David Schmidt
David Schmidt

La banque privée Banque de Luxembourg Belgium voit encore des possibilités de croissance organique sur le marché belge, mais tient également compte de nouveaux mouvements de consolidation après les fusions et acquisitions de ces dernières années. « Dans ce cas, nous nous voyons plutôt dans le rôle d’acquéreur que de proie », déclare son Managing director, David Schmidt.

Pour David Schmidt, Managing director de Banque de Luxembourg Belgium depuis 2018, il n’est pas surprenant que des groupes étrangers — Degroof Petercam comme Nagelmackers étant passés sous pavillon français — s’intéressent au marché belge. 

« Outre le fait que la Belgique est un pays doté de grandes fortunes, notre pays possède une autre qualité : les différences de richesse n’y sont pas aussi énormes que dans certains autres pays. La richesse y est donc relativement bien répartie », explique-t-il lors d’un entretien au siège bruxellois.

« Quoi qu’on en dise, l’esprit d’entreprise est très vivant dans notre pays. Ce que l’on observe de plus en plus souvent, c’est que des entrepreneurs prospères vendent leur entreprise relativement tôt. Cela crée un patrimoine dont ils souhaitent réinvestir une partie dans de nouvelles activités, car ils restent des entrepreneurs. Mais ils comprennent qu’ils doivent également se constituer une réserve. »

Où situez-vous Banque de Luxembourg dans ce paysage belge ?

David Schmidt : « Nous avons une longue histoire avec la clientèle belge, qui autrefois devait se rendre au Luxembourg pour être servie. Depuis 2010, nous sommes présents en Belgique : d’abord à Arlon, puis à Bruxelles. Pour des raisons historiques, nous sommes plutôt perçus comme une banque francophone, mais nous disposons aussi d’une implantation à Sint-Martens-Latem à partir de laquelle nous nous adressons à toute la clientèle flamande, avec des private bankers tous issus de Flandre. »

« Aujourd’hui, notre banque privée belge se trouve dans une phase plus mature, où nous recrutons des profils commerciaux pour poursuivre notre expansion. Nous visons notamment les clients fortunés qui ne se reconnaissent plus dans l’offre relativement standardisée des banques de détail ou des pure players qui peuvent perdre une partie de leur âme à cause du gigantisme issu des fusions. »

Que voulez-vous dire par « gigantisme » ?

« Une sur-industrialisation de l’offre de produits, où le client n’est plus vraiment considéré comme une personne, mais davantage comme un canal de distribution. C’est peut-être la réalité dans certaines banques, un peu sous la pression de l’actionnaire qui exige toujours plus de profits. Le banquier peut se retrouver alors dans une implacable logique industrielle et penser : “J’ai au final des produits que je dois pousser auprès de mes clients.” »

Plus de consolidation signifie-t-il moins de personnalisation ?

« En tout cas, le risque existe pour les grands groupes et leur logique top-down. Une stratégie est élaborée au sommet, puis on cherche ensuite des canaux de vente. Ce n’est pas notre approche. Nous ne pratiquons pas de segmentation. Nous traitons chaque client individuellement, en tant que personne, et ce que nous lui proposons est une offre spécifiquement dédiée et totalement ouverte. »

Pourtant, vous travaillez aussi avec des seuils de fortune ?

« C’est un seuil virtuel, fixé à un million d’euros d’actifs investissables. Mais il reste virtuel, car nous acceptons aussi des clients ayant un potentiel et disposant de 500.000 euros. Les professions libérales en début de carrière en constituent un bon exemple, même si elles ne disposent pas encore d’un patrimoine important. »

Attendez-vous encore des fusions et acquisitions sur le marché belge ?

« Il suffit de regarder le passé récent. Je pense que les mouvements de consolidation vont se poursuivre, même si le marché belge du private banking est déjà concentré par rapport à des marchés hyperfragmentés comme l’Allemagne, la France ou l’Italie. Dans cette dynamique, je dirais que nous sommes plutôt en position d’acquéreur que l’inverse. Mais notre priorité aujourd’hui reste la croissance organique. »

Beaucoup de familles fortunées travaillent avec deux ou trois banques privées. Leur demandez-vous une vision complète de leur patrimoine ?

« Oui, une telle vision est nécessaire pour pouvoir piloter les expositions et donc les risques. Il s’agit d’établir une relation de confiance avec le client. Pour des raisons familiales, le patrimoine peut en effet être réparti entre plusieurs institutions et soumis à certaines conditions ou restrictions. »

Taxe sur les plus-values

L’un des débats les plus brûlants dans la finance belge concerne la taxation des plus-values. Certains experts suggèrent de « packager» des lignes d’actions individuelles dans des assurances luxembourgeoises ou des fonds afin d’éviter l’impôt.

« C’est un débat très animé. Tout d’abord, il existe — pas tellement parmi notre clientèle — des investisseurs fortunés qui aiment continuer à gérer eux-mêmes leurs lignes individuelles. Pensez aux stockpickers pour qui c’est presque un hobby. Il est clair que l’évolution de la fiscalité jouera en leur défaveur. »

« En ce qui concerne les wrappers, nous restons agnostiques, car chaque formule — qu’il s’agisse d’investir dans une Sicav ou dans un contrat d’assurance de type branche 23 — présente des avantages et des inconvénients. Un produit d’assurance, par exemple, est soumis à une taxe sur la prime de 2 %. Il n’existe pas de vérité unique : la meilleure solution dépend de votre situation financière personnelle. Pour la planification successorale, par exemple, une société civile peut être la meilleure solution. C’est justement pourquoi je pense que l’approche industrielle n’est jamais appropriée. »

Le conseil personnalisé du private banker ne deviendra-t-il pas superflu à terme avec l’intelligence artificielle ?

