La nervosité politique s’accroît autour de l’éventuelle victoire de la droite radicale aux élections présidentielles françaises d’avril 2027, car elle pourrait conduire à une remise en cause de l’intégration européenne. Toutefois, l’Investment Centre d’ING Belgique ne voit pas de raison de modifier sa politique d’investissement pour le moment.
Mercredi, les investisseurs se sont inquiétés d’un possible départ anticipé de Christine Lagarde de la Banque centrale européenne, à la suite d’un article paru dans le Financial Times affirmant que la présidente de la BCE serait disposée à se retirer plus tôt que prévu, pour permettre au président français Emmanuel Macron et au chancelier allemand Friedrich Merz de lui choisir un successeur avant l’élection présidentielle française.
Ce développement ne peut être dissocié des récents sondages dans lesquels la favorite du RN, Marine Le Pen, et en particulier son prince héritier Jordan Bardella, sont placés en situation favorable pour succéder à Emmanuel Macron qui ne peut plus se présenter. M. Bardella, âgé de 30 ans, est même en tête de plusieurs sondages.
Le Rassemblement National est un parti résolument nationaliste et eurosceptique. Selon le Financial Times, l’establishment européen s’inquiète de l’arrivée possible d’un président RN. Mme Lagarde a elle-même indiqué dans un commentaire qu’elle n’avait pas encore pris de décision concernant la fin de son mandat. Le média Politico avait déjà annoncé que M. Macron procédait à une série de nominations au niveau national pour contrecarrer un éventuel triomphe du RN.
Frexit ?
Les investisseurs doivent-ils tenir compte de la possibilité d’un président français anti-européen qui, dans des scénarios extrêmes, envisagerait que la France quitte l’Union européenne ou la zone euro ? Pour l’instant, l’Investment Centre d’ING Belgique ne s’inquiète pas d’un éventuel « Frexit ».
Vincent Juvyns, Chief investment strategist, avance deux raisons à cela. « Nous ne constatons aucun mouvement dans le spread de taux d’intérêt franco-allemand, il n’y a donc pas d’aversion au risque envers la France pour le moment », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. « Contrairement à ce qu’elle avait pu affirmer par le passé, Marine Le Pen ne dit plus qu’elle veut que la France sorte de la zone euro. Ainsi, même si le RN arrivait au pouvoir, nous n’aurions pas à craindre un Frexit. À court terme, il n’y a pas de risque sérieux de disparition de l’euro. »
« Il n’y a pas de risque sérieux de disparition de l’euro. »
Vincent Juvyns, Chief investment strategist ING Belgique
Selon l’Investment Centre de la banque orange, ce n’est pas moins mais plus d’intégration et de coopération européennes qui sont nécessaires pour stimuler la croissance économique dans l’UE. « Nous soutenons pleinement la volonté de l’UE de créer une union de l’épargne et de l’investissement (UEI) », ajoute-t-il. La société mère ING a récemment regroupé les Investment Offices de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg au sein d’un Global Investment Centre, qui acquiert ainsi de facto une empreinte européenne.
Réindustrialisation
Frédéric Degembe, le Chief investment officer d’ING, a également salué la volonté de l’Europe de se réinventer sur le plan industriel. Lors du sommet européen qui s’est tenu la semaine dernière à Anvers et Alden Biesen, les chefs d’État européens et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont promis de relancer l’unification des marchés de capitaux et de restaurer la compétitivité de l’industrie européenne en déclin.
« Il y a urgence à le faire », déclare M. Degembe. Il estime qu’il ne faut pas se laisser aveugler par les récentes hausses de cours des actions européennes. « Si les actions européennes se portent bien sur le marché aujourd’hui, c’est en raison de leurs valorisations attrayantes et non du dynamisme de l’Europe », explique-t-il.
« Si les actions européennes se portent bien sur le marché aujourd’hui, c’est en raison de leurs valorisations attrayantes et non du dynamisme de l’Europe. »
Frédéric Degembe, Chief investment officer, ING Belgique
M. Juvyns estime lui aussi qu’il convient de relativiser la hausse des actions européennes (le géant technologique néerlandais ASML a déjà progressé de 23 % cette année). « Il s’agit davantage d’un mouvement anti-technologie et anti-américain que de l’expression des bons résultats européens. »
Doutes sur l’Allemagne
Alors qu’un certain nombre d’experts financiers s’attendent à ce que la politique de relance de l’Allemagne donne un coup de fouet au reste de la zone euro, M. Juvyns est moins enthousiaste.
« Pour nous, l’Allemagne ne change pas la donne, contrairement à l’union de l’épargne et de l’investissement. L’Allemagne est peut-être déjà sortie de la récession, mais les problèmes n’ont pas disparu pour autant. Le nombre de chômeurs y a de nouveau franchi la barre des 3 millions de personnes, ce qui est révélateur. »
« Le problème fondamental de l’Allemagne reste son manque de compétitivité. Des investissements plus élevés dans la défense sont peut-être une bonne chose pour des entreprises individuelles comme Rheinmetall, mais augmentent-ils également la productivité globale de l’Allemagne ? Ceci est discutable. En outre, l’industrie automobile, qui est importante pour l’Allemagne, est également confrontée à des problèmes structurels, notamment la concurrence de la Chine. »