Les actions de type valeur de la zone euro n’avaient jamais été aussi en verve depuis 2016. Sur les huit premiers mois de l’année, elles ont en effet affiché de meilleurs résultats que le marché dans son ensemble. Pour autant, les investisseurs qui ont opté pour des fonds les ciblant n’ont pas vraiment de raison de se réjouir.
Les actions axées sur la valeur font relativement belle figure dans la zone euro, comme partout dans le monde. Entre début janvier et fin août, le MSCI EMU Value a abandonné 13,74 %, alors que le MSCI EMU, plus vaste, perdait 17,11 %. Cette avance est assez exceptionnelle : la dernière surperformance du style remonte à l’année 2016.
Pour autant, ceux qui investissent dans les fonds d’actions axées sur la valeur ont peu de raisons de se réjouir. Tout d’abord, parce que la zone euro est l’un des cancres régionaux de 2022. À titre de comparaison, le MSCI Europe a affiché une perte de 11,84 %, alors que le MSCI World n’a cédé que 7,02 %. Le tableau n’est pas différent pour les actions de valeur : les variantes valeur des indices susmentionnés ont généré une performance supérieure à celle du MSCI EMU Value. À -6,07 %, la perte du MSCI Europe Value a été deux fois moins importante ; le MSCI World Value s’est même inscrit légèrement dans le vert, à +0,68 %.
Les piètres performances de 2022 sont faciles à expliquer : l’inflation galopante et les hausses de taux menées en réaction par les banques centrales ont mis sous pression les marchés d’actions mondiaux. L’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’envolée des cours des matières premières ont encore assombri le tableau, puisque les pays de la zone euro sont les plus touchés.
Autre constat décevant pour les investisseurs en fonds d’actions de l’UEM axées sur la valeur : ces produits ont sous-performé depuis le début de l’année. La catégorie Morningstar des actions de grandes capitalisations de la zone euro compte au total 114 fonds pour lesquels le portefeuille adopte plutôt un style valeur. Fin août, seuls 30 fonds étaient parvenus à battre l’indice MSCI EMU Value. Dans de nombreux cas, la sous-performance des gérants s’apparente à une double peine.
Le top 5 de la semaine reprend les fonds de la catégorie Morningstar des actions de grandes capitalisations de la zone euro, sur la base de leurs performances entre début janvier et fin août 2022. Ont été inclus dans le classement les fonds dont le portefeuille affiche une orientation valeur selon la Morningstar Style Box.
La première place revient au NN (L) Euro High Dividend, un fonds piloté par un gérant très expérimenté, Nicolas Simar, qui suit le portefeuille depuis 1999 et dirige également les stratégies Equity Value de la société basée à La Haye. Depuis juin 2018, il est assisté par Robert Davis, qui peut lui aussi se targuer d’une longue expérience. Leur approche consiste à identifier les entreprises versant un dividende très attrayant sur la durée, ce qui confère au portefeuille son orientation valeur. Ils ne boudent pour autant pas les actions affichant un profil de croissance, comme en témoigne l’exposition à LVMH et ASML, qui comptent parmi les trois plus importantes positions du portefeuille. Parmi les actions ayant le plus brillé cette année figurent les compagnies pétrolières Shell et TotalEnergies, mais aussi Deutsche Telekom et Deutsche Boerse.
Invesco Euro Equity occupe la deuxième place du podium ; il est géré par un duo composé d’Oliver Collin et de Steve Smith. Le premier est actif dans la gestion de fortune depuis 2000, mais il ne gère des portefeuilles que depuis 2015. Il a pris la tête du fonds en 2016 et a été rejoint en 2020 par Steve Smith. La philosophie d’investissement du duo cible le long terme et accorde une grande place à la valorisation des actions. Les actions de croissance, souvent très onéreuses, ne sont pas reprises en portefeuille. Deutsche Telekom et TotalEnergies font encore une fois partie des investissements du fonds, mais ce sont surtout CaixaBank, Galp Energia et AstraZeneca qui affichent pour l’instant les meilleures performances de 2022.
Le fonds Lazard Alpha Euro SRI prend la troisième place. Son gérant principal, Régis Bégué, se fait fort de près de trois décennies d’expérience dans le secteur financier, dont 17 ans en tant que responsable des actions chez le français Lazard. Son style d’investissement est opportuniste ; il vise une surperformance en identifiant des thèmes spécifiques, jouant notamment sur les cycles économiques ou divers styles (croissance, valeur…). En outre, il tient compte de facteurs durables, en intégrant une approche « best-in-class » sur la base de critères ESG. Si le portefeuille est orienté valeur depuis un certain temps déjà, Régis Bégué ajoute à ce dernier des titres adoptant un autre style. Ici aussi, ASML et LVMH figurent parmi les principales positions. Les trois actions du portefeuille affichant les meilleures performances de l’année sont AstraZeneca et, une nouvelle fois, Deutsche Telekom et TotalEnergies.