L’incertitude croissante sur les marchés financiers pousse les investisseurs des catégories à haut risque vers les valeurs refuge. Les chiffres de Morningstar relatifs aux sorties de fonds pour le premier semestre 2019 mettent en lumière les classes d’actifs délaissées par les investisseurs et les sociétés de fonds qui souffrent le plus.
Compte tenu du pessimisme croissant à l’égard de la croissance économique mondiale, largement alimenté par l’incertitude politique, d’importantes sorties de capitaux ont été enregistrées dans les catégories d’investissement à haut risque au cours du premier semestre de l’année. Au total, 44,9 milliards d’euros sont sortis des fonds d’actions au cours du premier semestre 2019, soit la plus forte décollecte semestrielle depuis juin 2016.
Une autre catégorie d’actifs durement touchée est celle des placements alternatifs. Il s’agit notamment de stratégies telles que relative value arbitrage, long/short equity of multistrategy. Au total, près de 37 milliards d’euros de la classe d’actifs Alternatives ont été mis en vente. Si l’on considère les fonds d’investissement relevant de cette classe d’actifs, deux stratégies en particulier se distinguent.
GARS
Le fonds qui s’est le plus démarqué est l’ASI Global Absolute Return Strategies Fund, qui a reçu une notation neutre. Le lead manager Guy Stern a indiqué en décembre qu’il prendra sa pension cette année et sera remplacé par Aymeric Forest, moins connu quant à lui. Outre le départ de Stern, d’autres changements ont eu lieu au sommet. En raison de toutes ces mutations, le fonds a perdu plus de 4,2 milliards d’euros d’actifs au cours de la première partie de l’année.
Le deuxième fonds, très médiatisé, a valu de nombreux tourments à ses investisseurs finaux. Il s’agit du macro fonds mondial H2O Allegro, dont la notation Morningstar a été abaissée à neutre le 27 juin en raison de préoccupations concernant l’exposition aux obligations illiquides et risquées liées à l’entrepreneur allemand controversé Lars Windhorst. H2O Adagio est un autre fonds de l’écurie de H2O Asset Management, soutenu par Natixis. Au total, ce sont plus de 3 milliards d’euros qui ont quitté ces deux fonds au cours du premier semestre de cette année.
L’affaire H2O a durement frappé Natixis : avec plus de 6,5 milliards d’euros sur le mois écoulé et 4,8 milliards d’euros sur le dernier trimestre, la société de fonds a connu la plus forte décollecte parmi les gestionnaires actifs. À elle seule, la filiale londonienne H20 Asset Management représente déjà 6,6 milliards d’euros de décollecte. Il n’est dès lors pas surprenant que le mois de juin ait été pour ce gestionnaire d’actifs français le pire mois de son histoire en termes de sortie de capitaux.
Large-caps européennes
L’énorme décollecte de près de 45 milliards d’euros montre clairement que les tensions politiques ont également touché les actions large cap européennes. Avec plus de 25 milliards d’euros, nous avons connu au premier trimestre 2019 la plus forte décollecte de ces dix dernières années. Il est frappant de constater que la majorité des sorties de capitaux sont imputables aux fonds d’investissement actifs. Avec une décollecte totale de 1,7 milliard d’euros, le fonds Schroders ISF Euro Equity décroche la palme, tandis que Caixebank Bolsa Gestion Euro occupe la deuxième position avec une décollecte de 1 milliard d’euros.
Du côté passif, CSIF Equity Europe ex CH Blue ETF a enregistré une décollecte de 1,3 milliard d’euros sur le premier semestre de cette année. De manière caractéristique, la majeure partie de ces sorties de capitaux a eu lieu en janvier dernier, avec une perte totale de plus de 1,1 milliard d’euros. Il s’agit de la plus importante décollecte de cet ETF depuis son lancement en 2009. Les ETF n’ont affiché des sorties de fonds que pour les mois de février et mars. Les gestionnaires actifs n’ont pas encore été en mesure d’enregistrer des afflux positifs pour la catégorie des actions large cap européennes au cours du premier semestre de l’année.
Carmignac
Au niveau des fonds, si nous considérons les gestionnaires d’actifs les plus touchés au premier semestre 2019, nous arrivons au top 5 suivant sur la base des sorties nettes. À cet égard, nous combinons les flux pour la gestion active et passive. Carmignac (photo) se trouve en tête de liste avec une décollecte de près de 7 milliards d’euros dans ses fonds. Il est frappant de constater qu’au cours des six premiers mois de l’année, près d’un milliard d’euros par mois d’actifs sous gestion ont structurellement quitté la société de gestion française.
En deuxième position, nous trouvons également un gestionnaire de fonds français, BNP Paribas AM. Cette société de fonds a enregistré une décollecte de plus de 6 milliards d’euros, dont la part du lion revient à BNP Paribas Signature. Ce fonds investit 80 % de ses actifs sur le marché monétaire et a enregistré une sortie de capitaux de plus de 4,2 milliards d’euros.

Standard Life se classe en troisième position, avec une décollecte de 5,7 milliards d’euros. Celle-ci se produit principalement dans la catégorie Multi Alternative, qui n’a pas connu d’afflux mensuel positif depuis avril 2016. C’est en novembre 2018 que la décollecte a été la plus élevée, avec une perte de plus de 2,4 milliards d’euros sur une base mensuelle pour cette catégorie.