Wolfgang Fickus - Comgest
Wolfgang Fickus - Comgest

L’intelligence artificielle rendra-t-elle le gestionnaire de portefeuille obsolète en automatisant la sélection des titres ? La société de gestion de fonds Comgest, basée à Paris, n’est pas de cet avis. « L’IA est incapable de capter les informations réellement stratégiques que nous obtenons lors de nos échanges directs avec les dirigeants d’entreprises. »

Comgest, qui gère 20 milliards d’euros d’actifs, se définit comme un « stockpicker actif ». Sa spécialité : débusquer des « marathoniens », ces sociétés capables de générer une croissance du bénéfice par action bien supérieure à la moyenne sur le très long terme.

Sélection des actions

On pourrait imaginer que l’IA soulage les équipes de nombreuses tâches chronophages dans une telle approche ascendante. Comgest doit constamment comparer entre elles les entreprises d’un même secteur, par exemple adidas avec Puma ou Nike. L’IA pourrait-elle accélérer ce traitement de données, voire piloter ces analyses de manière autonome ?

Wolfgang Fickus, spécialiste produit et responsable des relations investisseurs chez Comgest, temporise : « L’IA est un formidable levier de productivité, mais elle ne peut se substituer à la décision humaine en matière de gestion. Nous ne demandons pas à l’IA si une valeur constitue un bon placement », confie-t-il à Investment Officer. La société de gestion française affirme « n’avoir intégré à ce jour aucun outil susceptible d’altérer ou de transformer ses processus de gestion des investissements ».

« L’entreprise adopte-t-elle une approche agressive ou prudente ? Ce n’est que lors des entretiens directs avec le management que l’on saisit véritablement où elle va. »

Wolfgang Fickus, spécialiste produit,  Comgest

L’IA se révèle surtout utile dans le travail préparatoire, précise-t-il. « L’analyse initiale d’une nouvelle société prend désormais quatre heures environ, contre une journée entière il y a un an. L’IA fournit des informations assez fiables, que nous vérifions systématiquement ». La charte informatique de Comgest stipule explicitement que les collaborateurs conservent la responsabilité finale de l’exactitude des informations.

« Lorsque nous préparons un rendez-vous avec une nouvelle entreprise, il suffit d’appuyer sur un bouton : l’IA nous génère un rapport prêt à l’emploi, explique M. Fickus. Mais c’est là que le vrai travail commence. Car ce n’est qu’au cours de ces échanges avec le management que nous pouvons comprendre où l’entreprise se dirige. Adopte-t-elle une approche agressive ou prudente ? Quelles sont sa lecture du marché et sa vision à cinq ans ? Dans quels domaines souhaite-t-elle réaliser des investissements ? Où perçoit-elle des opportunités sur le marché ? Et concernant la communication financière : a-t-elle, par le passé, promis beaucoup et donné peu, ou au contraire, promis moins et donné davantage ? »

Interprétation

Des informations intéressantes peuvent également provenir de sources complémentaires, là où l’interprétation humaine conserve toute sa valeur. Comgest consulte ainsi ce que d’anciens salariés écrivent sur l’entreprise sur des sites de recrutement comme Indeed ou Glassdoor. « Lorsque des personnalités clés quittent la société, nous cherchons à comprendre pourquoi. Y avait-il des raisons précises ? Ont-elles perçu un signal inquiétant ? Ou estiment-elles simplement que la concurrence offre de meilleures perspectives ? »

« Cerner véritablement l’ADN d’une entreprise reste l’apanage de l’humain. L’IA ne peut pas y contribuer », conclut M. Fickus, tout en reconnaissant que les apparences peuvent tromper. « On peut demander à l’IA de comparer l’ADN de Louis Vuitton à celui d’Hermès : on obtiendra à coup sûr une réponse impressionnante en apparence ».

Les présentations des résultats financiers lors de conférences téléphoniques des sociétés cotées sont traitées selon un mode hybride, combinant intervention humaine et traitement automatisé. « Nous recevons les retranscriptions et demandons ensuite à l’IA d’en extraire les points essentiels », explique M. Fickus.

« Lorsqu’il y a quelque chose d’important, nous réécoutons nous-mêmes l’enregistrement. Car la manière dont la direction formule les choses compte parfois autant que le fond. L’IA peut d’ailleurs nous y aider en détectant, par exemple, des hésitations ou de l’incertitude dans la voix. Pour résumer : l’IA accélère le processus, mais ne remplace pas le collaborateur humain. Pas encore, en tout cas. Peut-être un jour ».

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