L’avantage fiscal pour les investissements dans les fonds de développement reconnus a été supprimé. En réponse, l’investisseur d’impact Alterfin, basé à Bruxelles, lance une nouvelle norme de transparence pour la finance d’impact : le human yield. « Le rendement social des fonds de développement doit être mieux quantifié », déclare le CEO Luc Cool.
Un fonds de développement finance des microcrédits aux entrepreneurs des pays en développement. Le gouvernement fédéral a décidé fin 2025 de supprimer rétroactivement les déductions fiscales pour ces fonds, tels qu’Incofin ou Alterfin, à partir du 1er janvier 2025. Auparavant, vous pouviez déduire 5 % du montant investi, jusqu’à un maximum de 340 euros, de vos impôts si vous déteniez l’investissement pendant au moins cinq ans. Les clients d’Alterfin voient donc leurs rendements réels diminuer.
Pourtant, M. Cool ne craint pas l’impact de ce changement. « L’intérêt pour les fonds de développement ne diminuera pas en raison de la suppression de la déductibilité fiscale, dit M. Cool. Nos investisseurs sont plutôt susceptibles d’être des personnes fortunées qui engagent consciemment leur capital dans l’impact social. La règle fiscale favorable était donc surtout un bonus. En outre, leurs investissements dans les fonds de développement ne représentent qu’une petite proportion de leurs actifs totaux, de sorte que l’impact financier est faible. »
Human yield
Face à la baisse des rendements financiers réels, Alterfin mise sur les rendements sociaux. « Nous voulons renforcer notre image en communiquant de manière plus transparente sur les rendements non financiers », explique M. Cool.
C’est pourquoi l’entreprise introduit maintenant le human yield, une approche qui rend visible le « rendement humain » des investissements grâce à une analyse étayée. Plus précisément, le human yield d’un projet ou d’un investissement est exprimé en « nombre de vies améliorées », dans différentes dimensions : le bien-être économique (augmentation des revenus), le bien-être familial (logement, accès à l’éducation ou aux soins de santé) et la résilience financière (augmentation de l’épargne).
« Nous allons nous entretenir avec les personnes concernées par le projet via des instituts de sondage, explique M. Cool. Un grand nombre de témoignages directs sont recueillis. Ces témoignages sont complétés par des questions à choix multiples ciblées. L’outil d’analyse de données Sensemaker synthétise les données et nous aide à identifier des modèles. »
Cependant, le calcul du rendement social n’est pas une tâche simple. « L’impact se manifeste de différentes manières, de l’amélioration des conditions de vie, comme l’accès à l’éducation ou aux soins de santé, à l’accroissement de la prospérité ou de la résilience, explique M. Cool. Sensemaker nous permet de respecter cette complexité tout en étant en mesure d’étayer nos conclusions par une approche fondée sur des données probantes. »
Photo : un projet agricole financé par Alterfin au Rwanda
Structure de frais élevée
Alterfin accorde des prêts aux PME en Asie, en Amérique latine et en Afrique, et se spécialise dans le financement de l’agriculture durable et la microfinance. En plus de ce financement, le fonds de développement basée à Bruxelles soutient également les partenaires par le biais d’une assistance technique. « Nous assistons les entreprises dans leurs opérations, leur comptabilité et leur recrutement. »
Les investisseurs quant à eux mettent une certaine somme d’argent à la disposition de la coopérative pour une période déterminée. Pour cela, ils reçoivent des dividendes et récupèrent leur mise à la fin de l’opération.
Ils doivent toutefois tenir compte du rendement financier plus faible des investissements d’impact tels qu’Alterfin. « Alors que l’on peut compter sur un rendement d’environ 5 % pour des placements ordinaires, nous essayons de garantir un dividende annuel de 1 %. Avec l’incitation financière aujourd’hui supprimée, ce rendement était plus élevé. »
Dans le vert depuis trente ans
« Les investisseurs d’impact ont de toute façon des coûts plus élevés que les fonds traditionnels », fait remarquer M. Cool. « Nous devons être sélectifs et minutieux pour minimiser nos risques, tout en maximisant l’impact social. » Le faible montant de l’investissement augmente encore le coût moyen.
Malgré un contexte financier difficile, Alterfin s’inscrit dans le vert presque chaque année. « En 30 ans d’existence, nous n’avons terminé qu’un exercice à perte, précise M. Cool. À ce jour, nous avons toujours été en mesure de rembourser le capital engagé. Nous utilisons des réserves de capital pour assurer la liquidité en cas de chocs majeurs. »
Outre le risque d’investissement classique et le risque de change, Alterfin doit également faire face aux risques liés aux marchés émergents. « Mais ces risques sont surestimés, affirme M. Cool. Grâce à nos 30 années d’expertise et à la diversification de nos investissements dans 30 pays différents, nous minimisons les principaux risques. De plus, nous anticipons rapidement les problèmes émergents grâce à notre personnel sur place et à un suivi mensuel. »
De l’ESG à l’impact
« À l’échelle mondiale, nous sommes à un tournant décisif où les investissements peuvent avoir un impact, affirme M. Cool. L’ESG est devenu un courant dominant après une évolution de 20 ans. Nous pouvons maintenant passer à l’étape suivante : des investissements non nuisibles aux investissements délibérément conçus pour avoir un impact mesurable. »
En cette période charnière, il espère que les professionnels de l’investissement lui accorderont plus d’attention. « Un nombre croissant d’investisseurs cherchent à compléter leur portefeuille traditionnel par des investissements d’impact ciblés qui produisent des résultats tangibles. »