Olivier Onclin - Belfius
Olivier Onclin - Belfius

Belfius a présenté lundi son plan stratégique 2026-2030 au personnel et à la presse. Un terme à forte connotation politique est revenu de manière frappante dans le discours d’Olivier Onclin : la « souveraineté ».

Bien qu’il ne devienne officiellement CEO que le 29 avril, Olivier Onclin était chargé de la présentation de la direction. Le CEO sortant, Marc Raisière, était ostensiblement absent de la salle, probablement pour laisser toute la place à son successeur, actuellement vice-CEO.

Sous l’égide de M. Raisière, Belfius avait conclu une alliance novatrice avec le champion français de l’intelligence artificielle, Mistral AI, qui ambitionne de devenir une alternative aux géants américains de l’intelligence artificielle. La banque, entièrement aux mains de l’État belge, participe également à des initiatives de paiement européennes telles que Wero.

L’Europe d’abord

M. Onclin souhaite poursuivre cette lignée au cours des prochaines années et érige la « souveraineté belge et européenne » au rang des trois missions sociétales de la banque, aux côtés de la santé (Belfius est la banquier des hôpitaux) et de l’éducation financière. « Nous voulons contribuer à une Europe meilleure », affirme le futur numéro un.

Belfius soutiendra ainsi l’ambition de la Commission européenne visant à canaliser davantage l’épargne européenne vers les entreprises et les projets du continent. M. Onclin s’appuie sur des statistiques de l’UE indiquant que les deux tiers des investissements européens s’orientent vers les États-Unis. « L’argent européen finance donc actuellement la croissance ailleurs, au moment même où le progrès est le plus nécessaire en Europe. Nous devons investir davantage dans notre propre croissance et innovation », argumente-t-il.

La banque privilégiera désormais les partenariats européens, comme ce fut le cas avec Mistral AI. « S’il existe une alternative européenne équivalente sur le marché, nous choisirons toujours cette option », dit M. Onclin.

Cette stratégie rencontre toutefois des limites. En gestion d’actifs, le partenaire privilégié de Belfius reste Candriam, propriété de l’américain New York Life. « Mais nous avons récemment pris une participation de 33 % dans Candriam, donc Candriam est désormais déjà européenne à un tiers. La souveraineté ne se construit pas en un jour », a déclaré M. Onclin à ce sujet. Belfius et Candriam appartenaient toutes deux au groupe Dexia avant la crise financière de 2008.

Assistant numérique

Sur le plan technologique, tout part du même état d’esprit de souveraineté européenne, explique le directeur technologique Bram Somers. Le nouvel assistant intelligent « Hey Belfius » a été entièrement développé en interne afin que la banque ne dépende pas de parties externes. Ce chatbot piloté par l’IA, qui rappelle inévitablement Kate de KBC, sera selon M. Onclin aussi révolutionnaire que l’introduction de l’application mobile en son temps. Les centres de données de la banque seront construits en collaboration avec d’autres banques européennes et répartis à travers l’Europe afin de mutualiser les coûts et de diviser les risques.

Après sa nationalisation en 2011, Belfius (ex-Dexia Banque Belgique) avait limité son champ d’action au marché belge. Mais depuis quelque temps, la banque lorgne prudemment vers des opportunités dans les pays voisins, et principalement la France. Belfius espère évoluer d’un « champion national vers un acteur européen », selon le plan 2026-2030 qui contient peu d’objectifs financiers chiffrés dans sa version présentée lundi. Des conquêtes spectaculaires ne semblent pas au programme. À court terme, la banque espère conclure des partenariats en France dans le segment des assurances directes.

Nouvel actionnaire

La grande question de ce récit européen est de savoir à quoi ressemblera l’actionnariat futur. L’État nourrit des projets de privatisation partielle. L’objectif consiste à attirer un ou plusieurs investisseurs à long terme comme actionnaires minoritaires via un placement privé. Les candidats européens seront-ils alors privilégiés dans ce processus ? « Nous n’avons aucun contrôle là-dessus, c’est une question à trancher par les actionnaires », répond M. Onclin.

Il est remarquable qu’Axel Miller, CEO de Dexia Banque Belgique pendant la crise financière, supervisera la privatisation partielle de Belfius en tant que nouveau président de la société fédérale de participations SFPIM. Le fait qu’un ancien employé de Dexia, société désormais disparue, ait été nommé à ce poste a suscité de vives réactions ces derniers jours. M. Onclin n’a pas souhaité faire de commentaire à ce propos.

Neuf nouvelles Private Houses à venir 
La direction de Belfius se dit satisfaite de la marque Belfius Private lancée l’année dernière pour la banque privée et la gestion de fortune. « La formule séduit », affirme Dirk Gyselinck, directeur Private, wealth & retail. Il y a quelques semaines, Belfius a fait savoir que les actifs sous gestion sont passés l’année dernière de 58,9 milliards à 65,5 milliards d’euros et que 14 000 nouveaux clients ont opté pour la division, qui compte désormais quelque 158 000 clients. 
Selon M. Gyselinck, la vente croisée via le département de banque des entrepreneurs est un vecteur important, et de nouveaux clients rejoignent également la banque. La présence locale sur le terrain reste essentielle. Belfius Private prévoit d’ouvrir cette année neuf nouvelles maisons Private & wealth houses réparties dans le pays, en plus des 52 existantes, a annoncé M. Gyselinck.
L’objectif précédemment fixé d’atteindre le cap des 100 milliards d’euros d’actifs sous gestion avec Belfius Private d’ici 2030 reste d’actualité. Pour le segment retail, Belfius espère passer de 90 milliards à également 100 milliards d’euros sur la même période. En d’autres termes : en 2030, le segment Private & wealth devrait peser autant que l’ensemble du segment retail.

Rebel doit contrer Revolut
Belfius a l’intention de lancer sa plateforme d’investissement Rebel, actuellement disponible via l’application Belfius, sous la forme d’une application distincte d’ici fin 2027, sans que les utilisateurs ne doivent être clients de Belfius. 
De plus, le champ d’action de Rebel, avec lequel les jeunes achètent des ETF, sera élargi par étapes à d’autres services bancaires en dehors de l’investissement. L’éducation financière occupera également une place plus prééminente. « Parce que nous remarquons que les jeunes reçoivent beaucoup d’informations sur les questions d’argent de la part de ‘finfluenceurs’ sur les réseaux sociaux, mais pas nécessairement des informations correctes », explique-t-on.
La stratégie autour de Rebel ne peut être dissociée de l’ascension de la néo-banque Revolut, qui a récemment revendiqué 1 million de clients en Belgique.

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