
Les marchés étaient déjà agités, et la situation ne semble pas près de s’apaiser. Les tensions géopolitiques s’intensifient, avec comme point culminant une violente altercation verbale dans le Bureau ovale à Washington. Une escalade qui pourrait avoir des conséquences majeures, car Trump n’est pour l’instant pas disposé à aider l’Ukraine.
Comme nous l’avons constaté cette semaine, ces événements ouvrent aussi la voie à d’autres surprises susceptibles d’avoir un impact majeur. En l’espace de quelques heures seulement, la crainte de la stagflation s’est emparée des investisseurs, faisant basculer le sentiment du marché.
Indicateurs en berne
Le graphique ci-dessous est sans appel : en février, l’indice ISM des nouvelles commandes manufacturières a plongé, repassant sous le seuil des 50. Ce niveau est souvent considéré comme la ligne de démarcation entre contraction et croissance, bien qu’en réalité, cette ligne se situe légèrement plus bas. Quoi qu’il en soit, un niveau de 48,6 est loin d’être rassurant.
Parallèlement, l’indice ISM des prix payés a bondi à son plus haut niveau depuis juin 2022, un signal sans équivoque : quiconque pense que la pression inflationniste s’atténue se trompe. C’est même tout le contraire.
Comme si cela ne suffisait pas, la Fed d’Atlanta a drastiquement revu à la baisse sa prévision de croissance du PIB, évoquant une implosion « sans précédent ». La croissance solide escomptée laisse la place à une contraction attendue de près de 3 %. Ce fut la goutte d’eau qui fait déborder le vase : un vent de panique a brièvement balayé les marchés.
Moins de croissance, plus d’inflation – les investisseurs redoutent le pire
La combinaison d’un ralentissement de la croissance économique et d’une hausse de l’inflation constitue un scénario redouté par de nombreux investisseurs. Il s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans la rhétorique – erronée au demeurant – entourant les tarifs douaniers sur les importations. Le raisonnement est simple : des importations plus coûteuses font grimper les prix et freinent la croissance économique. Si ce dernier point est indéniable, la hausse effective des prix dépend de la manière dont les entreprises gèrent ces droits de douane.
Il est frappant de constater que les marchés obligataires et les marchés des changes semblent avant tout redouter une récession. Malgré le pic de l’indice ISM des prix payés, les taux d’intérêt ont fortement baissé et le dollar a perdu du terrain face à la plupart des autres grandes devises.
Faut-il pour autant brandir la menace d’une récession ? Je ne le pense pas. Cette semaine, les données ont aussi montré que le revenu des ménages américains avait progressé plus que prévu. La hausse de l’indicateur clé – le revenu hors aides gouvernementales – s’est même accélérée. Tant que le marché du travail américain ne s’effondre pas brutalement – ce que les économistes prédisent depuis des années, mais qui ne se produit jamais –, une récession ne semble pas encore d’actualité.
De plus, une détérioration de la dynamique économique pourrait au contraire inciter la Fed à accélérer ses baisses de taux d’intérêt. Pendant ce temps, le secrétaire au Trésor prend déjà ses précautions, au cas où l’économie se dégraderait réellement. Selon Scott Bessent, l’économie américaine va traverser une passe difficile, et bien sûr, ce sera entièrement la faute de Joe Biden. Évidemment.
Inflation : l’angle mort
Ce qui me frappe, c’est le peu d’attention portée à l’inflation. Et cela me laisse perplexe. À l’échelle mondiale, l’inflation reste trop élevée et semble profondément ancrée. Toute forme de stimulation pourrait la raviver, alors même que l’Europe prévoit de dépenser 800 milliards d’euros pour sa défense.
En ce sens, les investisseurs sont comme les politiciens : ils peinent à trouver le juste équilibre.
Dans sa newsletter The Market Routine, Jeroen Blokland analyse des graphiques actuels qui reflètent certains aspects frappants macro-économiques et des marchés financiers. Il gère également le fonds Blokland Smart Multi-Asset, qui investit en actions, or et bitcoin.