Avec une première levée de fonds de 22 millions d’euros pour son dernier fonds, Syndicate One confirme sa place dans l’écosystème belge du capital-risque. Le fonds d’investissement axé sur les réseaux entend soutenir la prochaine génération d’entrepreneurs tech tout en visant des rendements classiques en matière de capital-risque.
« À l’origine de notre idée figure une frustration », explique Arnaud Bakker, responsable des investissements chez Syndicate One. Avec le fondateur Laurens De Poorter, il travaillait dans le domaine du capital-risque à Londres lorsque le projet a vu le jour. « Nous avons remarqué que les investisseurs étrangers ne s’intéressaient pas beaucoup à la Belgique. De plus, les investisseurs locaux avaient souvent une vision plutôt traditionnelle et réticente au risque du capital-risque. »
Selon M. Bakker, cela contrastait avec ce qu’ils voyaient au niveau international. « La Belgique dispose de capitaux et de talents considérables. Les ingrédients sont là. Seulement, l’écosystème n’était pas suffisamment connecté. »
Sur le modèle de la Paypal Mafia
Avec un groupe d’entrepreneurs partageant les mêmes idées, ils ont commencé à chercher des solutions inspirées des réseaux de réussite de la Silicon Valley.
« Nous avons étudié des modèles tels que la Paypal Mafia » explique M. Bakker. « Des entrepreneurs qui ont réussi et qui réinvestissent ensuite dans de nouvelles générations de fondateurs. Nous nous demandés comment nous pouvions créer un tel cercle vertueux pour la Belgique. »
La première étape en 2022 a consisté à réunir un petit groupe d’entrepreneurs, d’opérateurs et d’investisseurs. « Nous avons commencé avec 32 personnes issues du monde de la tech belge. Tout le monde a mis 25 000 euros dans un pot commun. Il s’agissait en fait du premier fonds. »
Ce groupe a rassemblé non seulement des capitaux, mais aussi de l’expérience et des réseaux. « L’idée était d’utiliser notre expérience collective et notre réseau pour soutenir la prochaine génération de fondateurs belges. »
Récemment, Syndicate One a levé 22 millions d’euros supplémentaires pour son dernier fonds. Pour l’ensemble des trois fonds, cela porte le capital levé à près de 30 millions d’euros ; la holding cotée Sofina et plusieurs fonds publics figurent notamment parmi les investisseurs institutionnels.
Du capital belge pour des sociétés technologiques belges
L’objectif d’investissement est clair : des sociétés technologiques ayant un lien avec la Belgique. « Nous investissons dans des entrepreneurs belges, où qu’ils soient, ou dans des entreprises fondées en Belgique, explique M. Bakker. Il s’agit vraiment d’un capital belge pour des fondateurs belges. » Le fonds se concentre sur les acteurs de la tech en phase de démarrage et qui ont un potentiel de développement à grande échelle.
Le portefeuille comprend Aikido Security, Techwolf, Conveo, Donna et Cosmic Aerospace. Deux des premiers investissements – Aikido Security et Fundamental – ont entre-temps déjà atteint le statut de licorne (valorisation supérieure à 1 milliard de dollars). Selon M. Bakker, cela montre que le modèle fonctionne.
« Nous avons été l’un des premiers investisseurs institutionnels dans Aikido et Fundamental. Cela contribue évidemment à des rendements élevés pour le fonds. »
Photo : les jeunes fondateurs d’Aikido, acteur gantois de la cybersécurité
Rendement et écosystème
Pour les investisseurs, Syndicate One est plus qu’un fonds de capital-risque classique. De nombreux investisseurs sont eux-mêmes des entrepreneurs technologiques, avec des noms tels que Stijn Christiaens (Collibra), Matthias Geeroms (Lighthouse) et Andreas De Neve (Techwolf).
