De nombreux gestionnaires de fonds surpondèrent les marchés émergents. La Chine joue là un rôle crucial. Avec un poids de 30 %, elle contribuera à déterminer le succès de cette stratégie. Il est temps d’expliquer ma position surpondérée de la Chine.
1. Le point de départ : la pondération de la Chine dans le MSCI EM est de près de 30 %
Avec une pondération de 30 % dans l’indice des marchés émergents, la Chine contribue à déterminer le succès d’une stratégie surpondérée. Dans les années 2000, l’essor des infrastructures en Chine a été une aubaine pour de nombreux pays émergents. Mais cette croissance s’est brutalement interrompue. Les résultats obtenus en Chine au cours de la dernière décennie ont été très décevants. Après l’ajout des actions A (actions nationales, fin 2017), la Chine représentait 28 % de l’indice des marchés émergents. Il n’y a donc pratiquement pas eu de changement. Il est donc temps de procéder à un remaniement en profondeur de la Chine.
2. Le taux d’épargne élevé des Chinois
Le mois dernier, des chercheurs du FMI ont présenté des réformes possibles de l’épargne chinoise. Ils ont examiné les principaux facteurs expliquant le taux d’épargne élevé de la Chine. Une première raison importante est le manque de protection sociale, le niveau d’accès limité au système dit du Hukou et la crise immobilière qui perdure.
Les zones rurales, en particulier, souffrent de l’absence de sécurité sociale. Leur étude montre que l’augmentation des dépenses publiques dans ce domaine entraîne une forte baisse des taux d’épargne au fil du temps, surtout chez les personnes les plus vulnérables.
De plus, l’enregistrement Hukou joue un rôle important dans le taux d’épargne des gens. Hukou signifie littéralement « enregistrement des ménages » et détermine l’accès aux services sociaux tels que l’éducation, les soins de santé et les pensions.
En ce qui concerne la crise du logement, les chercheurs constatent une relation négative entre la valeur de leur logement et leur taux d’épargne. Le taux d’épargne élevé n’est pas seulement un problème pour les personnes à faibles revenus, mais également pour les personnes à revenus plus élevés, qui souffrent de la crise du logement.
3. La Chine commence-t-elle à voir la lumière ?
Une aide gouvernementale ciblée est donc souhaitable. Doit-on s’attendre à des mesures prochainement ? Pour obtenir une réponse, nous consultons les publications officielles. Le gouvernement chinois reconnaît de plus en plus le problème de la sous-consommation. Pékin a récemment annoncé un nouveau train de mesures en 11 points. Celui-ci a été publiée par le ministère du Commerce, la banque centrale chinoise et la National Financial Regulatory Administration.
Sans entrer dans les détails, les mesures comprennent des incitations à la consommation stratégique. Je pense à la santé, aux achats numériques ou aux réductions via les red packets en yuans. Ces derniers sont des dépôts numériques effectués lors de naissances ou de mariages. Enfin, le crédit à la consommation est stimulé par des incitations financières. Tout cela est contrôlé au moyen d’indicateurs de performance.
4. Perspectives économiques
La croissance chinoise devrait rester relativement stable. Aujourd’hui, elle repose en grande partie sur les exportations de produits industriels de haute technologie. La stimulation progressive de la consommation pourrait doper la croissance à partir du second semestre.
Les bénéfices des entreprises chinoises sont restés dans l’ombre jusqu’à présent, mais une amélioration cyclique de ces derniers au cours des prochains mois devrait soutenir la valorisation des cours. Le gouvernement espère également mettre fin à l’involution, cette course au moins-disant destructive dans laquelle les entreprises succombent à la guerre des prix.
À court terme, il ne faut pas s’attendre à des miracles. Les exportations ont bénéficié d’un coup de pouce supplémentaire l’année dernière en raison de l’anticipation des droits de douane. Des indicateurs tels que le transport de marchandises témoignent d’un déclin temporaire. La construction neuve est toujours en chute libre. Le taux de chômage des jeunes avoisine toujours les 20 %. Une pondération neutre est recommandée d’un point de vue tactique.
5. Pourquoi je crois en la Chine
Tout d’abord, il y a les incitations fiscales et monétaires. Les analystes tablent sur 2 % du PIB. Les résultats de ces mesures mettront évidemment du temps à se manifester, tout comme ceux des mesures anti-involution annoncées.
En outre, je compte sur les domaines stratégiques du gouvernement dans lesquels la Chine est clairement en tête : voitures électriques, batteries, minéraux critiques, réseaux sans fil, robots et drones. Mais il y a aussi des domaines où elle rattrape son retard, comme l’informatique quantique (25 % des publications de recherche mondiales) et l’énergie de fusion nucléaire (10 fois plus de doctorats qu’aux États-Unis).
Pour étayer tout cela, je renvoie à John M. Martinis (Prix Nobel 2025 de physique). Il prévient que la Chine est très compétitive dans le domaine de l’informatique quantique et qu’elle rattrape rapidement son retard sur les États-Unis. Alibaba en est un exemple concret : l’entreprise travaille activement au développement de son laboratoire quantique en combinaison avec le cloud.
Il reste ensuite le peloton d’ingénieurs bien formés qui travaillent sur l’IA et la biotechnologie. Je vous renvoie également au rapport annuel au Congrès américain, qui regorge de commentaires sur les ambitions chinoises.
6. Un autre conseil de lecture pour commencer l’année
Pour tous ceux qui doutent encore des atouts de la Chine, je vous invite à lire le dernier ouvrage de Dan Wang, Breakneck: China’s Quest to Engineer the Future. La Chine y est présentée comme un pays d’ingénieurs qui construisent, alors que les États-Unis sont un pays de juristes où les procédures font loi.
La Chine, à toute allure, en effet…
Jan Vergote est analyste et conseiller financier indépendant.