Aneta Wynimko, Fidelity
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Un éventuel boycott des produits américains de luxe par la Chine pourrait exercer une pression sur les actions du secteur américain des biens de consommation. Inversement, Trump n’appliquera pas comme ça des taxes sur des produits de luxe. Tel est ce qu’explique Aneta Wynimko, gestionnaire de fonds du célèbre Global Consumer Industries Fund de Fidelity, lors d’un entretien avec Investment Officer.

Le fonds, dont les actifs sous gestion s’élèvent à près de 875 millions d’euros, a gagné près de 8 % en glissement annuel, soit une surperformance de plus de 5 % par rapport aux valeurs de référence. La position du groupe de luxe Kering et du service de streaming vidéo Netflix, notamment, a aidé le fonds à surperformer, estime Wynimko.

« En fait, je suis tout simplement très douée pour choisir ! », s’exclame-t-elle en riant depuis l’agence londonienne. La gestionnaire du fonds, qui est notée 5 étoiles par Morningstar, investit pour le compte de Fidelity dans des sociétés de biens de consommation depuis le début de l’année 2015.

« Je gère le fonds très activement, j’ai près de 75 % de liquidités actives, je mise sur des big bets quand il s’agit de sous-secteurs et puis je prends de grosses positions », explique la gestionnaire du fonds pour résumer sa stratégie. Elle a aussi une préférence pour les entreprises qui accordent beaucoup d’attention à la R&D, investissent généreusement dans les TI, ont une bonne tarification ainsi qu’une solide équipe de management. »

Les données du fonds indiquent que cela se traduit par un portefeuille de 7,6 % d’actions Amazon, 4,76 % d’actions Louis Vuitton et près de 4 % d’actions L’Oréal.

Guerre commerciale

Une grande partie de l’actif du fonds a été allouée aux États-Unis. La gestionnaire de fonds ne pense pas que les sociétés dans lesquelles elle a investi seront affectées. « Le fonds a une forte exposition aux entreprises de produits de luxe. Il s’agit d’entreprises européennes, mais aussi d’une entreprise comme Tiffany’s aux États-Unis. Ces entreprises produisent souvent leurs marchandises dans leur pays d’origine pour ensuite les exporter. »

« Supposons que les États-Unis prélèvent des droits de douane à l’importation sur les sacs à main, par exemple : cela ferait-il vraiment une différence ? Ce n’est pas comme si les entreprises venaient de loin pour produire leurs marchandises aux États-Unis et en profiter elles-mêmes par la suite. Je ne dis pas que ce secteur ne sera jamais touché, mais il ne sera certainement pas le premier à l’être. » Avec un clin d’œil : « D’autant plus que Trump est un gros client pour ce type de produits. Lui et sa femme Melania. Alors, Trump fait attention ! »

Elle redoute davantage les mesures de la Chine, car le gouvernement chinois veut inciter la population à acheter moins de marques américaines. « Ce serait mauvais pour de nombreuses entreprises du fonds. D’un autre côté, une entreprise comme Nike a tellement de produits cool que je me demande si les Chinois écouteront vraiment une telle demande du gouvernement. »

Tendances et risques

La possibilité d’une guerre commerciale est un thème que Wynimko tient à l’œil, mais elle trouve en fait d’autres sujets plus pertinents. Comme le risque impliqué par les faibles taux d’intérêt et les signes d’un ralentissement de l’économie chinoise.

« Et il se passe énormément de choses dans le secteur ! » poursuit-elle avec enthousiasme. En particulier le mouvement en faveur d’un mode de vie sain et bio ainsi que le désir des consommateurs d’avoir plus de contrôle sur leur corps sont une tendance que la gestionnaire du fonds suit depuis un certain temps déjà et qualifie d’intéressante pour y investir.

« Il est difficile de comprendre ce que recherche le consommateur. Il n’y a pas beaucoup d’entreprises qui peuvent ou veulent s’y rattacher. Les entreprises qui le comprennent profitent d’emblée exagérément de la tendance. »   

En outre, la gestionnaire du fonds qualifie la ‘consommation motivée par les médias sociaux’ de tendance mondiale majeure, qui affecte principalement les marques de cocktails et de maquillage. « N’est-ce pas cool de prendre une photo d’un beau cocktail dans un chouette bar et de la publier sur les médias sociaux ? Nous vivons dans un monde de plus en plus axé sur les photos et l’image. Les marques y doivent répondre. »

Cosmétiques

Wynimko convient que les changements dans le domaine des médias sociaux sont rapides, et que la différence entre les gagnants et les perdants de la tendance est dès lors marquée. « Il faut trouver des entreprises très agiles et capables d’apporter des ajustements à leur stratégie au fil du temps. »

Les entreprises de cosmétiques, en particulier, évoluent rapidement et utilisent beaucoup les médias sociaux, souligne-t-elle. « L’industrie de la beauté a récemment découvert un grand nombre de nouvelles façons d’atteindre les consommateurs. En conséquence, elles ont dû se réveiller rapidement et se réinventer, devenir agiles. Dans l’industrie alimentaire, ce mouvement est beaucoup plus lent. »

Dans le cadre de cette tendance, la gestionnaire de fonds accorde une attention particulière au fait de savoir si l’entreprise utilise un mouvement push ou pull. « Il est préférable de faire venir le client à soi plutôt que de tout lancer sur le consommateur. Seules quelques entreprises excellent à cet égard. »

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