
Ces dernières semaines, une bonne vieille prophétie auto-réalisatrice semble prendre forme. Pour s’assurer que les républicains restent au pouvoir dans deux et dans quatre ans, Donald Trump a tout intérêt à porter un coup à l’économie et aux marchés dès maintenant.
Pour Donald Trump et ses collègues, rien n’est plus plaisant que de critiquer Joe Biden. Et il faut bien le dire, le brave homme – ou plutôt, ses codécideurs – n’a pas hésité à stimuler sans scrupules la croissance économique à crédit. Les déficits budgétaires enregistrés sous l’administration Biden sont, à tout le moins, remarquables.
Mais maintenant que les campagnes électorales sont terminées, critiquer la politique précédente prend, à mes yeux, une dimension clairement stratégique. Tout ce qui va mal actuellement sur le plan économique ou sur le marché peut assez facilement être imputé au prédécesseur de Donald Trump, c’est pourquoi Trump & Co s’efforcent de renforcer cette stratégie par tous les moyens. Le doublement des tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier canadiens s’inscrit parfaitement dans cette logique.
Jouer avec le feu
Il y a une autre raison majeure pour laquelle je pense que Donald Trump cherche à causer des dégâts à court terme. Lui et son nouveau meilleur ami, Elon, sont convaincus à 100 % qu’ils peuvent tout modeler et façonner à leur guise. Alors pourquoi pas l’économie et les marchés financiers ?
C’est précisément là que réside le danger de cette stratégie, surtout si Donald Trump vise réellement une récession. Dans cette optique, le délai jusqu’aux prochaines élections sénatoriales de novembre 2026 est relativement court. En moyenne, une récession dure une dizaine de mois. Ainsi, même si elle commençait immédiatement, l’économie ne toucherait probablement son point bas qu’à l’approche de la fin de l’année.
En supposant qu’une récession entraîne réellement une hausse du chômage, Donald Trump disposerait de peu de temps pour redresser la situation. Sur le plan rhétorique, il saurait sans doute en tirer parti, mais les chiffres, eux, ne suivraient pas. Bien qu’environ un tiers seulement des sièges du Sénat soient renouvelés l’an prochain et que les républicains semblent disposer d’une avance relativement confortable, l’issue pourrait s’avérer plus incertaine que prévu si le message It’s the economy, stupid venait à prendre de l’ampleur.
Aversion au risque
Je doute que l’administration de Donald Trump soit disposée à prendre un tel risque. Dès que l’économie américaine montrera de réels signes d’affaiblissement (le nowcast de la Fed d’Atlanta prévoit que la croissance du PIB au premier trimestre restera largement dans le rouge), Donald Trump ajustera probablement sa stratégie. De plus, un affaiblissement significatif de l’économie (l’ancien secrétaire au Trésor, Larry Summers, estime déjà à 50 % le risque de récession) ouvrirait grand la porte à une reprise des baisses de taux d’intérêt par la Réserve fédérale, d’autant que la marge de manœuvre pour de telles mesures est largement suffisante.
Et les marchés ?
L’absence de récession signifie généralement que les actions peuvent subir une correction, mais sans pour autant basculer dans un marché baissier prolongé. Un autre facteur favorable est la dépréciation rapide du dollar américain. La crainte grandissante d’une récession d’un côté de l’Atlantique, et de l’autre, un plan mal pensé de 800 milliards d’euros pour la défense, plus un plan fantaisiste de 800 milliards d’euros pour l’innovation (porté par Mario Draghi), le tout combiné à la perspective d’un possible cessez-le-feu en Ukraine, ont fait monter l’euro à près de 1,10 face au dollar.
Un dollar plus faible signifie un assouplissement des conditions financières, ce dont les marchés sont généralement friands.
Au final, cette douleur temporaire pourrait bien rester de courte durée.
Dans sa newsletter The Market Routine Jeroen Blokland analyse des graphiques actuels qui reflètent certains aspects frappants macro-économiques et des marchés financiers. Il gère également le fonds Blokland Smart Multi-Asset, qui investit en actions, or et bitcoin.