Le prix du baril de pétrole brut a dépassé la barre des 100 dollars en raison de l’aggravation de la situation au Moyen-Orient. Un petit prix à payer, selon le président américain. Je soupçonne toutefois M. Trump de regarder par le petit bout de la lorgnette pour évaluer le coût réel de cette nouvelle intervention militaire – pour autant qu’il s’en soucie.
Je crois régulièrement déceler une part de stratégie dans les actions de M. Trump. Que cette stratégie soit toujours judicieuse est un autre débat, mais face aux développements en Iran, je me demande tout de même quel est l’objectif global qu’il cherche à atteindre.
Naturellement, on dira que c’est la nécessité d’éliminer l’Iran en tant que (future) puissance nucléaire. De toute façon, dans le cadre de la nouvelle stratégie de sécurité nationale, il suffit de peu de chose pour être étiqueté comme une menace par les États-Unis.
Cela n’enlève rien au fait que les belles paroles d’avant la guerre, expliquant comment les Iraniens pourraient enfin reprendre possession de leur propre pays, ne se font plus entendre depuis un certain temps. Notamment parce que ces mêmes Iraniens espèrent, depuis près de deux semaines déjà, qu’un missile égaré ne s’écrasera pas sur leur quartier. Il est difficile de « se soulever » et de « se battre pour ses droits » quand les drones vrombissent en masse au-dessus de vos têtes.

Prix élevé
Le but ici n’est pas de peser le sens ou l’absurdité de cette guerre. Je me concentre sur la remarque de Donald Trump affirmant qu’un prix du pétrole plus élevé est un prix dérisoire à acquitter. C’est, à mon sens, une vision trop étroite. C’est peut-être vrai pour les Américains, bien qu’ils finiraient par payer la guerre à la station-service, ce qui est rarement de bon augure lors des élections. Au niveau mondial, les choses sont différentes. À ce niveau, le prix est tout sauf dérisoire.
Pour bien s’en rendre compte, il faut prendre du recul et s’interroger sur l’usage de toute cette énergie qui doit transiter par le détroit d’Ormuz. Un exemple crucial, dont on parle peu, est celui des engrais azotés, qui nécessitent d’importantes quantités de gaz naturel. Le gaz naturel représente jusqu’à 90 % du coût de production de ces engrais.
On devine aisément ce que cela signifie. Plus le détroit d’Ormuz reste fermé en tout ou en partie, plus le prix des engrais augmente, ce qui entraîne une hausse des prix des denrées alimentaires. C’est précisément ce qu’il faut éviter. De nombreuses révolutions ou guerres ont éclaté à cause de prix alimentaires incontrôlés.
Si le prix du pétrole augmente de 30 %, comme c’est le cas au moment où nous écrivons ces lignes, les prix alimentaires augmentent, avec un certain décalage, d’environ 4 à 5 %. Si les prix du pétrole repassent au-dessus de 110 dollars en cas de conflit plus long que prévu, les prix des denrées alimentaires pourraient finir par augmenter d’environ 10 %. On touche alors précisément cette partie de la population mondiale qui est déjà en difficulté. D’un point de vue humain, mais certainement aussi géopolitique, M. Trump doit bien se douter que ce n’est pas souhaitable.
Issue
Les États-Unis et M. Trump se trouvent dans une position inconfortable et, vraisemblablement en partie imprévue, de grand écart. Israël profite de la situation pour éliminer autant de cibles hostiles que possible, tandis que le président américain subit, dans son propre pays, la pression pour mettre fin à cette guerre au plus vite.
Ce sera bien plus simple lorsqu’on peut affirmer que le régime actuel est définitivement tombé et que l’Iran peut entamer sa reconstruction sous un nouveau régime. J’ai donc tout de même des doutes à ce sujet et j’espère que M. Trump, malgré tout, y mettra fin rapidement. Le prix de cette guerre est finalement un peu moins favorable que ce que M. Trump laisse paraître. Et, qu’on le veuille ou non, elle constitue aussi le « terreau » de futurs conflits.
Jeroen Blokland analyse des graphiques actuels qui reflètent certains aspects frappants macro-économiques et des marchés financiers. Il gère également le fonds Blokland Smart Multi-Asset, qui investit en actions, or et bitcoin.