Han Dieperink
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Depuis plus de 80 ans, l’Europe bénéficie du parapluie sécuritaire des États-Unis. Aujourd’hui, alors que les négociations sur la guerre en Europe se déroulent sans la participation de l’Ukraine ni d’autres pays européens, l’Europe se voit contrainte d’adopter une posture autonome sur les plans politique et militaire.

Si les États-Unis accèdent à tous les souhaits de Vladimir Poutine, on peut se demander si cela servira encore leurs propres intérêts. Même les républicains commencent à exprimer des doutes. Voici dix raisons pour lesquelles Donald Trump souhaite conclure un accord avec Vladimir Poutine :

  1. Admiration pour les dirigeants autoritaires
    Donald Trump éprouve une fascination pour les dictateurs forts car il valorise le pouvoir, l’autorité et la fermeté absolue, une vision qui correspond à son propre style de leadership. Il considère la politique comme une négociation sans concession et apprécie les dirigeants qui ne se laissent pas influencer par les adversaires politiques ou les institutions.
  2. Méfiance à l’égard de l’Ukraine
    Donald Trump est convaincu que l’establishment politique ukrainien lui est hostile. Il croit que ce n’est pas la Russie, mais l’Ukraine qui a interféré dans l’élection de 2016. Pour tenter de le prouver, son avocat Rudy Giuliani a dépêché une équipe en Ukraine. Au lieu de trouver des preuves d’ingérence électorale, celle-ci a mis au jour l’affaire de corruption impliquant Hunter Biden, qui est ensuite devenue un thème majeur de la campagne de Donald Trump.
  3. Intérêts pétroliers
    Les négociations en cours entre les États-Unis et la Russie se déroulent en Arabie saoudite et portent non pas sur l’Ukraine, mais sur le pétrole. En effet, la présence des trois plus grands producteurs mondiaux à la table des discussions n’a rien de fortuit. Donald Trump veut faire baisser le prix du pétrole et cherche à persuader la Russie d’augmenter sa production. Une telle mesure profiterait à l’économie américaine (en particulier en limitant l’inflation), mais la Russie et l’Arabie saoudite ont tout intérêt à maintenir des prix élevés. Pour parvenir à un accord, Donald Trump doit donc faire des concessions.
  4. Stratégie de négociation
    Donald Trump pense que la Russie est moins disposée à faire des concessions que l’Ukraine. Cette dernière a appelé à des négociations à plusieurs reprises, tandis que Vladimir Poutine a jusqu’à présent refusé de céder. Donald Trump y voit une occasion idéale de conclure un big deal en appliquant son style de négociation..
  5. Ambition de décrocher le prix Nobel de la paix
    Donald Trump aimerait remporter le prix Nobel de la paix, une distinction que son prédécesseur, Barack Obama, a selon lui obtenue sans accomplissement notable. S’il parvient à instaurer la paix en Ukraine et à résoudre les conflits au Moyen-Orient et en Asie, Donald Trump pourrait se présenter comme le plus grand artisan de la paix de ce siècle.
  6. La Chine, un adversaire plus redoutable que la Russie
    Bien que la Russie soit historiquement l’ennemie des États-Unis, Donald Trump perçoit la Chine comme la principale menace pour l’Amérique. Face au rapprochement toujours plus étroit entre Moscou et Pékin, Donald Trump pourrait chercher à détacher la Russie de cette alliance en accordant des concessions à Vladimir Poutine. Une telle manœuvre isolerait la Chine sur la scène internationale et rééquilibrerait le rapport de pouvoir en faveur des États-Unis.
  7. Théorie du complot : Donald Trump, un atout russe
    Depuis longtemps, des spéculations circulent concernant d’éventuels liens entre Donald Trump et la Russie. Selon l’ancien agent du KGB Youri Chvets, Donald Trump serait manipulé par les services de renseignement russes depuis la guerre froide. Bien qu’aucune preuve concrète ne vienne étayer cette théorie, l’idée persiste qu’il pourrait servir les intérêts de Vladimir Poutine en raison de connexions ou d’intérêts cachés. En théorie, Donald Trump est la taupe idéale. Du point de vue soviétique, une taupe communiste ne doit jamais éveiller les soupçons. Or un homme qui affiche son nom en lettres dorées sur des gratte-ciel incarne l’ultra-capitalisme par excellence, et n’est certainement pas communiste.
  8. Donald Trump n’est pas un démocrate dans l’âme
    À plusieurs reprises, Donald Trump a clairement indiqué qu’il considérait les institutions démocratiques américaines comme des obstacles. Cette vision s’est manifestée de façon éclatante à la fin de son premier mandat, lorsque ses partisans ont pris d’assaut le Capitole dans une tentative d’invalider les résultats de l’élection. Sa sympathie pour les dirigeants autoritaires comme Vladimir Poutine s’aligne ainsi sur ses propres ambitions politiques.
  9. Chantage de la part de Vladimir Poutine
    Depuis des années, des rumeurs circulent selon lesquelles Vladimir Poutine détiendrait des informations compromettantes sur Donald Trump, qu’il pourrait utiliser à des fins de chantage. Cette stratégie s’inscrirait dans une méthode classique du KGB : compromettre des personnalités étrangères influentes et les instrumentaliser à des fins politiques. Le contenu de ces supposées informations reste flou, mais l’idée que Vladimir Poutine dispose d’un moyen de pression sur Donald Trump persiste.
  10. Contrôle de l’arsenal nucléaire russe
    L’économie russe a été gravement affaiblie par la guerre en Ukraine. L’armée russe a subi des pertes massives, peut-être comparables à celles essuyées lors de la guerre en Afghanistan, qui avait finalement contribué à la chute de l’Union soviétique. Si le régime de Vladimir Poutine venait à s’effondrer, un vide de pouvoir s’installerait, posant un risque majeur compte tenu de l’immense arsenal nucléaire du pays. En faisant dès maintenant des concessions à Vladimir Poutine, Donald Trump pourrait tenter d’assurer la stabilité et de donner à l’Amérique une influence indirecte sur l’avenir de la Russie.

Pour l’Europe, cet état de fait peut sembler une menace, mais c’est en réalité une opportunité. Si le continent est rarement pris au sérieux sur la scène internationale depuis la création de l’Union européenne, c’est en grande partie en raison de la domination américaine au cours des 80 dernières années. Dans de nombreuses organisations internationales, aux Nations unies comme à l’OTAN, l’influence européenne reste limitée.

Pourtant, l’économie européenne dans son ensemble dépasse celle des États-Unis et de la Chine. Or la puissance militaire découle toujours, en fin de compte, de la puissance économique. Le nouveau chancelier allemand, Friedrich Merz, plaide lui aussi pour une Europe indépendante, dotée non pas d’armes américaines, mais européennes. Cependant, même 80 ans après la Seconde Guerre mondiale, le slogan Make Germany Great Again reste trop connoté. Mieux vaut alors opter pour Make Europe Great Again.

Han Dieperink est directeur de la stratégie d’investissement chez Auréus Vermogensbeheer. Il a auparavant été directeur des investissements chez Rabobank et Schretlen & Co.

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