Deux ouvrages m’ont interpellé pendant les congés de Noël. Le rapport du FMI How can Europe Pay for Things it Cannot Afford? et le récent livre de Nicolas Stern, The Growth Story of the 21st Century: The Economics and Opportunity of Climate Action. Dans cette chronique, je vais faire le lien entre les deux.
Le livre The Growth Story of the 21st Century: The Economics and Opportunity of Climate Action, traite de la nécessité impérieuse de réduire rapidement les émissions de CO2 et des opportunités que cela représente. Les prochaines décennies seront cruciales si nous voulons éviter les catastrophes climatiques mondiales. Le coût de l’inaction est supérieur au coût de l’action.
L’auteur constate également que les technologies climatiques évoluent rapidement. Selon lui, de grandes opportunités d’investissement sont donc à notre portée si nous voulons les saisir. Ces opportunités engendreront à leur tour une nouvelle dynamique de croissance, mais cette fois-ci il s’agira d’une croissance beaucoup moins dommageable pour l’environnement, brisant ainsi le lien entre croissance et dégradation du climat. L’auteur identifie plusieurs axes de croissance. Nous allons en examiner quelques-uns et établir immédiatement un lien avec des entreprises européennes.
1.1. Infrastructures durables
Il s’agit d’entreprises qui construisent, gèrent ou financent les réseaux et systèmes physiques nécessaires à la transition énergétique. Ces entreprises peuvent soutenir la demande énergétique à court terme, augmenter l’offre et la croissance économique (cf. les nombreux goulots d’étranglement aux Pays-Bas et maintenant aussi en Belgique concernant les nouveaux raccordements au réseau électrique) et réduire la pollution. Le gouvernement peut aider les personnes à faible revenu pendant la période de transition. Des mesures fiscales peuvent être utiles à cet égard (par exemple en subventionnant l’installation de pompes à chaleur).
On se retrouve avec des entreprises comme l’italienne Snam (pipelines d’hydrogène et stockage de CO2), le groupe Elia (réseaux transfrontaliers de transporteurs d’énergie), l’allemande ThyssenKrupp Nucera (électrolyseurs), la française Air Liquide (hydrogène à faible teneur en carbone) ou l’espagnole Acciona Energia (hydrogène vert). Ces entreprises ne sont citées qu’à titre d’exemple.
1.2. Technologie climatique et innovation
Nous considérons l’innovation au sens large : recherche de réduction des coûts (apprentissage par la pratique), efficacité énergétique, augmentation de la productivité des systèmes ou accroissement de la rentabilité pour introduire des nouvelles technologies. En matière de transition climatique, on trouve par exemple l’entreprise danoise Orsted (énergies renouvelables), la française Schneider Electric (réduction des émissions) ou la britannique ITM Power (hydrogène vert). On trouve également des entreprises à petite capitalisation très prometteuses : AFC Energy (technologie des piles à hydrogène au Royaume-Uni), Groupe Okwind (énergie éolienne en France), Polenergie (activités de transition en Pologne).
Enfin, la décarbonation industrielle, l’efficacité énergétique et la finance climatique jouent également un rôle croissant dans la transition énergétique. On peut citer l’exemple des initiatives dans le domaine de l’hydrogène telles que HyDeal Ambition (avec Engie, Vinci et ArcelorMittal) et NortH2 (avec Shell, RWE et Gasunie). Il existe également des programmes d’efficacité énergétique tels qu’Energiesprong, dans le cadre desquels BAM et Saint-Gobain, entre autres, collaborent pour rendre les bâtiments plus durables. Les entreprises spécialisées dans la performance énergétique, souvent en collaboration avec des acteurs tels qu’Engie, Veolia et EDF, prennent également une importance croissante. Enfin, le rôle du financement climatique se développe grâce à des fonds internationaux tels que le Global Climate Fund, auquel participent également des acteurs comme BlackRock et BNP Paribas.
2. How can Europe Pay for Things it Cannot Afford?
Il faut investir pour réussir. L’investissement dans des solutions respectueuses du climat créera une nouvelle dynamique de croissance basée sur des réformes et des investissements massifs. Cependant, pour investir, il faut du capital et c’est là que de nombreux gouvernements rencontrent des difficultés en raison de leur dette colossale. Dans son récent rapport (lien), le FMI met en garde contre une forte augmentation de notre dette publique si aucune mesure n’est prise. Il pourrait en résulter de l’instabilité financière. Les auteurs proposent cinq solutions : réformes favorisant la croissance, approfondissement du marché unique, gains d’efficacité grâce à la centralisation, réformes des retraites et investissements privés (avec interventions des pouvoirs publics).
Cette dernière stratégie est proposée dans le contexte de la transition vers une économie à faibles émissions de carbone et résiliente au changement climatique. Dans leurs recommandations, ils insistent sur l’importance de générer de la croissance économique. En l’absence de croissance, la réduction de la dette est beaucoup plus difficile, en dépit de toute forme de restructuration. C’est pourquoi nous établissons le lien avec les opportunités offertes par les actions climatiques.
3. Le Green Deal européen
En ce qui concerne le Green Deal, je réitère brièvement les points soulevés dans le rapport Draghi. La transition climatique et la compétitivité économique doivent aller de pair. La récente décision du gouvernement belge d’intervenir dans les coûts énergétiques des entreprises s’inscrit dans ce contexte. Le rapport souligne que l’Europe a besoin d’environ 750 à 800 milliards d’euros d’investissements supplémentaires par an pour atteindre les objectifs fixés. M. Draghi aborde les sujets des énergies renouvelables, des infrastructures énergétiques et des technologies climatiques. Autant de points soulevés par Nicolas Stern dans son livre.
4. Partenariats public-privé
Le livre de Nicholas Stern apporte une réponse aux questions du FMI. C’est une histoire dynamique d’investissements productifs, mais aussi d’innovations et de réformes structurelles. Les partenariats public-privé, dans le cadre desquels les gouvernements et les entreprises collaborent à des projets climatiques, où la partie privée conçoit, innove, construit, cofinance et gère en échange de paiements de la part du gouvernement, peuvent nous aider à aller de l’avant. La récente déclaration du CEO de la multinationale néerlandaise Vopak en dit long : « Notre rôle n’est pas de subventionner la transition énergétique. » C’est un appel clair aux gouvernements. Pourtant, il parle avec optimisme d’une transition énergétique en plein essor.
Conclusion
Ceux qui ont investi dans des entreprises contribuant à la transition énergétique en 2025 ont obtenu de très bons résultats. Par exemple, l’ETF iShares Global Clean Energy Transition a progressé de 46 % en dollars. Il s’agit d’une nette reprise après les années moins favorables qui ont précédé. Dans le même temps, un nouveau chapitre semble s’ouvrir : le « Made in Europe » arrive. Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, l’a bien dit : « Europe has to pick its battles ». J’en suis également convaincu. Le secteur des fonds offre un large éventail de possibilités d’investissement. Il n’y a plus d’excuses pour ne pas investir dans le climat.
Jan Vergote est analyste et conseiller financier indépendant.