
Alors que les marchés boursiers américains peinent à se stabiliser après la chute de la semaine dernière, les investisseurs se montrent de plus en plus nerveux. De Wall Street à Main Street, les incertitudes liées à l’inflation, aux droits de douane et aux politiques erratiques provoquent des remous. Les gestionnaires de fonds du Benelux restent remarquablement calmes, bien qu’ils courent les mêmes risques que leurs homologues américains.
La panique de la semaine dernière a mis les nerfs des investisseurs américains à rude épreuve, montrant à quel point la confiance est ténue. Les craintes suscitées par les politiques du président Trump en matière de droits de douane sur les importations et leur impact sur l’économie et l’emploi ont tiré les cours vers le bas.
Le S&P500 entre en phase de correction. L’indice Greed & Fear de CNN se situe dans la zone de « peur extrême » et les spreads des obligations d’entreprises américaines continuent de se creuser – autant de signes d’une tension croissante sur les marchés financiers.
Survie
Le flux constant de messages de Donald Trump sur les médias sociaux (parfois plus d’une centaine par jour) n’améliore pas la situation. Un éminent gestionnaire de positions à effet de levier sur des actions américaines basé à New York déclare à Investment Officer qu’il essaie simplement de « survivre au flot de tweets de M. Trump ».
Son fonds doit ajuster les risques plusieurs fois par jour en raison du mode de communication impulsif de la Maison Blanche, les investisseurs s’efforçant d’opérer une distinction entre les indications de politique générale et les querelles politiques.
Pendant ce temps, l’inflation percole toujours davantage le quotidien, au grand dam des consommateurs qui remplissent leur caddie chez Trader Joe’s et Whole Foods. Près des trois quarts des Américains s’inquiètent de l’impact des droits de douane sur les importations. Le mot « récession » est désormais l’un des plus recherchés sur Google.
« Ne pas jouer aux héros »
Les gestionnaires de fonds néerlandais gardent leur calme. Chez Aegon AM, à La Haye, Jordy Hermanns souligne que le sentiment à court terme est plus déterminant que les évènements économiques. « On pourrait penser que l’impact économique réel serait décisif, mais pour l’instant, le facteur psychologique prime », déclare-t-il. Selon lui, la hausse continue des cours avait tellement fait grimper les valorisations qu’une correction était attendue.
Son collègue Jakob Vijverberg, responsable de l’allocation d’actifs, reconnaît que les marchés sont difficiles à prévoir, mais il souligne depuis son bureau de Rotterdam que les investisseurs expérimentés sont habitués aux fluctuations. « Nous essayons de voir clair dans cette confusion, mais nous n’y parviendrons probablement jamais complètement », déclare-t-il. Il pense que l’effet à long terme de la politique commerciale de M. Trump est moins préjudiciable que les craintes à court terme ne le laissent penser.
Chez Achmea IM, Raymond Verstraelen rappelle aux investisseurs l’importance de la discipline en période de turbulences. « Restez calme et respectez le processus, explique-t-il depuis Zeist. Ce n’est pas le moment de jouer aux héros ». En même temps, il ajoute que « la volatilité crée aussi des opportunités ». Il note que les investisseurs d’aujourd’hui ne peuvent plus rester les bras croisés et attendre. « Chaque jour, il s’agit de rester attentif : qui a dit quoi, et quel impact cela a-t-il ? »
Donald Trump fidèle à lui-même
Certains ont toutefois du mal à rester calmes. Sur Wall Street Oasis, un forum en ligne destiné aux professionnels de la finance, un analyste de fonds spéculatif a admis souffrir de « crises de panique » et de manque de sommeil en raison des récentes fluctuations du marché. Si certains membres du forum considèrent que les turbulences font partie du jeu, d’autres font remarquer qu’à cause du comportement erratique des marchés, il est difficile pour les investisseurs de rester rationnels, même pour les plus expérimentés.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, tente également de calmer les esprits. Dimanche dernier, dans le studio de l’émission Meet the Press, sur la chaîne NBC, il a affirmé que « les marchés qui ne font qu’augmenter sont beaucoup plus inquiétants ». Il a également qualifié la vague de ventes de « saine et normale ».
Le conseiller de M. Trump, Kevin Hassett, prévoit quant à lui plus de clarté lorsque la Maison Blanche introduira le nouveau système de droits de douane le mois prochain. Donald Trump lui-même appelle à la confiance sur Truth Social : « Let Trump be Trump on the economy. »
Les corrections sont-elles susceptibles de se poursuivre ?
Jakob Vijverberg ne voit pas de points d’entrée intéressants pour l’instant. « Les actions ne sont pas encore suffisamment décotées pour être vraiment attractives. En raison de la vigueur du dollar, les actions mondiales restent relativement chères », note-t-il. Il souligne à quel point le climat politique est difficile à prévoir. « La logique qui sous-tend certains mouvements du marché est désormais difficile à comprendre. »
Il relativise toutefois la gravité de la crise actuelle. « Nous avons déjà traversé des périodes difficiles : le Covid, la crise financière, la crise de l’euro. Ce que nous voyons aujourd’hui est bien peu de chose par rapport à ces évènements ». Il prévient que l’incertitude persistante pourrait finir par peser sur la confiance et l’investissement des entreprises, même s’il estime qu’une véritable récession aux États-Unis n’est pas encore probable.