De nombreux investisseurs se demandent aujourd’hui quelle conduite adopter dans le contexte du conflit au Moyen-Orient. Quelle stratégie adopter face à la guerre, à la hausse des prix de l’énergie et à la menace de stagflation ?
Avant la guerre (janvier-février), les données économiques étaient relativement favorables. Le dernier trimestre de l’année dernière a quelque peu terni les chiffres, mais le nombre de nouveaux emplois (178 000) et un taux de chômage en légère baisse (4,3 %) ont fait naître l’espoir d’une reprise en mars. Les entreprises du S&P 500 avaient même récemment revu leurs prévisions de bénéfices légèrement à la hausse, malgré la crise énergétique.
Tout n’est pas rose pour autant : la tendance pointe vers un marché du travail plus mou avec une croissance salariale en ralentissement, et les marchés se demandent si la hausse des cours pétroliers se répercutera ou non sur l’inflation sous-jacente.
Les fondamentaux ne sont donc pas uniformément négatifs aujourd’hui. Le prix du pétrole oscille entre 100 et 110 dollars le baril, ce qui, corrigé de l’inflation et de la croissance, n’est absolument pas comparable aux niveaux de prix des années 1970 Les prix à terme se stabilisent autour de 80 à 95 dollars, ce qui laisse entendre que le marché anticipe une certaine normalisation.
Et si le conflit se prolonge ?
a. Une certaine prudence s’impose dans les prochains mois, car la situation reste précaire
Le détroit d’Ormuz demeure pratiquement fermé, et toute escalade débouchera inévitablement sur une crise énergétique durable. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement (matières premières en tout genre, produits alimentaires) se multiplieront fortement et feront grimper le niveau général des prix. La stagflation – combinaison d’une inflation élevée et d’une croissance en berne – constitue alors un scénario très plausible, pénalisant à la fois les obligations et les actions.
b. Dans une perspective à long terme, toute crise recèle certaines opportunités
Je pense ici tout particulièrement au continent européen. Notre dépendance énergétique souligne l’impérieuse nécessité de l’autosuffisance et des solutions durables. La guerre accélère ces tendances structurelles. Les périodes de tension géopolitique constituent souvent le terreau d’innovations qui génèrent des rendements des années plus tard. On peut notamment observer cela dans la logistique, les énergies renouvelables et la planification énergétique pilotée par l’IA. Next Energy en est un excellent exemple. L’entreprise a un objectif clair : aider les ménages, les bâtiments commerciaux et les infrastructures publiques à réduire leurs coûts énergétiques.
c. . Les investisseurs inquiets ont tendance à diversifier
Je me réfère volontiers à la de formule de Yale récemment publiée en matière d’investissement en actions. Jusqu’à l’âge de 55 ans, une allocation actions de 70 % se justifie tout à fait. Le professeur Koen Schoors, dans son dernier ouvrage Alles wordt anders… en beter (Tout change… pour le mieux), plaide avec conviction pour la résilience de l’Europe. Les investisseurs en actions y trouvent un large éventail de thématiques : économie circulaire et modèles « produit comme service », autonomie stratégique (notamment via le Règlement européen sur les semi-conducteurs), le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (chimie verte, acier, mais aussi énergies renouvelables), les prêteurs verts… Les investisseurs clairvoyants devraient envisager d’entrer (de façon diversifiée) dans ces « actions de transition ».
Le marché boursier européen se négocie à peine au-dessus de sa moyenne médiane (16) et la croissance des bénéfices est de l’ordre de 12 %. On constate une forte augmentation des crédits aux ménages et aux entreprises depuis le début de l’année 2024. La croissance salariale reste raisonnable à 2 %, le chômage est contenu (6,5 %) et les soutiens budgétaires des fonds de relance européens confortent notre économie. Les petites capitalisations s’échangent en dessous de leur médiane.
Comment agir concrètement ?
Pour les investisseurs inquiets, je reviens toujours au livre de Jack Brennan (Straight Talk on Investing – What You Need to Know). Il offre un plan directeur pour réussir ses investissements. Cet ouvrage constitue, à mon sens, une lecture incontournable pour tout conseiller en investissement. En effet, il est beaucoup plus facile d’investir qu’on ne le pense. Cela ne requiert pas de génie, mais un bon plan d’investissement avec des objectifs clairement définis et l’horizon temporel associé, suivi d’une discipline structurée.
Un point essentiel est de sensibiliser le client à l’inflation, qui entame chaque jour l’argent dormant sur les livrets d’épargne. L’époque de l’inflation de 1,5 à 2 % des 30 dernières années est révolue : la mondialisation avec les importations chinoises à bas prix est terminée. D’énormes investissements sont à venir. Un taux d’inflation vers 2,5-3 % me semble davantage correspondre à la nouvelle norme. C’est une position que partage le professeur Koen Schoors, qui évoque lui aussi une inflation potentielle de 3 %.
Les clients devront prendre conscience que 1000 euros placés aujourd’hui sur un livret d’épargne auront perdu plus de la moitié de leur pouvoir d’achat dans 25 ans. Ne pas investir leur procure peut-être une tranquillité d’esprit à court terme, mais les appa
Jan Vergote est analyste et conseiller financier indépendant.