Selon M. Bakker, il s’agit d’une décision délibérée : le fait de réunir des fondateurs ayant réussi renforce visiblement le réseau autour du fonds. Il estime que les investisseurs interviennent à la fois pour des raisons financières et pour des raisons d’écosystème. « Certains sont davantage axés sur le rendement, d’autres donnent la priorité à l’écosystème. Mais l’un ne va pas sans l’autre. »
Le fonds compte également sur la participation des investisseurs. « Par exemple, nous organisons deux fois par an un sommet réunissant investisseurs et fondateurs. Si nous avons besoin d’une expertise spécifique pour un investissement, nous voulons aussi pouvoir nous tourner vers nos investisseurs. »
Selon M. Bakker, le capital et le réseau se renforcent mutuellement. « Le capital soutient les start-ups, mais le réseau renforce l’écosystème. Et cet écosystème crée en fin de compte de meilleures entreprises. »
Capital institutionnel et fondateurs
La base d’investisseurs est constituée d’un mélange d’acteurs institutionnels et d’entrepreneurs technologiques. Les deux groupes jouent des rôles complémentaires, selon M. Bakker. Les investisseurs institutionnels tels que Sofina ou les sociétés d’investissement public contribuent à l’évolution du fonds. « Lorsqu’un acteur comme Sofina intervient, il envoie également un signal important aux autres investisseurs. Cela permet d’instaurer la confiance. »
Les investisseurs entrepreneuriaux, quant à eux, apportent une connaissance opérationnelle et un flux de transactions. « Les fondateurs s’impliquent tous les jours dans des aspects concrets. Ils repèrent souvent plus rapidement les nouvelles tendances ou les équipes intéressantes. Ils nous proposent régulièrement des entrepreneurs ou nous aident à évaluer une technologie ou un modèle d’entreprise. »
Le réseau, une machine à conclure des accords
Le réseau d’entrepreneurs est au cœur du modèle d’investissement, selon M. Bakker. « Le réseau est tout pour nous. Par conséquent, nous voyons presque tous les accords pertinents en matière de technologies en Belgique. Et comme nous disposons de ce réseau, nous pouvons également remporter des marchés concurrentiels. »
Cela aide également les entreprises du portefeuille. « Nos fondateurs peuvent toujours se tourner vers d’autres entrepreneurs pour obtenir des conseils, par exemple en matière de développement de produits, de mise sur le marché ou d’expansion internationale. » Cela se traduit-il automatiquement par une croissance plus rapide ou de meilleures sorties ? M. Bakker n’apporte pas de réponse tranchée : « C’est possible, mais ce n’est pas garanti. Ce qu’il fait, c’est donner aux fondateurs l’accès aux bonnes personnes au bon moment. »
Le capital-risque reste un engagement à long terme
Pour les investisseurs, le capital-risque reste un jeu à long terme. Syndicate One communique un horizon d’investissement de 10 ans, avec la possibilité de le prolonger de deux ans. « Il s’agit d’une classe d’actifs à haut risque, déclare M. Bakker. Les investisseurs doivent être réalistes : il faut beaucoup de temps pour obtenir des résultats significatifs. »
« Il s’agit d’une classe d’actifs à haut risque. Les investisseurs doivent être réalistes : il faut beaucoup de temps pour obtenir des résultats significatifs. »
Arnaud Bakker (Syndicate One)
Le fonds vise un rendement d’environ trois fois le capital investi. « Le premier fonds dépasse largement cette performance, mais nous ne faisons aucune promesse », explique M. Bakker. Dans le portefeuille modèle, par exemple, Syndicate One suppose qu’environ 60 % des entreprises font faillite. « Il y aura peut-être 25 à 35 % des entreprises qui contribueront aux rendements du fonds. En fin de compte, ce ne sont souvent que quelques cas individuels qui font la différence. »
« Pour un fonds d’environ 25 millions d’euros, cette dynamique diffère de celle des fonds de plus grande envergure. Pour nous, une sortie de 10 millions d’euros peut déjà avoir un impact important sur le fonds. Pour un fonds de 250 millions, c’est négligeable. »
Accès aux offres
Une question classique pour les fonds de capital-risque belges est de savoir si le flux d’opérations est suffisant sur un marché relativement petit. Selon M. Bakker, ce problème est moins important aujourd’hui qu’il ne l’était auparavant. « Ces dernières années, la Belgique a rattrapé son retard en matière de start-ups technologiques. »
Selon lui, le nombre d’opportunités est important. « Le problème n’est pas l’absence de flux d’affaires. Le défi consiste à trouver les bonnes équipes et à s’impliquer suffisamment tôt. »
Les business angels et les family offices se demandent souvent pourquoi ils devraient investir par l’intermédiaire d’un fonds plutôt que directement dans des entreprises en phase de démarrage. Selon M. Bakker, la réponse se situe principalement au niveau de l’accès. « Les meilleurs entrepreneurs choisissent leurs investisseurs non pas en fonction du capital, mais en fonction du réseau et de la valeur ajoutée. Un business angel seul peut difficilement avoir le même impact qu’un réseau de fondateurs et d’investisseurs expérimentés. »
« Notre valeur ajoutée réside dans la taille de notre réseau et l’expérience collective de nos investisseurs. Cela permet aux fondateurs d’avoir accès à une expertise et à des contacts qu’ils n’auraient peut-être pas eus autrement. »
Ce modèle de réseau commence visiblement à porter ses fruits, selon M. Bakker. « De nombreux fondateurs dans lesquels nous avons investi par le passé investissent eux-mêmes dans le fonds aujourd’hui. Ce qui a commencé comme un petit groupe d’entrepreneurs est devenu un réseau où les fondateurs, les opérateurs et les investisseurs se renforcent mutuellement. C’est exactement le cercle vertueux que nous voulions construire dès le départ. »