Dirk De Munter - Goudmunter
Dirk De Munter - Goudmunter

Les récentes hausses du prix de l’or incitent les investisseurs à revoir leurs positions. Un entretien avec Dirk De Munter (un nom prémonitoire, puisque de munter signifie le monnayeur en flamand, NdT), fondateur de Goudmunter, sur le rôle de l’or physique aux côtés des ETF, et sur les compromis pratiques et stratégiques que cela implique. 

Goudmunter est un bureau de change d’or belge qui possède cinq succursales en Flandre orientale et occidentale, y compris à Gand et Knokke. Le mois dernier, l’entreprise a encore fait gagner de petits lingots d’or en collaboration avec le Casino de Knokke. Il s’agissait de lingots massifs de quelques grammes, répartis par tirage au sort entre les visiteurs du casino. « En le mettant littéralement entre les mains des gens, nous voulons montrer pourquoi l’or incarne depuis des siècles la valeur et la sécurité, particulièrement aujourd’hui », a déclaré l’organisation à l’occasion de cette action.

Selon le fondateur Dirk De Munter, le choix récent d’un bureau dans la station balnéaire mondaine n’était pas planifié stratégiquement. « Nous nous sommes retrouvés à Knokke par pur hasard, mais c’est une heureuse coïncidence : Knokke est l’une de nos agences les plus performantes ».

Augmentation de la demande

Après la forte hausse du prix de l’or et de l’argent en 2025, M. De Munter constate un net regain d’intérêt, notamment de la part des investisseurs particuliers. « Nous voyons beaucoup de gens qui souhaitent maintenant investir dans des pièces ou des lingots d’argent ». 

Pourtant, il ajoute aussitôt une réserve à ce sujet. « Je constate aujourd’hui que beaucoup de gens achètent encore de l’or, mais je me demande si c’est judicieux. Le prix de l’or était astronomique, la hausse était excessive ». 

Depuis le début de la guerre en Iran, le prix de l’or n’a cessé de fluctuer. Pour son propre portefeuille, il n’adopterait pas de position tranchée pour le moment. « Si je regarde mon propre portefeuille, je dirais plutôt qu’il faut conserver le métal jaune, pas le vendre ni l’acheter ». 

ETF ou or physique ?

Cela amène M. De Munter à la distinction fondamentale entre un investissement numérique et physique dans l’or. « Les ETF ont l’avantage de permettre une grande réactivité. On peut acheter et vendre très rapidement. Pour l’or physique, c’est différent, car il faut réellement se rendre dans un magasin ou chez un acheteur. Avec les ETF, on travaille presque toujours au prix au comptant. Avec l’or physique, il y a aussi des frais de traitement ». 

À l’inverse, il existe un autre type de certitude. « Il y a beaucoup plus d’or sur papier qu’il n’y a d’or physique. La question est alors : possédez-vous réellement de l’or ? ». Pour les investisseurs à long terme, il voit donc un choix clair. « Soit on travaille de manière numérique pour pouvoir agir vite, soit on achète de l’or physique et on le met de côté pour le long terme ».

Malgré la volatilité récente, M. De Munter considère toujours l’or comme une composante pertinente d’un portefeuille. « Je le considère également comme un investissement actif. Le prix de l’or s’est envolé ces dernières années. Si vous regardez cette courbe, elle est presque parabolique ». Son conseil reste un classique. « Je conseille aux gens de se diversifier. Prenez de l’or, mais aussi d’autres actifs ».

Un marché en mutation

Il ne prévoit pas un avenir rectiligne. « Je pense qu’il y aura d’abord une correction et qu’ensuite le prix repartira à la hausse ». Selon lui, les banques centrales constituent un moteur important. « De nombreux pays accumulent de l’or pour soutenir leur devise. C’est ce que fait la Chine en ce moment ». 

On disait autrefois : plus il y a de guerre et de misère, plus le prix de l’or est élevé. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Selon M. De Munter, le dollar est un facteur souvent sous-estimé. Comme l’or est coté mondialement en dollars, le taux de change a un impact direct sur les investisseurs européens. « On le ressent moins avec les ETF ou les actions, mais pour l’or physique, le dollar a une très grande influence ». Selon M. De Munter, le dollar influence aussi directement la formation des prix. « Si le dollar bouge fortement, par exemple, cela se voit immédiatement dans le cours de l’or ». 

En outre, il note que les mécanismes du marché eux-mêmes ont changé. « On disait autrefois : plus il y a de guerre et de misère, plus le prix de l’or est élevé. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. L’or réagit parfois un peu comme les actions ». Selon lui, la pression des liquidités joue un rôle à cet égard. « Les entreprises vendent aujourd’hui leurs actifs car elles ont besoin de liquidités. Cela pourrait faire baisser le prix de l’or ». 

Bijoux ou lingots d’or

Pour ceux qui choisissent l’or physique, la forme de l’investissement est cruciale. « Les bijoux ne sont pas un investissement », affirme M. De Munter catégoriquement. « Si vous achetez un bijou et que vous le revendez le lendemain, vous perdez facilement 60 % ». 

Le choix se porte alors sur les lingots ou les pièces. Ceux-ci ont chacun leurs propres caractéristiques. « Les lingots sont plutôt destinés aux montants plus importants. Mais il faut les vendre en un seul bloc. Les pièces offrent plus de souplesse. Si vous avez plusieurs pièces et que vous avez besoin d’argent, vous pouvez en vendre quelques-unes ». En revanche, le coût est plus élevé. « Sur les lingots, il y a généralement une marge bénéficiaire d’environ 1 %. Il en va tout autrement pour les pièces de monnaie, notamment parce qu’elles sont gradées (évaluation d’experts, ndlr) et les dommages entraînent des coûts supplémentaires ». 

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Coffre-fort ou domicile

L’une des principales différences avec l’or numérique est, bien entendu, le stockage. « Vous avez en fait trois possibilités, explique M. De Munter : la chambre forte d’une banque, le coffre-fort d’une entreprise spécialisée ou la conservation à domicile ». Chaque choix présente des avantages et des inconvénients. « Si vous conservez l’or chez vous et que vous le faites de manière sécurisée, alors il est chez vous et il est à vous », dit-il. « Mais si vous en parlez un peu trop, vous courez un risque ». Le stockage externe comporte d’autres incertitudes. « Si votre or se trouve auprès d’une entreprise et que celle-ci fait faillite, il se peut que vous deviez attendre un certain temps avant de pouvoir y accéder ».

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