Bull versus bear
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Les gens trouvent le hasard très menaçant. En effet, il est impossible de s’y préparer. Afin d’exclure le hasard, on se met à croire à des théories. Parce qu’on ne peut pas supporter qu’un événement majeur soit le fruit d’un simple hasard. Et on se met en quête d’une explication.

Conspirationnistes 

Aujourd’hui, l’homme se distingue de toute autre vie sur terre par sa capacité à raconter des histoires. Sans histoires, l’homme n’est en fait pas un être humain. Dans le passé, les religions et les idéologies offraient un point d’ancrage, mais dans notre monde complètement désenchanté, l’horizon commun nous manque. Le besoin d’explication est plus important que jamais.

En raison de la disparition des grandes histoires, les gens croient ces dernières années de plus en plus aux théories du complot. On observe une méfiance croissante à l’égard du gouvernement, de la science et de la technologie. L’histoire est même devenue plus importante que la réalité. Nous vivons à une époque de ‘fake news’ et d’‘alternative facts’.

Hasard et correction

Mercredi dernier, l’indice américain Nasdaq 100 a atteint son niveau le plus élevé (12 420,5) de tous les temps. Depuis son point bas en mars dernier (7020), l’indice a augmenté de 76,9 %. Cette hausse a été suivie d’un recul de 10,6 % en trois jours de bourse. L’indice Nasdaq 100 est actuellement l’indice le plus important, car les actions Fangman y ont le plus grand poids. L’indice S&P 500 est beaucoup plus ennuyeux, car il n’a augmenté que de 60,1 % depuis mars et n’a été corrigé que de 6,95 % au cours des trois mêmes jours, ce qui est beaucoup moins dramatique.

Le hasard joue un rôle majeur dans une telle correction, mais en combinant rétrospectivement sagesse et dissonance cognitive, on a besoin d’une histoire concluante expliquant la correction et donc, la forte hausse antérieure. En effet, on use et on abuse d’histoires pour expliquer l’inexplicable. Une bonne histoire offre à chacun du réconfort et un point d’appui.

Effet Robin des Bois 

Maintenant, la hausse des cours à laquelle on assiste depuis mars est probablement encore plus détestée que le marché haussier qui a débuté en 2009. De nombreux investisseurs sont sur la mauvaise voie et ne parviennent pas à établir la correspondance entre la hausse des marchés boursiers et le spectaculaire développement économique. L’une des premières histoires qui expliquait cette hausse remarquable était l’effet ‘Robin des Bois’ : de petits investisseurs particuliers qui, seuls, n’ont aucune influence sur les marchés financiers, mais qui, en tant que groupe, auraient suffisamment d’influence pour mettre le marché en mouvement.

Dans le monde de l’investissement professionnel, les petits investisseurs particuliers sont par définition irrationnels, et l’effet Robin peut expliquer tout mouvement irrationnel des cours. Cependant, la part en pourcentage des investisseurs ‘Robin des Bois’ est très faible. Cela peut peut-être expliquer l’évolution du cours d’une penny stock comme Hertz, JC Penney et Chesapeake Energy, mais pas la surperformance des Fangman, bien sûr.

Ce qui est attribué à la Softbank 

La récente correction a donné l’occasion d’adapter l’histoire. Ce n’étaient pas les petits investisseurs particuliers, mais au contraire un grand investisseur professionnel qui avait mis le marché en mouvement avec ses positions d’options. La Softbank japonaise était la grosse baleine qui avait provoqué la hype des cours depuis mars et était donc également à l’origine de la correction. On nous a servi au passage les incontournables absurdités sur le mode de fonctionnement d’une bourse d’options. En somme, d’excellents ingrédients pour une théorie du complot. Mais si on compare l’ampleur des transactions de la Softbank avec l’évolution du cours des actions Fangman, il est impossible que la Softbank soit à l’origine de l’augmentation et de la correction subséquente.

Néanmoins, on assiste à un appel immédiat à l’interdiction des grandes transactions d’options (et donc des transactions d’actions). Ce qui fait malheureusement souvent cruellement défaut dans ces déclarations boiteuses, c’est la nuance. Il faut une vérité unique, et non un ensemble de facteurs explicatifs différents réunis par hasard. L’histoire sans nuance l’emporte toujours sur la réalité. Conseil aux professionnels à qui l’on demandera d’expliquer une correction la prochaine fois : déclarez avec le plus grand sérieux qu’elle est une conséquence de la dynamique interne du marché. 

Han Dieperink est investisseur et consultant indépendant. Plus tôt dans sa carrière, il a été chief investment officer chez Rabobank et Schretlen & Co. Il fait part de son analyse et de ses commentaires sur les conséquences de la crise du coronavirus pour l’économie et les marchés sur Fondsnieuws. Ses articles paraissent le mardi et le jeudi.
 

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