Fin janvier, les propriétaires d’actifs représentant un capital total de 3700 milliards de dollars ont adressé un message clair à leurs gestionnaires d’actifs : il faut rester fidèle à l’objectif du net zéro. La demande de stratégie climatique de la part des investisseurs institutionnels en Europe ne faiblit pas.
En février, l’initiative Net Zero Asset Management a été relancée. Jean-Jacques Barbéris (Amundi) est membre du comité consultatif de cette initiative. S’adressant à Investment Officer, il a souligné que l’accent était mis sur le fait que l’initiative venait désormais des propriétaires d’actifs et non plus seulement des gestionnaires.
Plus de 40 propriétaires d’actifs, pour la plupart britanniques, scandinaves et français, ont adressé en décembre une lettre aux gestionnaires d’actifs pour leur faire part de leur « profonde inquiétude » face aux risques croissants et systémiques que le changement climatique fait peser sur l’économie mondiale, les marchés et leurs portefeuilles.
« Conformément à nos obligations fiduciaires envers nos clients et bénéficiaires, qui consistent à atténuer les risques financiers et à maximiser la valeur à long terme des actifs, nous demandons à nos partenaires d’investissement de s’assurer qu’ils sont équipés et engagés pour gérer ces risques de manière responsable et transparente en notre nom. […] Nous réitérons notre soutien à l’initiative Net Zero Asset Managers. »
Ce que veulent les propriétaires d’actifs
Pour M. Barbéris, la lettre montre « que la poursuite de la Net Zero Asset Management Initiative est ancrée dans les souhaits des propriétaires d’actifs […] ainsi que dans leurs efforts continus pour soutenir la transition », a déclaré M. Barbéris, qui est responsable des services aux clients institutionnels et aux entreprises et de l’ESG chez Amundi.
En janvier 2025, l’initiative était au point mort après le retrait de Blackrock, plusieurs années après que Vanguard a été le premier acteur majeur à se retirer. À l’époque, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde craignait que l’adhésion à la NZAM n’entraîne une « confusion » et ne déclenche des enquêtes judiciaires.
« Si vous investissez dans une compagnie d’assurance en tant que professionnel et que vous ne tenez pas compte de l’exposition de cette entreprise aux risques climatiques et de l’impact potentiel de ces risques sur sa valorisation, alors vous ne faites tout simplement pas votre travail et vous allez perdre de l’argent. »
Depuis sa relance officielle en février, l’initiative Net Zero Asset Management compte à nouveau plus de 250 gestionnaires d’actifs membres, dont des acteurs européens et asiatiques. Les parties américaines choisissent parfois de participer par l’intermédiaire de leurs filiales européennes, ce qui met en évidence l’écart croissant entre les deux marchés.
Des idéaux aux chiffres
M. Barbéris a suivi le dossier de près dès 2015, en tant que collaborateur du président français François Hollande lors de l’Accord de Paris sur le climat. Sa conclusion 10 ans plus tard : le climat est devenu politique parce qu’il constitue désormais un facteur économique majeur.
Il s’agit d’une réalité financière concrète, dit-il, en soulignant l’abondance de données, l’amélioration des modèles et le lien entre la transition énergétique et l’autonomie stratégique de l’Europe. « À l’époque de l’Accord de Paris, le secteur financier s’est intéressé à la question pour des raisons aspirationnelles, explique M. Barbéris. Aujourd’hui, nous ne parlons plus que de faits et de chiffres ».
« Si vous investissez dans une compagnie d’assurance en tant que professionnel et que vous ne tenez pas compte de l’exposition de cette entreprise aux risques climatiques et de l’impact potentiel de ces risques sur sa valorisation, alors vous ne faites tout simplement pas votre travail et vous allez perdre de l’argent », explique-t-il.
À l’inverse, les énergies renouvelables sont devenues rentables, contrairement à la situation de 2015. M. Barbéris cite l’exemple du Texas, qui est le deuxième investisseur mondial en matière d’énergies renouvelables après la Chine.
Ligne de fracture transatlantique
Selon M. Barbéris, le retour de bâton dont fait l’objet l’ESG et dont on parle beaucoup, est surtout un phénomène américain. En Europe et en Asie, la ligne reste intacte. Chez Amundi, rien n’a changé : les objectifs climatiques pour 2025 sont pleinement mis en œuvre et font l’objet d’un rapport lors de l’assemblée générale des actionnaires.
M. Barbéris estime que la divergence entre les États-Unis et l’Europe est structurelle. Néanmoins, il est difficile d’ignorer le marché américain, car il représente encore près de la moitié de la gestion d’actifs mondiale.
En Europe, la transition énergétique fait désormais partie de la politique industrielle et de la géopolitique. L’émergence de la Chine en tant qu’acteur dominant de l’ensemble de la chaîne électrique a accéléré ce processus.
Des investisseurs transparents et tournés vers l’avenir
Avec ce nouveau lancement, la NZAM s’éloigne de l’image d’un club informel sans engagement. L’initiative se concentre désormais sur la mise en œuvre, soit la question de savoir comment les objectifs climatiques sont réellement pris en compte dans les portefeuilles d’investissement. Cela signifie qu’il faut mettre davantage l’accent sur les méthodes de calcul, les données et la faisabilité pratique des plans. Les risques et les opportunités liés au climat devraient également être plus explicitement inclus dans les mandats et la responsabilité fiduciaire des gestionnaires d’actifs.
« Les gestionnaires d’actifs participant à l’initiative NZAM envoient un signal fort à leurs clients, aux organismes de réglementation et aux autres parties prenantes clés, indiquant qu’ils sont des investisseurs tournés vers l’avenir et transparents, engagés dans la gestion des risques et des opportunités financières liés au climat », a indiqué Rebecca Mikula-Wright, présidente du comité de pilotage de la NZAM, lors du relancement.
Selon M. Barbéris, la priorité est désormais de coopérer plus étroitement avec les propriétaires d’actifs, notamment pour fixer des objectifs pour la période 2025-2030. Les deux parties peuvent désormais « travailler main dans la main » à cet égard.
La NZAM entend également garantir des rapports plus comparables et clarifier les limites de la mise en œuvre des stratégies net zéro.
En outre, l’accent se déplace lentement de l’atténuation vers l’adaptation. De plus en plus de clients veulent savoir ce que l’adaptation au climat signifie pour leurs portefeuilles et quel rôle les marchés privés peuvent jouer à cet égard. Cette conversation n’en est qu’à ses débuts, mais elle prend rapidement de l’ampleur, selon M. Barbéris.
Amundi, avec environ 2 380 milliards d’euros sous gestion, est le plus grand gestionnaire d’actifs d’Europe.