Les résultats annuels d’Amundi montrent que le plus grand gestionnaire d’actifs d’Europe est devenu une puissante machine à ETF. La société de gestion a enregistré des collectes records pour les produits passifs, mais les gains réels ont été réalisés ailleurs : la gestion active traditionnelle et la réorientation vers des activités à plus forte marge.
Le gestionnaire d’actifs français a attiré 46 milliards d’euros nets dans les ETF en 2025, avec une nette accélération au quatrième trimestre. Au cours des seuls trois derniers mois, 18 milliards d’euros ont été investis dans des produits passifs. Ainsi, les ETF ont représenté la grande majorité de la collecte nette totale de 87,6 milliards d’euros et Amundi a consolidé sa position de promoteur dominant d’ETF en Europe.
Dans le même temps, les chiffres indiquent un changement stratégique plus large. Les tensions au niveau de la distribution traditionnelle par l’intermédiaire des banques est compensée par un investissement accru dans la technologie, par l’intermédiaire de la plateforme Alto, et un engagement plus marqué sur les marchés privés, notamment par le biais d’un partenariat avec le spécialiste britannique Intermediate Capital Group (ICG) depuis l’année dernière.
Augmentation de 23 % des commissions de performance
La situation en matière de bénéfices est donc plus nuancée que ne le laissent supposer les seuls chiffres de la collecte. Les revenus issus des commissions de performance ont augmenté de 23 % pour atteindre 173 millions d’euros, principalement grâce aux stratégies à revenu fixe et multi-actifs. La gestion active a enregistré une collecte nette de 13 milliards d’euros en 2025. C’est modeste comparé aux ETF, mais beaucoup plus important du point de vue des marges.
Selon la direction, cet équilibre se renforce à mesure qu’Amundi élargit délibérément son champ d’action. Nous « accueillons de plus en plus de clients, ce qui signifie que nous générons davantage de revenus récurrents qui ne dépendent pas des marchés ni de la géopolitique », a déclaré la CEO Valérie Baudson mardi lors de la présentation des résultats. « Cela renforce notre position. »”
Pression sur la distribution
La dépendance d’Amundi à l’égard de la distribution bancaire reste une vulnérabilité à cet égard. Malgré une collecte nette de 21,7 milliards d’euros d’ici 2025, 16 milliards d’euros sont passés par UniCredit, l’un des plus grands partenaires de distribution.
Mardi, Mme Baudson a tenté de remettre les choses en perspective. « UniCredit représente aujourd’hui 86 milliards d’euros d’actifs sous gestion au niveau du groupe, dont 66 milliards d’euros en Italie, sur un total de 2380 milliards d’euros, a-t-elle déclaré aux analystes financiers. C’est la vue d’ensemble que je souhaite présenter. »
Le retrait d’UniCredit est de nature stratégique et non cyclique. La banque italienne détourne délibérément les flux de trésorerie d’Amundi pour reconstruire sa propre gestion d’actifs et obtenir une meilleure maîtrise des frais. Cela implique également des tensions politiques avec le Crédit Agricole, l’actionnaire principal d’Amundi. Celles-ci se sont accentuées après que le Crédit Agricole a bloqué la prise de contrôle de Banco BPM par UniCredit. Bien que l’accord de distribution se poursuive officiellement jusqu’en 2027, dans la pratique, le partenariat est déjà en train de s’étioler.
Capitaux vers les marchés privés
Dans ce contexte, Amundi redéploie ses capitaux pour renforcer ses moteurs de croissance. Le groupe a affecté entre 700 et 800 millions d’euros à l’acquisition d’une participation de 9,9 % dans la société de capital-investissement ICG, basée à Londres.
Cette décision souligne l’ambition d’accroître le poids des activités à plus forte marge. Les marchés privés restent modestes au regard du bilan total d’Amundi, mais la prise de participation dans ICG marque une transition d’une logique de pure taille critique en distribution vers une détention sélective de plateformes d’investissements alternatifs.
Le contraste avec les ETF est saisissant. Alors que les produits passifs combinent de faibles marges avec des volumes élevés, les investissements privés restent intensifs en capital mais bénéficient d’une tarification plus attractive.
La technologie comme rempart
La technologie est le troisième pilier de la stratégie d’Amundi. Avec la plateforme Alto, le gestionnaire d’actifs se dote progressivement d’une branche logicielle pour contribuer à compenser la pression sur les marges dans la gestion d’actifs et réduire la dépendance à l’égard des systèmes externes. Ce qui était au départ un système interne s’est transformé en plateforme cloud, positionnée comme une alternative européenne à Aladdin, la plateforme de Blackrock.
L’adoption s’est accélérée en 2025, grâce à l’intérêt croissant des banques, des gestionnaires d’actifs et des fonds de pension européens pour une infrastructure modulaire sous gouvernance européenne, comme alternative aux systèmes américains dominants. Parmi les utilisateurs de la plateforme Alto, on compte Van Lanschot Kempen, AJ Bell Investments, ou encore People’s Pension à Londres. La société danoise Bankdata, détenue par les sept plus grandes banques du pays, a également adopté la plateforme.
Les marges restent sous pression
Parallèlement, le passage à la gestion passive continue de peser sur les marges. Les frais de gestion n’ont augmenté que de 4 % en 2025, malgré une forte croissance des actifs sous gestion qui ont atteint un niveau record de 2380 milliards d’euros à la fin du mois de décembre. Cette situation reflète la pression continue exercée par la gamme de produits et les prix.
Une maîtrise rigoureuse des coûts a permis de maintenir le ratio coûts/revenus à 52,1 %, contre 51,9 % l’année précédente.