Prédire le sommet d’un cycle économique reste difficile, mais il est clair qu’après une période de croissance sans précédent de dix ans, nous sommes plus près de la fin que du début du cycle. Mais ce n’est pas grave : « C’est maintenant que ça devient amusant. »
Tel est ce qu’a déclaré Karen Ward, chief market strategist EMEA chez JP Morgan Asset Management, lors d’une réunion média très fréquentée de sa société à Londres. Ward a répondu aux questions les plus importantes qui lui ont été posées par les investisseurs. L’une d’entre elles portait sur le temps que durera encore la phase ascendante.
Ward : « Je pense que l’économie américaine sera forte pendant encore six mois, tandis que la croissance en Europe se maintiendra autour de 2 %. Mais il est temps de réfléchir à la stratégie à suivre à la fin d’un cycle. »
Il y aura une tendance à l’échange d’actions contre des obligations. Mais Ward met en garde contre une trop grande précipitation. « Les rendements en fin de cycle peuvent être spectaculaires. Si vous aviez quitté l’indice S&P 24 mois avant le dernier sommet (automne 2007), vous auriez manqué une hausse de 30 %. Et si vous étiez sorti un an avant ce sommet, vous auriez manqué 15 %. Donc, si vous voulez réduire votre portefeuille d’actions, réfléchissez bien à la vitesse à laquelle vous voulez le faire. »
Ainsi qu’elle le dit elle-même, Ward est une femme aux opinions tranchées. C’est aussi ce qui est apparu lorsqu’elle a réfléchi à d’autres thèmes auxquels sont confrontés les investisseurs. Comme le Brexit. Si l’incertitude quant à l’issue des négociations entre les Britanniques et Bruxelles reste grande, Ward est catégorique : « Vers la fin de l’année, il y aura un accord pour un Brexit souple. »
Les partisans d’un Brexit dur au sein du parti conservateur finiront eux aussi par être d’accord, estime Ward, qui a été conseillère économique du ministre britannique des Finances Philip Hammond de l’automne 2016 à l’automne 2017. Dans le cas contraire, on court le risque d’une impasse qui ne pourra être résolue que de deux manières : un nouveau référendum, avec lequel la population pourrait bien rejeter le Brexit, ou de nouvelles élections, après lesquelles leur parti pourrait ne plus être le plus important. « C’est un trop grand risque pour eux. »
L’accord pourrait lever l’incertitude qui retient actuellement les investisseurs de faire des affaires au Royaume-Uni. Et cela pourrait inciter la Banque centrale britannique à agir. Si, après un accord, nous constatons une reprise rapide des activités, la Banque d’Angleterre pourrait devoir relever les taux d’intérêt plus rapidement que le marché ne le pense actuellement », indique Ward.
Il y a aussi un autre point dont Ward est moins sûre : la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Ward a reconnu s’être trompée au début de l’année à ce sujet, c’est pourquoi elle est maintenant plus prudente. « Mon raisonnement a toujours été le suivant : les Américains aiment les produits bon marché et s’ils augmentent les droits de douane sur les importations en provenance de Chine, le consommateur le ressentira, donc cela ne se produira pas. Mais j’avais tort et je ne peux pas affirmer avec certitude que cela ne s’aggravera pas davantage. »
Ward estime toujours qu’avec les nouveaux tarifs douaniers, les États-Unis se tirent une balle dans le pied, mais là aussi, elle n’est pas formelle : « Peut-être que cela va effectivement faire revenir la production aux États-Unis. »
Ward prévient toutefois que l’Europe pourrait souffrir de cette guerre commerciale – « cela m’inquiète » – et de la pression inflationniste plus forte aux États-Unis résultant de l’augmentation des droits d’importation. « Les entreprises disent déjà qu’elles doivent répercuter la hausse des prix sur les consommateurs. »