En novembre 2016, je signalais avec un enthousiasme non dissimulé que l’indice Dow Jones Return avait franchi une frontière mythique et passé le cap des 2 millions de points (vous pouvez traduire cela par un rapport de 1 pour 1 en dollars américains). Une performance étonnante si l’on considère que le niveau initial de cet indice en 1896 n’était que de 40,94 points.
Ce chiffre correspondait à la valeur d’un panier d’actions de 12 entreprises représentatives de l’économie américaine à l’époque. (La plupart de ces pionniers n’existent plus ou ont été absorbés par d’autres entreprises, à l’exception de General Electric, qui n’a disparu de l’indice qu’en 2018. Un indice est une donnée dynamique.)
Après que le panier, entre-temps largement modifié et composé de trente entreprises, a franchi pour la première fois le niveau historique d’un million de points le 9 février 2007, il a fallu plus de neuf ans avant que le Dow Jones Return Index ne puisse à nouveau créditer un million de dollars sur le compte de ses investisseurs. Avec l’annonce du nouveau jalon de 2 millions de dollars en novembre 2016, je pensais vous livrer un scoop, mais personne ne s’est malheureusement soucié de mes calculs et ce fait divers s’est complètement perdu dans le tumulte du résultat surprenant des élections présidentielles américaines.
Mais l’histoire a suivi son cours… L’indice Dow Jones Return a poursuivi son ascension sans relâche : 3 millions en septembre 2018, 4 millions en avril 2021, avant d’atteindre la barre des 5 millions en mars 2024. Chaque fois, cette nouvelle a été envoyée à la presse, mais aucune réponse n’a suivi : trop peu crédible pour inspirer la moindre confiance.
Ce manque de crédibilité est lié au cadre de référence traditionnel de l’investisseur moyen, qui mesure l’évolution du Dow Jones en termes d’indice de prix, dont la valeur se situe actuellement autour de 50 000 points. Ce calcul est basé uniquement sur l’évolution du cours des actions qui composent cet indice légendaire. Toutefois, les dividendes versés doivent être ajoutés à l’évolution des cours pour refléter la création réelle de richesse et le résultat de l’investissement sur les dividendes réinvestis dans l’indice doit être pris en compte. À long terme, l’impact de cette donnée est tout simplement spectaculaire.
La reconstitution historique de l’évolution de cet indice de rendement est d’ailleurs assez complexe, car ce n’est qu’après les années 1970 que ce concept s’est répandu. Mais grâce au travail de calcul nécessaire et à des recherches patientes (les calculs sont basés sur les résultats de Clarke & Statman : The DJIA Crossed 652,230. Winter 2000 Journal of Portfolio Management), certaines tendances étonnantes ont été identifiées.
Le 26 mai 1896, le calcul initial de l’indice des prix Dow Jones (DJIA) était de 40,94 points. Fin 2000, cet indice de prix a dépassé pour la première fois les 10 000 points, avant d’atteindre (brièvement) le niveau mythique des 50 000 points le 6 février 2026.
En soi, passer de 40,94 à environ 50 000 points semble impressionnant, mais les apparences sont doublement trompeuses. L’évolution réelle à long terme est à la fois pire et bien (bien) meilleure que vous ne le pensez.
Le tableau 1 présente l’évolution de cet indice, à la fois en termes nominaux et en termes réels, et ce tant pour l’indice des prix que pour l’indice de rendement. Le rendement annuel obtenu sur la base de l’indice des prix Dow Jones sur l’ensemble de la période n’est « que » de 5,55 % en termes nominaux. Après correction de l’inflation, ce chiffre tombe à 2,61 %. C’est beaucoup moins spectaculaire que ce que l’on pourrait croire à première vue.
Tableau 1 : Évolution de l’indice Dow Jones des prix et des rendements en termes nominaux et réels
Cela signifie qu’en termes nominaux, le montant initial investi à partir de 1896 a été multiplié par 159 200,81 selon l’indice de rendement. Selon l’indice des prix (c’est-à-dire sans le réinvestissement des dividendes), il n’y aurait eu qu’un facteur de 1212,16.
Toutefois, si l’on tient compte des dividendes réinvestis et que l’on ajuste en même temps le pouvoir d’achat de 1896 après un investissement systématique dans les actions du Dow Jones, il a été multiplié par plus de 3865. En termes d’indice des prix, ce gain de pouvoir d’achat est 29 fois supérieur au niveau initial.
Cela montre que la préservation du patrimoine – où le pouvoir d’achat est protégé et où les actifs évoluent avec la croissance économique – est possible grâce à un investissement discipliné dans un portefeuille d’actions bien diversifié et suffisamment proche de la réalité économique. Les 50 000 points sur l’indice (des prix) Dow Jones ne sont donc pas très significatifs. Six millions de points sur l’indice (de rendement) Dow Jones le sont en revanche d’autant plus. Dès le 25 septembre 2025, cet indice a franchi ce cap en toute discrétion.
Mais à ce moment-là, d’autres actualités étaient plus importantes. Malheureusement, j’ai oublié lesquelles.
Stefan Duchateau est professeur et rédige des chroniques pour Investment Officer.