Alors que les avoirs des Allemands fortunés augmentent fortement, les banques privées traditionnelles sont à la traîne, sous l’effet combiné d’une dépendance à l’égard des revenus d’intérêts et d’une culture de l’épargne qui décourage l’investissement.
Les actifs sous gestion des banques privées allemandes traditionnelles ont progressé d’environ 3 % par an au cours des cinq dernières années, selon les calculs publiés en décembre par le cabinet Zeb dans son étude Private Banking Study Germany 2025, basée sur un échantillon de treize institutions allemandes. Ces dernières années, les revenus des banques ont été fortement tirés par les intérêts perçus sur les dépôts. Cette source de revenus s’essoufflera lorsque les taux d’intérêt se normaliseront, prévient l’étude de Zeb.
Dans le même temps, le taux d’enrichissement des Allemands les plus riches s’accélère. Les ménages appartenant au segment de la banque privée et de la gestion de patrimoine, sur la base de leurs actifs, possédaient un patrimoine combiné de 6500 milliards d’euros à la fin de 2024. Cela représente une croissance de 8,6 % par rapport à l’année précédente.
Bien que ces deux segments de clientèle représentent ensemble moins de 2 % de l’ensemble des ménages privés en Allemagne, Zeb estime que « cette part apparemment minime du gâteau est très prometteuse » pour les banques. Le nombre de ménages relevant de la banque privée et de la gestion de patrimoine a augmenté de 11 % en 2024 par rapport à l’année précédente, tandis que les segments affluent banking et retail banking ont stagné cette année-là.
Cette croissance attire la concurrence. Zeb parle d’un « marché hautement concurrentiel » axé sur le top-level-wealth management et les high net worth individuals (HNWI’s). Ce sont surtout les banques étrangères et, de plus en plus, les grandes banques qui se concentrent sur ces segments, note Zeb. Les banques régionales mettent également en place des services de banque privée en tant qu’activité distincte et les déploient dans toute la région. Elles servent principalement les segments inférieur et moyen de la banque privée et tirent profit de leurs relations à long terme avec leur clientèle d’entreprises et de particuliers.
Épargne
Le rapport ne précise pas où se trouvent les actifs que les Allemands les plus riches possèdent mais qu’ils ne déposent pas dans des banques privées. Cependant, on sait que les ménages allemands détiennent une grande partie de leurs actifs sous forme d’épargne et de dépôts, ce qui explique pourquoi le modèle de revenus des banques allemandes est resté si fortement dépendant des revenus d’intérêts.
Selon l’agence Reuters, les ménages allemands conservent en moyenne plus de 40 % de leurs actifs sous forme de liquidités ou de dépôts bancaires. Seuls 14 % des actifs sont investis, a indiqué l’agence de presse en décembre. D’après les chiffres d’Eurostat publiés en octobre, le ménage européen moyen investit près de 37 % de son patrimoine en actions et en fonds d’investissement.
« À mon avis, les retraites constituent la plus grande problématique sociale des deux prochaines générations. »
Christian Pellis, CEO Amundi Allemagne
Dans un entretien accordé à Investment Officer à l’automne 2025, Christian Pellis, CEO d’Amundi Allemagne, a souligné à quel point la culture de l’épargne est profondément ancrée en Allemagne, et que le passage de l’épargne à l’investissement est tout sauf naturel dans ce pays. Selon lui, cela s’explique en partie par le fait que l’Allemagne est l’un des rares pays européens où il n’existe pas encore de réduction d’impôt pour les investissements en vue de la retraite.
Les gens se soucient bien de leurs vieux jours, a souligné M. Pellis, mais ils épargnent pour leur retraite plutôt que d’investir. « Alors qu’investir à long terme serait plus avantageux pour leur retraite ». Ce serait également plus avantageux pour l’économie allemande, a indiqué M. Pellis, évoquant le programme d’investissement de 500 milliards d’euros présenté par le gouvernement en 2025, qui sera en partie financé par des prêts. « Cela nécessite des capitaux privés – les gens doivent donc faire fructifier leur argent au lieu de le laisser sur des comptes d’épargne. Dans le même temps, le premier pilier, le système de pension étatique, doit être subventionné par le budget fédéral à hauteur de bien plus de 100 milliards d’euros par an. »
Le gouvernement allemand devra s’attaquer au problème des retraites, conclut M. Pellis, et décider de ce qu’il convient de faire avec les deuxième et troisième piliers. « Je pense que cela doit rester simple. Les gens doivent pouvoir comprendre. Il doit aussi y avoir un avantage fiscal, car on sait que cela fonctionne. On le voit en France, l’investissement en vue de la retraite y est fiscalement avantageux. Il en va de même au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Si l’Allemagne fait de même, cela encouragera davantage de personnes non seulement à épargner, mais aussi à investir. »
En fin de compte, cela aiderait également le secteur de la gestion d’actifs, reconnaît M. Pellis. « Les banques en bénéficieraient aussi, parce que les gens ont besoin de conseils. […] « Certains se tourneront vers les banques en ligne et organiseront tout eux-mêmes, tandis que d’autres se laisseront inspirer par des influenceurs ou chercheront des informations en ligne. D’autres encore préfèrent bénéficier des conseils personnalisés d’un conseiller bancaire. Tel est le scénario de croissance pour les gestionnaires d’actifs et les banques dans les années à venir. À mon avis, les retraites constituent la plus grande problématique sociale des deux prochaines générations. »