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Le prix de l’argent semble rompre avec son schéma habituel. Alors que le métal précieux suit historiquement le cours de l’or avec un certain décalage, l’argent progresse désormais de manière plus autonome et plus rapide. Selon les experts du marché, la récente reprise n’est pas tant une réaction aux tensions géopolitiques que le résultat de changements structurels dans l’équilibre entre l’offre et la demande.

Le prix de l’argent a triplé en 12 mois pour atteindre 96 dollars l’once troy (31,1 grammes), s’approchant ainsi de la barre psychologique des 100 dollars. Pour un marché qui a lutté pour rester au-dessus de 30 dollars pendant la majeure partie de la dernière décennie, il s’agit d’un mouvement exceptionnel. L’or n’a augmenté « que » de 75 % au cours de la même période.

Les ETF n’expliquent pas cette évolution

À première vue, la hausse des prix s’inscrit dans le cadre habituel des tensions géopolitiques. L’or réagit comme prévu. Cependant, l’argent a augmenté beaucoup plus fortement que l’or. Une telle accélération indiquerait normalement une spéculation, mais cette hypothèse n’est pas étayée par les données.

Par exemple, le nombre de parts en circulation du plus important ETF sur l’argent, l’ishares Physical Silver ETC, qui représente environ 4,5 milliards d’euros, n’a augmenté que d’environ 8 % au cours de l’année écoulée. Le positionnement sur les marchés à terme ne présente pas non plus un effet de levier exceptionnel. 

Les données de Morningstar montrent que les ETF sur l’argent en Europe ont connu des sorties nettes d’environ 400 millions d’euros en 2023 et ont peu évolué en 2024. L’an dernier, l’afflux a atteint environ 2,2 milliards d’euros.

La demande d’ETF est irrégulière et réactive, et ne constitue pas le principal moteur de la hausse du cours de l’argent, selon Morningstar. « On peut raisonnablement conclure que ce ne sont pas les investisseurs financiers traditionnels qui sont à l’origine de cette flambée du cours de l’argent », a indiqué Evy Hambro, Managing director et responsable des investissements thématiques et sectoriels chez Blackrock à Investment Officer

L’offre est structurellement inflexible

Selon Frederik Fischer, Senior portfolio manager chez Allianz Global Investors, l’explication réside principalement dans la demande structurelle de la Chine et une offre relativement faible. « Les mouvements de prix sont déterminés par le marché physique et non par le positionnement financier », précise-t-il.

En termes de production, l’argent diffère fondamentalement de l’or. Environ deux tiers de l’offre mondiale sont libérés comme sous-produit de l’extraction du cuivre, du zinc et du plomb. La production d’argent est restée pratiquement inchangée depuis 2020, alors que la demande dépasse l’offre depuis maintenant cinq années consécutives. Les pénuries annuelles sont structurellement supérieures à 100 millions d’onces, ce qui entraîne une diminution des stocks.

En revanche, le monde dispose d’importantes réserves d’or en surface et d’une offre relativement élastique. La question est principalement d’ordre monétaire. L’argent est piégé dans une structure d’exploitation minière qui ne permet pas de répondre à la croissance de la demande à long terme. Par conséquent, le marché réagit plus fortement aux pénuries.

La demande industrielle prend le relais

La tension est amplifiée par la demande. Plus de 50 % de la consommation d’argent est désormais industrielle. L’énergie solaire représente à elle seule environ 25 % de la demande. « L’argent diffère de l’or en ce sens qu’il a également une fonction industrielle importante, en particulier dans la nouvelle économie de l’énergie », indique Kenneth Lamont, directeur chez Morningstar, à Investment Officer.

La Chine joue un rôle central à cet égard. Le pays domine la production de panneaux solaires, de batteries et de véhicules électriques, déterminantes dans la demande d’argent. La croissance mondiale des centres de données stimule également la demande d’argent.

À Shanghai, le prix de l’argent est supérieur à celui de Londres depuis des mois, avec parfois une prime de plus de 10 %. Les investisseurs semblent disposés à payer un supplément pour une livraison physique garantie.

Volatilité structurelle

Selon les analystes, les produits cotés tels que les ETC n’ont pas provoqué la hausse des prix, mais l’ont amplifiée en retirant l’argent physique du marché. « La demande d’ETF est par définition plus volatile que la demande industrielle ou la demande d’or des banques centrales », explique Alexandre Carrier, gestionnaire de portefeuille chez DNCA.

Benoit Harger, gestionnaire de portefeuille à la Banque J. Safra Sarasin, considère également que les afflux de capitaux des particuliers soutiennent les prix et augmentent ainsi la volatilité, mais il insiste sur le fait que les fondamentaux physiques restent déterminants.

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