Software PC - Lukas Blazek - Pexels
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Les investisseurs revoient leurs valorisations des éditeurs de logiciels, réévaluant l’impact de l’intelligence artificielle sur le secteur. Certains gestionnaires de fonds estiment que la chute des cours est excessive, malgré les incertitudes persistantes quant à l’évolution des bénéfices à long terme.

Deutsche Bank a surpondéré le secteur des logiciels en mars, en raison de la forte baisse des valorisations. Parallèlement, des investisseurs comme Jennison Associates et Nuveen renforcent sélectivement leurs positions dans des entreprises qu’ils jugent résilientes face aux bouleversements liés à l’IA, voire susceptibles d’en tirer profit.

Lodewijk van der Kroft« La correction observée cette année est excessive », déclare Lodewijk van der Kroft, gestionnaire de portefeuille chez Comgest, à Investment Officer. « Ces entreprises ne vont pas simplement se laisser massacrer. »

Cette évolution montre que le marché fait une distinction de plus en plus nette entre les entreprises vulnérables et celles qui peuvent sortir renforcées de cette transition.

Positions ancrées

Selon Lodewijk van der Kroft, les investisseurs devraient privilégier les entreprises indispensables à leurs clients, qui possèdent des données uniques et qui peuvent investir massivement dans l’IA. Comgest détient des participations dans SAP, RELX, Adyen, Experian, LSEG, Microsoft, Verisk, S&P Global et Intuit, entre autres. 

« Ces entreprises possèdent des données propriétaires auxquelles les applications d’IA externes n’ont tout simplement pas accès », explique-t-il. 

Réévaluation du risque lié à l’IA

Le secteur des logiciels a longtemps été l’un des plus populaires et des plus valorisés du marché boursier. Cette position est aujourd’hui remise en question, les investisseurs réévaluant la viabilité des modèles d’abonnement dans un monde où l’IA automatise les processus.

L’ETF iShares Expanded Tech-Software Sector a chuté de plus de 20 % cette année et d’environ 30 % par rapport à son pic de septembre 2025.

Ce repli reflète principalement une réévaluation de la terminal value — le multiple que les investisseurs attribuent aux gains à long terme – plutôt qu’une détérioration des fondamentaux actuels. « Lorsqu’on évalue une entreprise, les chiffres actuels semblent satisfaisants, explique M. van der Kroft. Mais qu’adviendra-t-il dans cinq ans ? Cette incertitude est déjà intégrée aux cours. » 

Oracle illustre ce décalage. L’action a chuté de 52 % depuis son pic de septembre, alors que le chiffre d’affaires a progressé de 22 % et l’infrastructure cloud de 84 %. L’action se négocie actuellement à environ 20 fois les bénéfices attendus, en dessous du niveau du S&P 500, tandis que les analystes prévoient une croissance annuelle du chiffre d’affaires de 35 % jusqu’en 2029. Chez RELX également, qui se négocie actuellement à environ 17 fois les bénéfices, M. van der Kroft constate une valorisation qu’il a rarement rencontrée au cours de sa carrière.

Achats sélectifs

Les investisseurs réagissent en affinant leur exposition. Jennison Associates évite les solutions SaaS sectorielles (logiciels verticaux) et les modèles de licences traditionnels, que la firme juge les plus vulnérables à l’IA. L’attention se porte plutôt sur les entreprises d’infrastructure et de sécurité telles que Cloudflare, CrowdStrike, Snowflake et Datadog.

Du côté du matériel, Jennison Associates entrevoit des opportunités chez les fabricants de machines pour semi-conducteurs comme Lam Research et ASML, ainsi que chez TSMC, où la capacité limitée et le manque de concurrence favorisent une forte pression sur les prix. Selon Jennison Associates, la demande en capacité d’IA est si forte que les entreprises maintiennent délibérément leur production en deçà de leur capacité maximale afin de préserver leur pouvoir de fixation des prix. D’après la société, cela témoigne d’une demande sous-jacente robuste.

Nuveen mise également sur les éditeurs de logiciels qui proposent des solutions personnalisées et bénéficient d’un avantage concurrentiel, expliqLaura Cooperue Laura Cooper, stratège en investissements mondiaux chez Nuveen, à Investment Officer. « Les entreprises dont les modèles sont standardisés sont les plus exposées. »

Goldman Sachs a élaboré une stratégie long/short suivant la même logique, avec des positions longues sur les entreprises confrontées à des coûts de changement élevés et à des barrières réglementaires, et des positions courtes sur les entreprises vulnérables à l’automatisation.

Environnement économique complexe

L’environnement macroéconomique complexifie encore la situation. Une analyse de Schroders montre que les valeurs technologiques ont historiquement sous-performé en période de stagflation, lorsque la croissance ralentit et que l’inflation reste élevée. La hausse des prix de l’énergie accroît la probabilité d’un tel scénario.

« Le marché américain se distingue par la forte pondération du secteur des technologies de l’information », explique Duncan Lamont, directeur de la recherche chez Schroders. L’Europe, davantage exposée aux secteurs manufacturier et des services publics, pourrait donc être relativement mieux positionnée.

Par ailleurs, les entreprises technologiques sont actuellement plus rentables et plus présentes à l’international que lors des cycles précédents, ce qui rend toute comparaison directe difficile, mais justifie rend la tendance d’autant plus pertinente.

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