO, le scénario le plus probable est le retour à une croissance et une inflation faibles. Autrement dit, le cours des actions se caractérisera par une valeur d’équilibre plus faible. Dans un scénario plus optimiste, les investissements et l’innovation stimuleraient la productivité, découlant sur la hausse potentielle des profits et du cours des actions. Pascal Blanqué et Vincent Mortier estiment cependant ce dernier scénario moins probable.
Disparité
Enfin, les disparités et l’instabilité ses sont accentuées depuis la crise, au lieu de s’atténuer. Les deux CIO d’Amundi qualifient l’héritage social et politique de la crise de « colossal ». ‹Malgré un marché du travail prospère, la croissance des salaires reste à la traîne. Les disparités grandissantes sont le terreau des politiciens populistes. La mondialisation en prend alors pour son grade. Un casse-tête pour les investisseurs qui se sont justement focalisés sur les échanges commerciaux à l’échelon mondial au lieu des placements de croissance nationaux.›
La plupart des investisseurs n’ont pas complètement tiré les leçons de la crise dans leur politique d’investissement, constatent Pascal Blanqué et Vincent Mortier. Qu’est-ce qui doit changer, d’après eux ?
La perception du risque doit s’étoffer et entre autres intégrer (le manque de) les liquidités. ‘Toutes les catégories d’investissement sont censées être liquides à tout moment. Elles ne le sont pas ? Alors, les liquidités finissent par se volatiliser quand on en a le plus besoin.’
Les obligations comportent plus de risques
Il faut nouveau temps passer au crible le rôle des différentes catégories d’investissement. Ainsi, la nuance classique entre les placements à risque et les obligations d’état dites sûres s’est sensiblement atténuée. Les obligations d’état comportent beaucoup plus de risques qu’on ne le pensait, avec toutes les conséquences que cela implique sur la façon de composer son portefeuille.
La diversification réduit le risque. Mais la composition de portefeuille traditionnelle s’est soldée par un échec à des moments cruciaux, à cause d’un coefficient de corrélation plus important que prévu. Les investisseurs doivent donc trouver des placements alternatifs moins sensibles aux fluctuations des marchés des actions et des obligations.