Après trois années de baisse des transactions, nous avons constaté début 2025 que le secteur mondial du capital-investissement « sortait du brouillard ». Le brouillard s’est enfin dissipé, et le paysage paraît désormais plus technique et exigeant.
Le secteur est plus mature, avec une concurrence accrue, une structure de marché en évolution et des acteurs plus avertis. Il ne s’agit plus tant d’anticiper le prochain cycle et de s’exposer à cette classe d’actifs, mais de faire les bons choix.
Après le brouillard vient le beau temps
Les transactions ont repris de plus belle en 2025 : le nombre de rachats a fortement augmenté, le nombre de sorties a rebondi et les introductions en Bourse sont en hausse. Les opérations de rachat et de croissance de plus de 500 millions de dollars – un indicateur typique de la santé du secteur – ont progressé de 44 % pour atteindre une valeur de plus de 1000 milliards de dollars. Avec ces résultats, le total a dépassé le record précédent de 2021.
La valeur des transactions, toutes acquisitions et opérations de croissance confondues, a progressé de 17 %. La valeur des sorties soutenues par des fonds de capital-investissement a également connu une forte hausse à l’échelle mondiale – de plus de 40 % – grâce notamment à un quasi-doublement du nombre d’introductions en Bourse.
Les « méga deals » (de plus de 2,5 milliards de dollars) ont également fait leur retour. Non seulement la plus importante opération de capital-investissement de l’histoire a eu lieu en 2025 – l’acquisition annoncée d’Electronic Arts pour 55 milliards de dollars par un consortium – mais l’année dernière a également été la troisième meilleure année jamais enregistrée pour les transactions take-private, tant en volume qu’en valeur.
Plus technique et plus exigeant
Les évolutions en matière d’allocation des ressources, de rentabilité, de création de valeur et de levée de fonds traditionnelle deviennent des caractéristiques structurelles d’un secteur en pleine maturité. Par ailleurs, l’innovation rapide et la mise en œuvre de l’IA remodèlent les structures industrielles, font émerger de nouveaux concurrents et promettent des gains de productivité significatifs.
La technologie présente à la fois des risques et des opportunités d’investissement et peut transformer radicalement le fonctionnement même des sociétés de capital-investissement. Le paysage est désormais plus technique et plus exigeant, même pour les dirigeants expérimentés. Le succès dépendra moins de la rapidité que d’une structure adéquate : adaptée à ce nouvel environnement, bien équipée et guidée par la rigueur.
Pour l’investisseur moyen en capital-investissement, de nombreux actifs n’ont jamais été aussi chers. Le multiple d’acquisition médian en capital-investissement est passé de 11,3 fois l’Ebitda en 2024 à 11,8 fois en 2025.
Le nombre d’entreprises détenues par des fonds de capital-investissement et figurant toujours au bilan n’a jamais été aussi élevé. Nous estimons qu’à l’échelle mondiale, plus de 16 000 entreprises sont détenues depuis plus de quatre ans, soit 52 % du total des entreprises rachetées en 2025 – un record absolu et 10 % de plus que la moyenne des cinq dernières années.
Les périodes de détention des entreprises restent également bien supérieures aux niveaux historiques. La durée de détention moyenne d’une entreprise dans le portefeuille d’un general partner (GP) dépasse désormais six ans et demi.
Par ailleurs, la liquidité pour les investisseurs reste loin d’être abondante. Les tendances qui apparaissaient initialement comme des solutions de niche ou temporaires après l’activité frénétique de 2020 et 2021 – notamment la croissance du marché secondaire, l’essor des véhicules de continuation et la hausse des prêts sur valeur liquidative – semblent désormais s’inscrire durablement, voire se développer, dans ce paysage du capital-investissement particulièrement exigeant sur le plan technique.
Le déploiement de capitaux demeure un défi, malgré la hausse des valeurs transactionnelles à l’échelle mondiale. Le nombre de rachats, toutes tailles confondues, a diminué de 5 %, et ce, dans toutes les régions.
Les capitaux disponibles pour les promoteurs de capital-investissement (dry powder) n’ont jamais été aussi anciens. Nous estimons que plus de 40 % des capitaux disponibles aujourd’hui pour les GP étaient déjà disponibles au cours des deux dernières années.
La création de valeur et les flux de trésorerie deviennent essentiels
Les rendements du capital-investissement – surtout comparés à ceux des marchés publics portés par l’euphorie de l’IA – restent au mieux modestes. En 2025, le rendement des rachats d’entreprises à l’échelle mondiale, dans le quartile supérieur, s’établissait en moyenne à 8 %, mesuré par un taux de rendement interne (TRI) combiné. Cela représente moins de la moitié du rendement du S&P 500 (18 %) et du MSCI World (22 %).
Les millésimes de rachats plus anciens expliquent en grande partie cette dynamique : les rachats effectués entre 2015 et 2017 ont généré un TRI d’environ 2 %, portant le rendement moyen des rachats entre 2015 et 2025 à environ 6 % – et ce, malgré un TRI de 15 % pour les transactions plus récentes, largement non réalisé.
Rubis sur ongle
Sans les conditions favorables de hausse des valorisations et d’un effet de levier bon marché, qui ont représenté 59 % des rendements entre 2010 et 2022, le succès dépendra davantage des facteurs sous-jacents que des forces motrices du marché et des taux d’intérêt. La levée de capitaux pour les fonds fermés est devenue plus compétitive, sélective et chronophage.
Après le TRI (Taux de rendement interne), le DPI (distributions par rapport au capital investi), au même titre que le MOIC (multiple du capital investi), devient le critère de décision le plus important pour les investisseurs en capital-investissement. Le DPI glissant sur cinq ans, en proportion du total des actifs sous gestion en capital-investissement, a chuté à 10 % en juin 2025, un niveau historiquement bas.
La création de valeur opérationnelle, autrefois souvent davantage un argument marketing, sera désormais probablement la principale source de rendement pour les GP et leurs limited partners (LP). Les GP reconnaissent de plus en plus l’importance de justifier les améliorations de la création de valeur comme éléments clés de leur analyse de rentabilité et développent des compétences pour exploiter au mieux le potentiel de ces initiatives. L’IA jouera un rôle de catalyseur à cet égard.
Après avoir travaillé 15 ans chez Blackrock, Stephan Desplancke a fondé Toward Wealth Management. Il écrit également des chroniques pour Investment Officer.