Comme souvent dans le passé, la combinaison de l’autosatisfaction fondée sur une prétendue suprématie militaire et du mépris de la cohésion interne de l’ennemi est la recette d’une défaite humiliante. Plus tôt on s’en rendra compte, plus tôt on pourra commencer à réfléchir à une stratégie de sortie pour éviter de perdre davantage la face.
Les pages les plus sombres de notre histoire regorgent d’exemples de ce type. L’opération Barbarossa* a ainsi été lancée en juin 1941 par le Troisième Reich sur le leitmotiv qu’il suffisait d’enfoncer la porte pour que toute la « structure pourrie » de l’Union soviétique s’effondre. De même, les États-Unis pensaient pouvoir remporter une victoire rapide en envoyant dans les jungles du Vietnam des soldats bien entraînés et dotés d’un armement supérieur. Dans les deux cas, ils ont été mis en échec par la ténacité d’un adversaire dont la volonté de faire des sacrifices dépasse de loin les normes occidentales.
Il en sera de même pour la population iranienne. En réalité, dans leur modèle culturel, le martyre est le bien suprême, ce qui crée aujourd’hui une unité perdurant malgré le régime autoritaire qui les opprime brutalement depuis 47 ans. Si le changement de régime était un objectif, c’est exactement le contraire qui s’est produit le mois dernier : le régime de Téhéran a gagné en force et en radicalisme.
Dans les médias et les milieux universitaires, on s’efforce de déterminer les motivations possibles d’une telle erreur militaire, économique et politique. Les conséquences économiques de cette situation – même si ce conflit prend fin dans les semaines à venir – se prolongeront pendant des mois en raison de la pénurie artificielle de pétrole et d’engrais qui en découlera. Elle se traduit par une inflation et des taux d’intérêt inutilement élevés et freine de manière injustifiée la croissance économique.
Et la vie suit son cours…
Entre-temps, les marchés boursiers résistent remarquablement bien. Leur évolution est naturellement marquée par la volatilité inévitable ; parfois, le poids de la désillusion face à tant d’inepties politiques devient trop lourd à porter, mais dans l’ensemble, les marchés financiers font (pour l’instant) abstraction du contexte actuel.
Graphique 1 : Évolution depuis le 01/01/2025
Ils gardent le regard tourné vers le plus grand développement économique depuis la révolution industrielle. Alors que les chances de succès de l’intelligence artificielle étaient encore récemment mises en doute, l’introduction de Claude d’Anthropic semble être le premier pas vers des applications autonomes de l’IA. Ce processus se déroule plus rapidement que prévu et a un impact profond sur les secteurs de services tels que le secteur bancaire, qui pourrait être confronté à des réductions considérables des coûts de personnel.
En revanche, la pénurie de puces mémoire menace de ralentir la croissance et d’augmenter le coût des applications d’IA, ce qui reporterait l’impact positif sur la rentabilité à un avenir plus lointain.
Les marchés boursiers poursuivent systématiquement dans cette voie, provoquant ainsi une rotation sectorielle spectaculaire : un exode massif des applications logicielles, du stockage classique dans le cloud, de la fintech et du conseil, et une fuite accélérée vers les catalyseurs de l’IA. Parmi les perdants figurent des entreprises telles qu’Accenture, Capgemini, ServiceNow, Salesforce, Adobe, Workday, Intuit, RELX, Atoss Software, Manhattan Associates et Dropbox. Pour certains, il s’agit d’une conclusion logique ; pour d’autres, en revanche, c’est paradoxal. En effet, une part importante de ces entreprises enregistre des hausses de chiffre d’affaires exceptionnelles et dépasse largement les prévisions de bénéfices, ce qui contraste fortement avec l’évolution de leur cours.
Graphique 2 : Rotation sectorielle dans les secteurs technologiques américains
(DDR est le prix des puces mémoire moyennes)
Dans le camp des gagnants, de la place a été faite aux fabricants de puces mémoire (SK Hynix, Samsung Electronics, Micron), aux opérateurs de centres de données et de stockage (Western Digital, Seagate), aux systèmes de refroidissement (Vertiv), aux constructeurs de machines hautement spécialisés et aux fabricants d’équipements pour semi-conducteurs (ASML, ASMI, Applied Materials, LAM Research), aux entreprises de nanotechnologie (KLA), aux infrastructures énergétiques (Schneider Electric), aux réseaux (Arista) et à la cybersécurité (Fortinet). Mais un paradoxe se pose également dans ce dernier sous-secteur : bien que le développement de l’IA entraîne un besoin accru en matière de sécurité, la marge est mise à l’épreuve par l’augmentation des coûts liés à la gestion de la complexité croissante.
En attendant, ne vous laissez pas abattre par le contexte géopolitique chaotique, même si l’évolution actuelle défie toute logique. Tenez fermement la barre et, si la mer continue de s’agiter, attachez-vous au mât si nécessaire.
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Opération Barbarossa : nom de code de l’invasion allemande de l’Union soviétique en 1941. Le commandement de l’armée pensait que l’Armée rouge capitulerait en quelques semaines (« Il nous suffit de défoncer la porte pour que toute la structure pourrie s’effondre »), mais la ténacité des civils soviétiques, les lignes logistiques intenables, la boue russe en automne et les hivers extrêmement froids ont conduit à la chute du Troisième Reich.
Stefan Duchateau est professeur et rédige des chroniques pour Investment Officer.