Personne ne sort véritablement gagnant d’une guerre, mais les investisseurs qui détenaient des matières premières en portefeuille, ces dernières semaines, ont pu limiter leurs pertes. La hausse des cours de l’énergie, des métaux et des produits agricoles n’est toutefois pas un phénomène nouveau.
Pour Thomas De Fauw, analyste chez Morningstar, l’invasion de l’armée russe en Ukraine ne marque pas le point de départ de la hausse des matières premières : cette ascension avait en effet déjà commencé l’an dernier dans le cadre du reflation trade, un terme qui désigne une relance du cycle économique avec accélération de la croissance et de l’inflation, se produisant souvent (mais pas toujours) après une récession. Les matières premières étaient alors considérées comme la dernière catégorie d’actifs encore bon marché. Mais cette hausse pourrait bien ne pas durer longtemps : les investisseurs attribuent actuellement à la catégorie une prime de risque (géo)politique.
L’un des principaux baromètres du marché des matières premières est l’indice Bloomberg Commodity (BCOM), composé de contrats sur matières premières physiques négociés en Bourse. Entre début mars 2021 et fin février 2022, l’indice a gagné 45,3 % en euros, et entre le 1er janvier et le vendredi 11 mars, il avait déjà progressé de plus de 25 %. L’indice compte plusieurs sous-groupes : l’énergie (30 %), les céréales (22,6 %), les métaux précieux (20 %), les métaux industriels (15,5 %), les matières premières agricoles, dont le café, le coton et le sucre (7 %) et le bétail (5,3 %). Les matières premières affichant (de loin) la plus forte pondération de l’indice sont l’or (15 %) et le pétrole brut (WTI et Brent, 15 %). Les pondérations pour 2022 ont été annoncées par Bloomberg le 9 novembre 2021.
Volatilité du pétrole
En 2020, la pandémie de coronavirus a fait plonger le pétrole brut à son plus bas niveau historique. Le cours a même brièvement été négatif. Le WTI a gagné 32 % depuis le début de la guerre en Ukraine, le 24 février 2022, mais a corrigé depuis. Mais à l’inverse de ce qui s’était produit lors du précédent « super cycle des matières premières », de 2000 à 2008, les pressions haussières sur les cours ne semblent pas découler d’une envolée massive et soudaine de la demande de matières premières, principalement depuis la Chine, mais plutôt de l’offre.
Tout d’abord, les traders ont estimé que la guerre en Ukraine pourrait perturber l’approvisionnement en matières premières essentielles ; ils ont été confortés par l’embargo sur les importations de pétrole russe, imposé notamment par les États-Unis et le Royaume-Uni. Le mois dernier, Shell et BP ont aussi annoncé leur départ de Russie. Cela montre que les entreprises se conforment plus fréquemment à des normes ESG de plus en plus strictes : un départ motivé par des raisons politico-ethniques est en effet le signe d’une bonne gouvernance d’entreprise. Cette doctrine durable est toutefois contestée aujourd’hui, dans la mesure où elle alimente la hausse des cours énergétiques. La lutte contre le réchauffement climatique entraîne une diminution régulière des investissements dans de nouveaux carburants fossiles, alors même que la demande augmente toujours dans les pays émergents.
Au-delà du pétrole
Mais le pétrole n’est pas le seul à avoir tiré vers le haut l’indice BCOM : l’or a également franchi la barre des 2000 dollars l’once, et de nombreux spécialistes de l’analyse technique estiment qu’il s’achemine vers un nouveau record, endossant une nouvelle fois un statut d’actif refuge.
Le conflit en Ukraine et les sanctions prises à l’encontre de la Russie ont perturbé d’autres marchés des matières premières, et notamment celui du blé, tandis que l’envolée des cours énergétiques affectait le prix des engrais utilisés par les agriculteurs. Le blé a gagné quelque 68 % entre le 1er janvier et le 8 mars, puis a corrigé. Les cours des matières premières restent imprévisibles et extrêmement volatils.
Le top 5
Le top 5 de la semaine est consacré à la catégorie Morningstar des matières premières diverses. Le classement établi par Thomas De Fauw liste les cinq fonds ayant affiché la meilleure performance sur les douze derniers mois.
Parmi eux figurent deux ETF axés sur les matières premières. L’ETF Market Access Rogers International Commodity Index UCITS de FundRock Management occupe la première place. Il réplique l’indice Rogers International Commodity, qui offre une exposition à 38 matières premières négociées en Bourse, grâce à des contrats à terme. Selon l’analyste de Morningstar, « la composition de l’indice est différente de celui promu par Bloomberg, mais il couvre aussi l’énergie (40,7 %), les métaux (24,5 %), et les céréales (19,6 %), notamment. Créé à la fin des années 1990, l’indice a reçu le nom de son fondateur, Jim Rogers, un légendaire investisseur américain à l’origine du fonds Quantum avec George Soros, mais qui a surtout bâti sa réputation sur les livres qu’il a publiés et ses apparitions à la télévision. La deuxième place revient à l’ETF L&G Longer Dated All Commodities, qui réplique l’indice Bloomberg Commodity mentionné ci-dessus. Lancé en mars 2010, le fonds affiche un encours de 955 millions de dollars. »
Plus loin dans le classement, l’on trouve aussi le DWS Invest Enhanced Commodity Strategy, qui a pour objectif de devancer l’indice BCOM, en adaptant la pondération des différentes matières premières selon les circonstances de marché. Thomas De Fauw nous explique que « fin janvier 2022, l’actif du fonds était investi à 39,4 % dans l’énergie, 28,8 % dans les matières premières agricoles, 20,2 % dans l’industrie, 19,7 % dans les métaux précieux et 5,3 % dans le bétail. Depuis sa création, le fonds est géré depuis New York par Darwei Kung et Sonali Kapoor. Ce premier est entré en 2006 chez DWS ; auparavant, il était actif dans le secteur des télécommunications. »
BE
