De plus en plus de gestionnaires d’actifs belges indépendants, forts d’une approche originale, se font remarquer, malgré un environnement de marché toujours plus complexe. Waterloo Asset Management en fait partie. Selon Frédéric Steinkuhler, directeur des investissements du groupe, la taille relativement modeste de la société de gestion de fonds offre de nombreux avantages.
Waterloo AM a vu le jour en 2009, peu après la crise financière mondiale, et son siège social se situe dans la commune éponyme, en Brabant wallon. « La création de la société cette année-là n’était pas un hasard. Les fondateurs, alors banquiers privés au sein d’une grande institution financière belge, ont été confrontés aux vulnérabilités du modèle bancaire classique. La crise a mis en lumière la rapidité avec laquelle la liquidité pouvait se tarir et les conflits d’intérêts possibles entre les services internes et les clients », explique M. Steinkuhler.
Ils ont donc choisi de créer un gestionnaire d’actifs indépendant. « En aucun cas, les erreurs commises par l’institution financière elle-même ne doivent mettre en danger les clients. C’est ainsi que tout a commencé ». Ils se sont principalement inspirés des marchés britannique et suisse, où la demande pour ce type d’acteurs était déjà manifeste.
Pour M. Steinkuhler, le marché évolue clairement aujourd’hui vers ce modèle de gestionnaires d’actifs indépendants. « Après tout, les investisseurs recherchent de plus en plus la transparence, la maîtrise des coûts et des acteurs qui gèrent activement leurs actifs. »
« Nous considérons notre taille relativement modeste comme un atout stratégique. »
Le gestionnaire d’actifs enregistre une augmentation constante du nombre de ses clients et a pour ambition d’accélérer encore son développement dans les années à venir. Aujourd’hui, la société de gestion gère 500 millions d’euros d’actifs dans ses propres fonds et vise un milliard d’euros d’ici 2030.
M. Steinkuhler souligne que la priorité est donnée à une croissance maîtrisée. « Nous pourrions aller plus vite, mais une expansion trop rapide nuirait à la qualité de la gestion. »
Gestion discrétionnaire avec des fonds propres
Les activités de Waterloo AM reposent sur deux piliers : la gestion discrétionnaire d’actifs et les solutions d’investissement via des fonds propriétaires. « Au lieu d’un fonds phare unique, nous proposons une gamme de stratégies basées sur le profil des investisseurs au sein de notre portefeuille de fonds, adaptées à divers profils de risque, du plus prudent au plus dynamique. Cette approche nous permet d’aligner précisément les portefeuilles sur les objectifs et l’appétit pour le risque de nos clients, tout en réalisant des économies d’échelle grâce à la structure du fonds », explique le directeur des investissements du groupe.
M. Steinkuhler souligne que la qualité de la gestion a été reconnue à plusieurs reprises ces dernières années. « Plusieurs stratégies ont reçu la note de 5 étoiles de Morningstar, qui mesure la performance d’une stratégie par rapport au risque pris. Le prix décerné par De Tijd/L’Echo au fonds Waterloo Sicav Global Flexible constitue également une reconnaissance externe. »’
Conformité
Mais comment se démarquer en tant qu’acteur de taille plus modeste, surtout face à un durcissement constant de la réglementation ? Si cela représente un défi pour de nombreux acteurs, Waterloo AM considère la réglementation comme un élément structurel de son modèle économique.
« Dès sa création, des investissements importants ont été réalisés dans la conformité, le reporting et la gouvernance. Cette approche précoce porte ses fruits aujourd’hui, alors que la réglementation joue un rôle de plus en plus important dans la confiance des investisseurs. »
Selon le gestionnaire, la rigueur des régulateurs belges et luxembourgeois contribue également à la stabilité et à la crédibilité du système financier. « En ce sens, nous ne considérons pas la réglementation comme un frein à la croissance, mais comme une condition nécessaire au développement durable. »
Et dans un secteur où la taille est souvent perçue comme un avantage, Frédéric Steinkuhler renverse la perspective. « Nous considérons notre taille relativement modeste comme un atout stratégique. Elle nous permet de prendre des décisions plus rapidement, d’être plus sélectifs dans nos investissements et de nous concentrer sur nos convictions les plus fortes. Cette philosophie se traduit par une approche active et flexible, où les allocations sont ajustées dynamiquement en fonction des conditions de marché. De plus, le comité d’investissement a été volontairement limité, ce qui accroît la réactivité et rend les discussions internes plus efficaces. »
Allocation active
L’un des choix les plus marqués de Waterloo AM est sa priorité donnée aux actifs liquides. Les portefeuilles sont composés d’actions, d’obligations et de liquidités, complétés par des instruments cotés tels que les ETF. Les segments illiquides, comme le capital-investissement, sont délibérément évités. Selon M. Steinkuhler, ces actifs comportent des risques supplémentaires en matière de transparence, de valorisation et de liquidité : des facteurs difficiles à concilier avec une gestion souple et réactive.
« Nous ajustons constamment notre allocation en fonction des valorisations, du cycle économique et des risques identifiés. Aujourd’hui, avec des taux d’intérêt plus élevés et une volatilité accrue, il est indispensable d’être plus sélectif et dynamique qu’il y a dix ans. La diversification demeure cruciale, tant géographiquement que par classes d’actifs. De plus, la qualité doit toujours rester au cœur des préoccupations. »
La volatilité comme opportunité
Les marchés financiers actuels sont caractérisés par des tensions géopolitiques, des pressions inflationnistes et une incertitude quant à la politique monétaire. Cela engendre une volatilité accrue, mais selon M. Steinkuhler, il ne s’agit pas forcément d’un désavantage. Bien au contraire. « Nous évoluons dans un environnement plus volatil, mais pour un gérant actif, cela crée en réalité des opportunités. Tout repose sur la capacité à s’adapter rapidement et à ajuster ses portefeuilles en fonction des besoins. »
Selon lui, c’est précisément là que réside la valeur ajoutée d’un acteur plus petit et agile. Les développements géopolitiques sont suivis de près, mais selon lui, ils restent avant tout un facteur de court terme. « Ils influencent les marchés à court terme, mais rarement à long terme. Nous les intégrons à notre analyse, sans pour autant perdre notre rigueur. »
À plus long terme, les fondamentaux restent primordiaux. « En fin de compte, ce sont la croissance économique et les bénéfices des entreprises qui déterminent l’orientation du marché. » Pour les investisseurs, le message demeure donc inchangé. « Avant tout, restez investis et adoptez une approche disciplinée. Les erreurs les plus coûteuses sont souvent des décisions impulsives, dictées par la volatilité », conclut-il.