Credit: PiggyBank / Unsplash
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La montée des plateformes numériques redirige progressivement les flux d’investissement en Europe. Ce basculement modifie les points d’accès aux marchés et renforce le rôle de produits standardisés comme les ETF dans la construction de portefeuille.

La distribution de fonds en Europe connaît une transformation discrète mais profonde. Les plateformes numériques captent progressivement des flux qui transitaient historiquement par les banques et les réseaux traditionnels, obligeant les sociétés de gestion à repenser leur accès aux investisseurs. Cette évolution ne se limite pas aux circuits de distribution. Elle influence la direction des flux, les produits privilégiés et, in fine, la construction des portefeuilles.

« Nous observons un basculement clair des flux retail vers les plateformes numériques », écrit Julius Weller, VP Broker chez Scalable Capital, en réponse à une question d’Investment Officer. Selon lui, cette dynamique repose sur un accès simplifié aux marchés, une montée en puissance de l’éducation financière et l’essor de produits standardisés et peu coûteux.

Les ETF se trouvent au cœur de ce mouvement, une tendance également observée sur les plateformes numériques. Sur celle de Scalable Capital, ces produits représentent environ 70 % des encours, illustrant une préférence croissante pour des solutions transparentes, liquides et adaptées à une distribution numérique. Les plans d’investissement programmés gagnent également du terrain, redirigeant des flux auparavant orientés vers des produits d’épargne traditionnels.

Déplacement du pouvoir dans la chaîne de distribution

Pour Bruno Poulin, CEO d’Ossiam, interrogé en marge du Natixis IM Media Summit à Paris, les plateformes ne constituent plus un canal marginal. Selon ce dernier, elles captent désormais une part croissante des flux auparavant dirigés vers les dépôts bancaires ou les fonds traditionnels, accélérant une réallocation structurelle de l’épargne. Des acteurs comme Trade Republic revendiquent déjà plusieurs millions de clients en Europe, illustrant l’ampleur du mouvement.

Les plateformes s’imposent ainsi comme des points de passage incontournables. Elles contrôlent la relation client et influencent de plus en plus l’orientation des flux d’investissement, un basculement que les acteurs sectoriels ont, selon Bruno Poulin, sous-estimé dans un premier temps.

Pression sur les prix

Cette évolution se traduit directement dans les modèles économiques. La montée en puissance des plateformes intensifie la pression sur les prix, dans un environnement où les volumes deviennent déterminants pour préserver les marges. Les ETF, déjà centraux dans la construction de portefeuille, renforcent encore leur position à mesure que les sociétés de gestion adaptent leur offre à une distribution plus numérisée et plus sensible aux coûts.

Pour les investisseurs professionnels, cette transformation implique une évolution des canaux d’accès aux produits et une standardisation accrue de certaines briques d’allocation, en particulier sur les expositions cœur de portefeuille. Face à cette recomposition, les grands acteurs de la gestion d’actifs privilégient une lecture plus nuancée. Il ne s’agit pas uniquement d’une perte de contrôle, mais d’une redéfinition des rôles.

Partenariat et non opposition

« Nous considérons les plateformes numériques comme de véritables partenaires », souligne Gaëtan Delculée, Global head of ETF, indexing and smart beta sales chez Amundi, dans une réponse écrite adressée à Investment Officer. Il observe que les modèles les plus efficaces reposent sur une logique de complémentarité : aux plateformes la distribution et l’expérience client, aux sociétés de gestion l’expertise d’investissement et la structuration des produits.

Cette transformation se traduit déjà dans la conception des offres, souligne Amundi, avec un accent accru sur des solutions simples, standardisées et facilement distribuables – qu’il s’agisse d’ETF, de portefeuilles modèles ou d’autres formats adaptés à des parcours d’investissement numérisés. Les partenariats avec les plateformes deviennent, dans ce cadre, un levier central des stratégies de distribution. Le paysage qui en résulte est plus fragmenté, mais aussi plus dynamique, avec la coexistence de modèles traditionnels et de canaux numériques en forte croissance.

L’Europe reste en retrait par rapport aux États-Unis, notamment en matière de profondeur de marché et de pénétration des ETF. La trajectoire apparaît toutefois similaire. Ce qui relevait encore récemment d’une évolution progressive s’accélère désormais. Pour les sociétés de gestion, l’enjeu n’est plus de savoir si elles doivent s’adapter, mais à quelle vitesse elles peuvent se repositionner dans un modèle de distribution de plus en plus structuré par les plateformes.

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