« Ce que les investisseurs plus jeunes ne possèdent pas, c’est l’expérience historique de crises comme celle de 2000 ou de 2008. Avec l’essor des applications de trading et de l’IA générative, l’investissement se banalise. Les jeunes investisseurs ont l’impression de tout maîtriser, mais ils manquent de perspective historique. Ils n’ont pas vécu la crise financière de 2008 et ceux qui ont commencé après la crise du Covid-19 n’ont même jamais connu de vraie grande et longue période de correction boursière. Pour eux, la Bourse peut être perçue comme un jeu dans lequel on gagne presque toujours. »

«  Il ne suffit plus de construire un portefeuille composé simplement de liquidités, d’actions et d’obligations. »

Sauf l’automne dernier, lorsque le bitcoin — souvent le premier investissement des jeunes — s’est fortement effondré.

« Exactement. Ils l’apprennent alors de manière brutale. Dans le contexte actuel, il est essentiel de bien comprendre et de maîtriser le bien-fondé de ses investissements et les différentes composantes à partir desquelles on construit son portefeuille. »

Parce qu’un choc baissier important n’est pas à exclure ?

« C’est clairement un sujet qui préoccupe. Il ne suffit plus de construire un portefeuille composé simplement de liquidités, d’actions et d’obligations. Pour résister aux chocs, il faut diversifier davantage, et si la taille du patrimoine le permet, avec des investissements notamment dans l’or, le capital-investissement et d’autres actifs alternatifs. Et, d’un point de vue géographique, il faut être aussi international que possible. »

Voyez-vous un sentiment anti-américain ?

« Nous observons parfois des réactions émotionnelles, mais cela reste très marginal dans les mouvements de portefeuille de nos clients. Certains disent pour des raisons politiques : “Je ne veux plus investir aux États-Unis.” Nous leur répondons cependant que, du point de vue purement financier, il n’est pas judicieux d’exclure complètement les États-Unis. »

« À l’inverse, certaines personnes veulent investir uniquement aux États-Unis en tablant sur l’hégémonie des géants technologiques américains. Et de fait, la Bourse américaine représentait encore il y a peu près de 70 % de l’indice boursier mondial. Or, il ne faut pas oublier que les États-Unis ne représentent qu’environ un quart de toute l’économie au niveau global. Est-il raisonnable de concentrer l’essentiel de ses investissements aux États-Unis ? Les années 2000, comme les résultats boursiers américains relativement modestes de 2025, dus à la faiblesse du dollar, ont montré que ce n’est pas toujours la meilleure stratégie. »

Les bouleversements géopolitiques ont aussi fait de la défense un thème d’investissement.

« Tout à fait. Mais là encore, nous disons à nos clients : vous pouvez faire ce choix, mais attention à ne pas donner trop de poids à ce thème. Prenons un exemple, il y a pour le moment une entreprise allemande de défense très à la mode (Rheinmetall, ndlr). Certes, son carnet de commandes est plein et ses perspectives sont excellentes. Mais il faut aussi examiner si la valorisation de l’action et son poids dans le portefeuille total ne sont pas excessifs. »
 

Investissements privés

On parle beaucoup des investissements privés, comme le capital-investissement et le crédit privé, et de leur liquidité. 

« Le capital-investissement est par définition une classe d’actifs illiquide. Une bonne partie de la rémunération de l’investisseur est notamment liée à cette illiquidité. C’est un type d’investissement très différent de l’investissement en Bourse, dans le sens où vous êtes investi et bloqué pendant environ dix ans afin de laisser le temps à vos investissements de se déployer et de croître avec le temps. De ce point de vue, on pourrait dire que vous percevez - toutes choses égales par ailleurs - une prime pour supporter cette illiquidité sur la durée de détention.»

« On ne peut pas rendre plus liquide quelque chose qui est fondamentalement illiquide. »

«Et donc, lorsque vous investissez en capital-investisement, il est primordial de se discipliner à investir dans la mesure du possible année après année, d’un vintage year à l’autre afin justement de ne pas dépendre d’une année précise qui serait elle-même soumise à un cycle défavorable du marché. C’est toujours plus difficile au début de devoir s’engager pour une longue période, mais avec le temps, les retours de capitaux commencent à financer d’eux-mêmes les nouveaux investissements, et ainsi de suite.»

Les turbulences récentes autour du crédit privé inquiètent les investisseurs qui craignent d’être bloqués dans le produit.

« Comme je viens de l’évoquer, it’s the name of the game. Celui qui investit en crédit privé, comme d’ailleurs en capital-investissement, est précisément rémunéré pour cette illiquidité. Comme le disent les Anglo-Saxons, il n’existe pas de “free lunch” : on ne reçoit rien sans risque ou sans sacrifice. Il y a malheureusement des acteurs qui, par une certaine avidité, prétendent rendre les investissements privés plus liquides que ce qu’ils ne sont intrinsèquement. Mais on ne peut pas rendre plus liquide quelque chose qui est fondamentalement illiquide. »

Banque de Luxembourg Belgium
- En Belgique depuis 2010 
- Deux implantations : Bruxelles et Sint-Martens-Latem
- Actif sous gestion : 7,1 milliards d’euros
Effectif : 38 
Entreprise certifiée B Corp depuis 2023

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